‹ Choix des tragédies de Corneille, suivi d notes, précédé d'un essaiChapitre 98 sur 252 · LE VIEIL HORACE, SABINE, CAMILLE · texte numérisé non relu

LE VIEIL HORACE, SABINE, CAMILLE

UB VIEIL HORACE

Je viens vous apporter de fâcheuses nouvelles. Mes filles ; mais en vain je voudi'ois vous celer Ce qu'on ne vous sauroit long-temps dissimuler : Vos frères sont aux mains, les dieux ainsi Pordonnent

SABINE

Je veux bien Pavouer, ces nouvelles m'étonnent, Et je m'imaginois dans la divinité Beaucoup moins d'injustice, et bien plus de bonté. Ne nous consolez point ; contre tant d'infortune La pitié parle en vain, la raison importune : Nous avons en nos mains la fin de nos douleurs, Et qui veut bien mourir peut braver les malheurs. Nous pourrions aisément faire en votre présence De notre désespoir une fausse constance ; Mais quand on peut sans honte être sans fermeté, L'afiècter au dehors c'est une lâcheté ; L'usage d'un tel art, nous le laissons aux honunes. Et ne voulons passer que pour ce que nous sommes. Nous ne demandons point qu'un courage si fort S'abaisse, à notre exemple, à se plaindre du sort: Recevez sans firémir ces mortelles alarmes ; Voyez couler nos pleurs sans j mêler vos larmes ; Enfin, pour toute grâce, en de tels déplaisirs. Gardez votre constance, et soufi&ez nos soupirs.

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