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donc bien étonnant, si on réfléchit que ce sont eux qui fournissent d’babitude la population des hôpitaux pour d’autres maladies, et qu’il est bien peu d’habitants de la ville qui ne soient en relation plus ou moins directe avec les ports ou ceux qui y séjournent?
Toujours est-il que dès le début de l’épidémie, des cas isolés ont été notés dans tous les quartiers de la ville, et qu’elle s’est montrée plus meurtrière dans certains quartiers insalubres, dans certaines rues étroites, tortueuses, renommées par leur malpropreté, et leur insalubrité proverbiale, et qui avoisinent les quais des ports.
La même remarque a été faite pour Paris. N’est -ce pas dans les arrondissements où se trouvent des cimetières, que la maladie a sévi avec le plus d’intensité? Comment expliquerait-on l’infection de l’aile Ouest de la caserne St-Charles à Marseille, comme l’immlinité relative de l’aile opposée, si on ne tenait compte de l’influence des effluves délétères, auxquelles la première est exposée, par son voisinage du cimetière, bien que depuis le 1er janvier 1865, époque antérieure à l'apparition de l’épidémie, les inhumations ne s’y fissent plus? Qu’on ne s’y trompe pas, il y a là une haute question d’hygiène publique.
Je crois avoir signalé suffisamment, pour qu’il soit inutile d’y revenir à l’occasion d’un rapport, l’influence des conditions locales d’insalubrité flagrante dans le développement de l’épidémie à Marseille ; et, l’exposé de M. le docteur Lisle ne tend qu’à affirmer plus complètement encore ma manière de voir, lorsqu’il attribue
'apparition el la propagation de la maladie dans l’Asile les Aliénés aux seules influences délétères du voisinage. Aïs n’était besoin par conséquent de faire intervenir les germes ou ferments de la vallée d’Arafat, pour expliquer 'apparition de la maladie dans la ville, dont certains quartiers, osons le dire, n’ont rien à envier encore aujourd’hui de la malpropreté des villes turques. Comment d’ailleurs pourrait-on expliquer la réapparition du fléau depuis quinze jours, environ, particulièrement aux environs du cimetière Saint-Charles, dans les rues Bernarddiu-Bois, de la porte d’Aix, etc., où il semble rester concentré, en raison des éléments plus favorables à sa production sous l’influence d’une constitution médicale plus rapidement dessinée que l’année dernière?
Voilà pour l’étiologie. La seconde partie du rapport de M. Lisle, est un exposé de la méthode du traitement qtju’il a employée, et des résultats qu’il a obtenus.
Sur 14 malades gravement atteints, et qui ont été ■traités par les agents le plus généralement acceptés, 12 ront morts, et les deux qui ont survécu ont eu une conwalescence des plus pénibles.
Au contraire, 30 autres, aussi sérieusement atteints que les premiers, et soumis au traitement par le sulfate de cuivre, ont fourni 23 guérisons avec convalescence .■prompte et de peu de durée, et 7 décès seulement (la plupart chez des aliénés déjà gravement malades auparavant, ou qui ont présenté une intensité particulière et comme ^foudroyante de l’attaque cholérique).
La solution de sulfate de cuivre mise en usage était •titrée au vingtième (sulfate de cuivre, 5 grammes, et eau
distillée, 100. grammes) ; puis avec cette solution on composait la potion suivante : Solution de sulfale de cuivre au 20°, 1 gramme 50 centigrammes, laudanum de Sydenham , 10 gouttes, et eau sucrée 120 grammes , que on l’administrait au malade le plus près possible du début de l’attaque et à l'exclusion de toutre autre médication : dans les cas très-graves, par cuillerée à café de 1/4 en 1/4 d’heure, et de 1 /2 en 1 12 heure dans les cas moyens ; enfin par 1/2 cuillerée à bouche, d’heure en heure dans les cas légers, jusqu’à ce que la chaleur fut revenue à la peau et à la langue et que le pouls fut un peu relevé.
Quant à la quantité de sel de cuivre absorbée, elle a varié de 0,04 et 0,20 ou môme 0,23 centigrammes, c’est-à-dire que chaque malade a pris depuis la moitié jusqu’à deux et même trois de ces potions : mais dans ces derniers cas il a été remarqué que la convalescence a toujours été longue et difficile, ce que M. Lisle croit devoir attribuer à un commencement d’intoxication. Aussi a-t-il été autorisé à croire que les doses conseillées par le docteur Burq sont trop élevées, et s’applaudit-il d’avoir été conduit, providentiellement pour ainsi dire, à y déroger dans le premier essai qu’il a fait du mode de traitement préconisé par notre distingué confrère de Paris.
Il n’en reste pas moins acquis à la pratique que le traitement du choléra par le sulfate de cuivre a donné au savant praticien de l’Asile des aliénés, des résultats beaucoup plus satisfaisants que toutes les autres méthodes employées jusqu’à ce jour, puisque la guérison aurait été obtenue dans les trois quarts des cas.
Pour lui, le sulfate de cuivre a paru agir dans la pé-
riode algide de la maladie, à l’instar du sulfate de quinine dans un accès de fièvre pernicieuse.
Tel est, Messieurs, considéré dans son ensemble, le travail de M. le docteur Lisle. Riche d’observations intéressantes et scrupuleusement faites, et de principes cliniques savamment appliqués, il aurait pu recevoir un titre moins modeste que celui d’un simple rapport à l’administration. Toute simple et trop écourtée que vous paroisse l’analyse que je viens de vous en faire, elle suffira néanmoins, je pense, pour appeler votre attention sur l’incontestable valeur de tous les faits qui s’y trouvent signalés. La sagacité et le mérite du distingué médecin en chef de l’Asile de Saint-Pierre, nous était déjà connus par ses travaux scientifiques spéciaux, qui sont justement appréciés par la presse médicale. Nous ne pouvons moins que le remercier de nous avoir permis d'apprécier son intéressant mémoire, avant môme sa publication, tout en l’assurant qu’il sera très-honorablement déposé dans nos archives, et en nous félicitant de le compter désormais parmi les membres de notre Société.