‹ Choléra épidémique de 1865Chapitre 6 sur 6 · CO · texte numérisé non relu

CO

Quant aux épidémies, les qualités del’airseules peuvent expliquer leur prompte diffusion ; car, ne savons-nous pas par l’étude des maladies saisonnières et annuelles, qu’elles se développent quelquefois épidémiquement sous l’influence de certaines perturbations atmosphériques. L’apparition des affections catharrales, delà grippe, des fièvres éruptives est étroitement liée à. une constitution atmosphérique particulière.

La latitude a aussi sur les constitutions médicales locales, une influence marquée. Laconstitution bilieuse propre aux pays chauds, s’observe à l’état stationnaire dans le midi. A mesure que l’on avance vers le midi, sur les côtes de Provence, sur celles de la Corse, la fièvre se rapproche du typo qu’elle présente sur les côtes d’Afrique, et revêt la forme pernicieuse. Dans les plaines marécageuses de la Camargue, le choléra des tropiques se montre avec elle. Il a été observé que de tout temps il y est endémique, comme dans certaines parties de l’Inde et aux Antilles.

Ce n’est point toutefois que le choléra doive être considéré comme une affection paludéenne ; il en diffère puisqu’on le rencontre à l’état sporadique dans beaucoup de localités non marécageuses, et que sans changer pour cela de type, mais en revêtant un caractère de plus grande intensité, il peut se développer quelquefois à. l’état épidémique, en quittant ses foyers permanents, sous l’influence de causes particulières qui expliquent sa gravité dans nos climats comme dans l’Inde.

Il est incontestable, que le choléra se manifeste spontanément à ; l’état sporadique chaque année à Marseille (1) surtout pendant les mois d’août et de septembre ;rien ne peut donc empêcher d’admettre, qu’il puisse y acquérir plus de violence, sous l’influence des mêmes conditions d’électricité, de température, d’humidité et de viciation de l’atmosphère, qui sont particulières aux pays de la zone tropicale, où il est le plus habituellement endémique, et

(!) Nous nous proposions d’en fournir les preuves devant le Congrès médical de Strasbourg, en établissant, pour une période de 60 années, dans un résumé synoptique, les rapports de causalité entre les influences météorologiques et les constitutions médicales cholériques. Ce travail sera l’objet d’une publication spéciale. {Dans la Voie Nouvelle, revue philosophique, scientifique et

bu’en revêtant le caractère épidémique, il puisse aussi franchir tous les obstacles et parcourir la terre sans distinction de climats et de régions, à la façon des grandes maladies populaires et avec des périodes déterminées qui la limitent, comme toute maladie sporadique, caractère essentiel qui le distingue des types morbides contagieux.

C’est pourquoi, si dans l’état actuel de la science, on ne peut encore que soupçonner la cause première, immédiate, de son développement spontané, qui est probablement dù à une viciation spéciale du milieu respirable, il nous a paru logique de chercher à bien établir le rapport intime, qui existe entre les influences atmosphériques et le choléra épidémique, en notant avec soin ici en 1865, comme en Cochinchinc en 1861, les phénomènes météorologiques qui ont précédé et accompagné l’invasion et la marche de la maladie, et voici les déductions que l’on peut tirer du résultat de ces observations :

1° Le choléra est une maladie populaire exceptionnelle, dérivant d’une constitution médicale insolite et anormale, que l’on peut appeler cholérique.

2° De même, probablement que toutes les grandes épidémies, le choléra tire son origine d’une constitution intempestive de l’atmosphère et d’une altération spéciale et plus ou moins prolongée de ses qualités sensibles.

3° L’intempérie atmosphérique qui prépare peu à peu la constitution cholérique, résulte d’un calme extraordinaire des vents et de la déviation plus ou moins prononcée de leur direction habituelle, d’une sérénité exceptionnelle du ciel, et d’une sécheresse plus considérable que de coutume.

4° Les lieux bas et humides, l’air stagnant (étouffant), saturé d’électricité et de vapeur (pendant des jours d’orages qui n’éclatent pas), semblent favoriser son activité meurtrière. Son intensité décroît au contraire assez rapidement à la suite des orages qui ont accompagné d’abondantes pluies.

5° Le choléra, en sa qualité de maladie des pays chauds (son type est dans l’Inde, mais non son origine), se manifeste de préférence en été; quand il se montre en hiver, c’est sous l’influence

d’une notable élévation de la température produite par l'évaporation de l’hémisphère Sud, et en raison d’une grande dépression barométrique, lorsqu’une anémologie spéciale contraste avec le caractère de la saison.

(>•> Une fois développé, le génie cholérique se propage en vertu de sa puissance épidémique : et sous l’influence do 1 insalubrité dos lieux, des habitations, de l’agglomération des masses ou de l’encombrement des individus sains ou malades et do certaines autres infractions aux lois de l’hygiène, il peut même présenter des qualités infectieuses.

7° Le choléra, affection essentiellement adynamique se développe d'abord chez les personnes que la peur, la misère, les écarts de régime, ou un état maladif antérieur ont déjà adynamisées.

8° Des individus cholérisés viennent mourir dans des localités éloignées, sans que l’épidémie y soit et s’y manifeste. Des individus cholérisés peuvent venir mourir dans une localité où elle est en puissance et où elle éclate, comme s’ils y déterminaient un foyer d’infection.

9° On a remarqué que le choléra s’était développé, toujours de préférence après les constitutions catharralos et, que, pendant son règne, certaines maladies, les fièvres intermittentes, la variole épidémique, ou les fièvres typhoïdes qui n’en avaient pas moins persisté avec une certaine fréquence, sous l’influence de l'état pernicieux de l’atmosphère, olïraient quelquefois au déclin de l’épidémie cholérique, une véritable recrudescence épidémique (1).

1 0° En parcourant l’histoire des diverses épidémies cholériques, on reconnait qu’elles tendent à diminuer de gravité. Cet amoindrissement successif de gravité comparative est dû à l’assainissement des pays habités, à la vulgarisation de l’hygiène, et la cause qui agit le plus en ce sens, c’est l’amélioration toujours bien lente, mais cependant notable, dans l’état des classes nécessiteuses. A. Didiot.

(1) Dans un grand nombre de cas, des épizooties se sont montrées en môme temps que l’apparition du choléra. Comme coïncidence également frappante de certaines circonstances étiologiques, on a noté les tremblements de terre, les ouragans (Guadeloupe), la guerre, les révolutions, les nuées de sauterelles (Algérie).

Page 1