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Du Hedjaz aux autres localités que regagnent ensuite les hadjis, les malades ont eu une action certaine : ils jalonnent, pour ainsi dire, toutes les routes suivies par les pèlerins, et ce même isolement — comme la désinfection — reprend alors toute la valeur prophylactique qu'il semblait avoir perdue au lazaret de Camaran.
Le choléra parvient au Hedjaz sans que les malades aient joué un rôle dans son importation ; quand il en part, au contraire, ils ont une action prépondérante dans la propagation, sauf pour l'épidémie d'Egypte de 1902.
En résumé , le problème à résoudre peut s'énoncer ainsi :
1° L'arrivée du choléra au Hedjaz est due à une cause indéterminée, ne relevant ni des marchandises, ni des effets ou bagages, ni des malades ;
2° L'exportation du choléra du Hedjaz, au contraire, se fait par l'intermédiaire des malades et des effets ; cependant cette cause indéterminée — citée ci-dessus — peut, elle aussi, entrer en scène dans ce second cas.
11 existe donc — en dehors des modes de transport actuellement admis et contre lesquels on cherche à lutter — un autre mode d'importation que j'appellerai à longue portée, et qu'il est peut-être possible de déterminer à l'aide des récentes recherches de laboratoire sur la bactériologie du choléra.
Du microbisme latent en général. — Il est maintenant reconnu que des microbes pathogènes peuvent exister dans l'organisme humain, sans y manifester leur présence par les phénomènes pathologiques qui leur sont propres; c'est ce fait que. l'on a dénommé microbisme ou parasitisme latent, et je ne saurais en choisir meilleure description que celle qui a été tracée par M. Kelsch :
BOHEL. 7
LE CHOLÉRA ET LA PESTE AU HEDJAZ
« Le corps de l'homme est assurément le milieu le plus approprié à la conservation des germes, et les recherches effectuées en ces dernières années lui assignent une importance de plus en plus grande dans ce rôle; elles y ont dénoncé la présence, non seulement des agents les plus vulgaires de l'inflammation, mais aussi des maladies les plus communes et les plus redoutables : la pneumonie, la fièvre typhoïde, la diphtérie... Ces germes vivent en nous d'une vie silencieuse jusqu'à ce que, sous l'empire d'une perturbation des actes de la vie, ils récupèrent l'activité physiologique dont ils sont momentanément dépourvus 1 . »
L'existence de ce phénomène du parasitisme latent a été démontrée plus tard dans le cas particulier du choléra : les recherches de Rumpel et Dunbar, à Hambourg, celles de M. Gaillard2, de M. Widal3 et de plusieurs autres auteurs, sont trop connues pour qu'il soit nécessaire d'insister à leur sujet : le choléra latent existe donc, c'est-à-dire que l'on peut trouver, dans l'intestin de certains individus, le vibrion cholérique à l'état indifférent. Rencontre-t-on de tels individus parmi les pèlerins qui passent et dans le lazaret de Camaran et dans celui de Tor?
Le microbisme latent du choléra étudié au lazaret de Camaran. — Tous les navires — sans aucune exception — dont les pèlerins ont présenté du choléra à Camaran provenaient de Bombay ; ils transportaient par conséquent une majorité d'individus habitant une région où le choléra règne à l'état endémique ou qui, tout au moins, venaient de la traverser. Le phénomène du microbisme latent étant prouvé, ces pèlerins