BOULEVARD SAINT-GERMAIN
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PRÉFACE
Les épidémies de choléra et de peste du Hedjaz — c'est-à-dire du pèlerinage musulman — n'ont jamais fait, jusqu'à présent, l'objet, dans la littérature médicale, d'une monographie spéciale. Ce travail offrait, en effet, certaines difficultés : il était nécessaire — pour le mener à bien — de séjourner dans les régions dont il devait traiter, de connaître les pèlerins et le pèlerinage, en un mot de vivre pendant plusieurs années dans ce milieu tout particulier.
Résolu à entreprendre cette étude, j'entrai au service sanitaire de l'empire ottoman qui m'a confié successivement, depuis près de quatre ans, la direction de plusieurs postes à Bassorah, Clazomènes, Camaran et Djeddah. Ainsi il me fut loisible, non seulement de réunir les documents et statistiques utiles à mes recherches, mais encore de les contrôler sur place.
Le Hedjaz, les pèlerins, le pèlerinage, tels qu'ils sont à l'heure actuelle, forment la première partie de cet ouvrage.
Dans la seconde, j'analyse les épidémies de peste et de choléra du Hedjaz, de 1860 à 1903; puis — utilisant les nouvelles théories microbiologiques — je
PREFACE
cherche à déterminer suivant quels modes différents ces épidémies ont pu se propager, depuis leurs foyers d'origine jusqu'au Hedjaz et de ce dernier point jusqu'en Méditerranée.
La troisième partie es1 consacrée aux conclusions qui son I de deux ordres. Les premières s'appliquent exclusivement à la prophylaxie propre du pèlerinage ; quant aux secondes — (Tune nature plus générale — elles ont trait à l'organisation de la police sanitaire maritime dans ports européens. Le Hedjaz pouvant être considéré coin me un champ de manœuvres des épidémies, ori doit Doter avec soin les faits qui s'y déroulent el qui servironl ensuite à poser les principes de l'organisation sanitaire maritime en général.
Le sujet abordé dans celle étude ('lait assez délicat ;i traiter; en effet, je n'entendais nullement blesser les susceptibilités religieuses ou nationales d'un pays où j'ai reçu l'hospitalité durant plusieurs années. J'ai donc cherché à concilier les intérêts de la vérité avec ce naturel sentiment de courtoisie : tout en m'imposani d'être exacl el impartial, je n'ai jamais oublié de tenir compte des énormes difficultés que rencontre le gouvernement ottoman dans la solution de celte question -i importante du pèlerinage musulman.
Ma tâchée, en ce dernier point, fut d'ailleurs facile puisque, dans la plupart des cas sur lesquels portent mes critiques, c'était au Conseil supérieur de santé de Gonstantinople qu'il aurait appartenu d'intervenir depuis longtemps déjà.
Or ce Conseil — s'il comprend huit délégués ottomans — n'en renferme pas moins treize autres nommés par les puissances étrangères. Si donc des fautes
PRÉFACE
ont été commises par cette assemblée, si Ton y fait plus de mauvaise politique que de bonne hygiène, si la porte est laissée largement ouverte pour l'entrée des épidémies en Europe, la responsabilité en retombe bien plus lourdement sur ces puissances que sur le gouvernement ottoman lui-même.
Dr F. BOREL.
Paris, 21 septembre 1903.