PESTE AU HEDJAZ
5 de suite l'eau distillée :
I la marche de l'épidémie f fut la suivante :
5 juillet. — 1 décès.
7 juillet. — 1 décès. Distribution d'eau distillée.
9 juillet. — 1 décès, chez un malade antérieurement atteint.
11 juillet. — 1 décès, chez une fillette de huit ans.
23 juillet. — Cessation de Teau distillée.
Comme à Salif, l'épidémie s'est arrêtée à Karia aussitôt que le changement d'eau potable a été opéré.
Ces faits , rapprochés de ceux constatés à Camaran , donnent une nouvelle preuve de Faction favorisante des eaux du Hedjaz sur le vibrion cholérique.
Le microbisme latent du choléra étudié au lazaret de Tor. — Ici il me faut laisser la parole à d'autres : n'ayant jamais été fonctionnaire dans le lazaret de Tor — comme je le fus à Gamaran ou à Djeddah — je ne puis, dans cette
partie do mon étude, que rn'appuyer sur les documents publiés par l'administration sanitaire maritime et quarantenaire d'Egypte.
Au lazaret de Tor on ne reçoit pas — comme à Camaran — des pèlerins provenant de pays où le choléra règne constamment, bien qu'avec des intensités variables; ne viennent à Tor que des hadjis retour de la Mecque; par conséquent, lorsque le choléra n'y a pas apparu, tout danger de transport par microbisme latent ou par tout autre moyen se trouve écarté.
Nous avons déjà vu que le lazaret de Tor est maintenant en mesure d'empêcher la propagation du choléra par les effets et par les malades. Mais si le choléra a existé à la Mecque pendant le pèlerinage, les selles des individus atteints de simple diarrhée, celles mômes des individus demeurés sains, peuvent toutefois contenir l'agent pathogène du choléra. Rumpel et Dunbar ont établi le fait pour l'épidémie de Hambourg, d'autres l'ont montré ailleurs, et, dans le cas particulier de El Tor, voici ce qui a été remarqué par M. Crendiropoulo continuant comme médecin-chef des hôpitaux de ce lazaret les recherches qu'il avait commencées à Camaran1 : « Un fait a attiré mon attention : dans les selles de tous les malades — atteints d'une maladie quelconque — qui entraient à l'hôpital, dans les cinq à six jours suivant leur arrivée au lazaret, on rencontrait des bacilles virgule en assez grande quantité... J'ai examiné à cet effet des selles de pneumoniques, de rhumatisants, de constipés avant ou après purgation, et toutes, absolument toutes, contenaient le vibrion cholérique... Ce fait a de l'importance au point de vue épidémiologique... Peu à peu les bacilles devenaient plus rares et le treizième
1. Crendiropoulo. Rapport sur les hôpitaux de Tor. Alexandrie, 1902.
108 LE CHOLÉRA ET LA PESTE AU HEDJAZ
ou le quatorzième jour il n'en existait plus dans les selles. »
11 est certain — d'après ces recherches — qu'en 1902, une grande partie des pèlerins revenant du Hedjaz, nialades ou non, avaient du vibrion cholérique dans l'intestin à l'état indifférent. Il faut déterminer pendant combien de temps le microbe peut subsister de la sorte avant de disparaître totalement et de faire cesser ainsi toute cause de danger.
L'exemple des pèlerins indiens semble fixer à cette existence latente une durée fort longue; en effet, le voyage de ces hadjis de Bombay au Hedjaz — quarantaine comprise — demande au moins trente-cinq jours, et cependant, au bout de ce temps, ils sont encore aptes à contaminer la Mecque.
Parmi les conclusions de la Commission chargée de faire une enquête sur l'origine du choléra d'Egypte en 1902, se trouve la suivante : « Il est scientifiquement possible qu'un individu ait été porteur de germes cholériques vivant à l'état latent, saprophytique dans son intestin. » Or, lorsque le choléra s'est déclaré à Moucha, il y avait au moins quarante jours que les pèlerins de ce village avaient quitté le Hedjaz.
Conclusions au sujet des modes de transport du choléra. — Le choléra se transporte par conséquent des régions où il sévit :
1° Par une chaîne ininterrompue de malades depuis le point de départ contaminé jusqu'au nouveau point d'arrivée; contre ce danger, nous pouvons lutter victorieusement par l'isolement des malades ;
2° Par les effets infectés, mais dans un rayon dont la longueur est forcément limitée à la distance parcourable pendant le temps où le microbe incriminé peut demeurer vivant et actif à la surface de ces objets. Cette durée — pour le vibrion cholérique — ne dépasse
pas quelques jours, et, en tout cas, la désinfection nous permet d'annihiler cette cause de contamination ;
3° Par microbisme latent : la durée probable de ce phénomène étant impossible — actuellement — à déterminer, on ne pourra rendre nulle son action qu'en supprimant les causes qui permettent au vibrion cholérique de récupérer, à un moment donné, la virulence nécessaire pour créer le premier cas bientôt suivi d'une épidémie. L'une de ces causes — et non la moins importante — l'eau de mauvaise qualité, ayant été supprimée à Camaran, le choléra a disparu immédiatement de ce lazaret.