‹ Choléra et peste dans le pelerinage musulman, 1860-1903Chapitre 30 sur 69 · ÉPIDÉMIES · texte numérisé non relu

ÉPIDÉMIES

LE CHOLÉRA ET LA PESTE AU HEDJAZ

Les épidémies cholériques ont éclaté au Hedjaz dans une proportion légèrement supérieure après l'application de la désinfection. On ne peut donc attribuer — dans le cas présent — aucun rôle aux effets et bagages, puisque, avant ou après leur désinfection, les choses sont demeurées dans le même état, et que les épidémies ont toujours évolué semblablement à la Mecque. Nous devons en conclure que si les effets des pèlerins ont été infectés avant le départ, la durée seule du voyage a suffi pour annihiler cette cause de contamination, car il serait inadmissible que la désinfection fît ses preuves partout ailleurs qu'à Camaran, et pas dans ce lazaret.

Mais au départ du Hedjaz — après les fêtes — la situation n'est plus la même. D'un côté, nous voyons des pèlerins qui regagnent, sans désinfection aucune, l'Assyr et le Yémen, et qui, régulièrement, contaminent ces deux provinces; d'un autre, nous voyons encore des hadjis qui — toujours sans désinfection — rentrent dans la région du golfe Persique et la contaminent non moins constamment en tout ou partie ; enfin, en troisième lieu, nous constatons les faits qui se produisent au lazaret de Tor.

Prenons pour exemple l'épidémie de 1902 : les pèlerins arrivent au lazaret avec des effets indubitablement infectés : on les désinfecte, l'épidémie s'arrête de suite, et au delà de ce lazaret nous ne retrouvons plus un seul malade à bord des navires.

Pourquoi la désinfection — utile à Tor est-elle inutile à Camaran? C'est que dans le premier lazaret elle agit sur un microbe frais, venant d'abandonner un organisme, virulent par conséquent et possédant sa pleine vitalité ; elle le détruit et Ton constate de suite l'action de la désinfection. Au contraire, dans le second lazaret, la désinfection ne pouvait atteindre un

microbe que l'action du temps seule avait déjà suffi à détruire.

En faisant l'historique du choléra à Camaran, j'ai constaté, d'ailleurs, qu'antérieurement aux étuves à désinfection, les épidémies ne pouvaient être enrayées lorsqu'elles se déclaraient au lazaret ; au contraire, après la mise en service de ces étuves, on arrêta rapidement ces mêmes épidémies. La désinfection a manifesté son action à Camaran — comme à El Tor — lorsqu'elle a eu un microbe encore vivant à détruire.

Le choléra n'entre donc pas au Hedjaz par l'intermédiaire d'effets — anciennement contaminés — ; par contre, ces effets — mais immédiatement infectés — sont aptes à propager une épidémie qui devient alors justiciable de la désinfection.

Malades. — Des malades ont-ils importé le choléra au Hedjaz ? Pour que le fait fût possible il faudrait qu'il y ait eu épidémie à bord des navires amenant ces malades : on ne saurait, en effet, concevoir que trois ou quatre hadjis aient été seuls atteints en cours de route, et qu'ils aient suffi à créer — des Indes au Hedjaz — une chaîne ininterrompue de cas de choléra. Si le choléra avait existé à bord d'un tel navire, il y aurait causé — au milieu de l'encombrement — un nombre de cas très élevé qui aurait attiré l'attention des médecins sanitaires en admettant que le capitaine eût essayé de leur cacher le fait. Nous avons l'exemple du Deccan, le seul navire qui soit arrivé à Camaran ayant une épidémie à son bord : la mortalité avait été pendant le voyage de 33, 52 p. 1 .000, alors que la moyenne est de 2,83 p. 1.000.

De 1887 à 1902, le navire précédent est le seul qui se soit présenté à Camaran avec des cas de choléra, et la chose était facile à établir ; pendant ce même temps — sur quatre cents navires environ — cinq autres

LE CHOLÉRA ET LA PESTE AU HEDJAZ

eurent du choléra au lazaret seulement parmi leurs pèlerins 1 ; en avaient-ils eu en cours de route ?

La mortalité moyenne à bord de ces cinq navires fut de 3,24 p. 1.000 pendant le voyage, tandis que pour tous les autres réunis elle est de 2,83 p. 1.000. Il est certain que sur aucun de ces cinq navires, il n'y a eu de choléra durant la traversée.

De 1860 à 1902, l'isolement a été introduit, en 1885, dans la prophylaxie du pèlerinage : si donc des malades peuvent être considérés comme cause d'importation du choléra au Hedjaz, l'effet de cette mesure a dû se faire constater par la diminution du nombre des épidémies. Le tableau suivant montre, au contraire, que depuis que les pèlerins subissent la quarantaine préventive, le chiffre des épidémies, proportionnellement à celui des pèlerinages, est plus élevé qu'auparavant.

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