‹ Choléra et peste dans le pelerinage musulman, 1860-1903Chapitre 43 sur 69 · LA PESTE EN A S S Y R , AU LAZARET DE CAMARAN · texte numérisé non relu

LA PESTE EN A S S Y R , AU LAZARET DE CAMARAN

En quatre épidémies, 82.789 pèlerins ont traversé Djeddah, se rendant à la Mecque : sur ce nombre, deux y moururent de peste sans créer d'épidémie.

En quatre épidémies 70.157 pèlerins s'embarquent à Djeddah, sans causer un seul décès par peste ni à bord des navires, ni dans les lazarets.

Le rôle des malades a donc été nul dans les épidémies du Hedjaz.

Rôle des rats. — La peste de Djeddah ou de Yambo ne provient certainement pas de l'Assyr : ces deux villes n'ayant aucune relation directe avec cette province, pour arriver de l'Assyr à Djeddah, la peste eût d'abord dû traverser la Mecque et y laisser trace de son passage.

Par contre, les épidémies de Djeddah ont coïncidé avec celles de l'Inde ; il est donc certain que la première en provint. En effet, ce qui frappe tout d'abord dans l'étude de la peste du Hedjaz, c'est ce fait : les deux seules villes infectées furent les deux seuls ports de la région. Par conséquent cette contamination est forcément le résultat de la navigation et cependant, ni les effets des pèlerins, ni les pèlerins eux-mêmes, ni les marchandises, n'ont été les intermédiaires par lesquels la peste s'est propagée.

Mais si les marchandises n'ont joué par elles-mêmes aucun rôle dans le transport de la peste, il n'en est pas moins vrai qu'elles ont donné lieu, dans le port de Djeddah — pour les débarquer — à un certain nombre de manipulations : il a fallu ouvrir les cales, faire communiquer le navire avec la terre, au moyen de nombreuses barques chargées du transport jusqu'au quai. Or, comme c'est surtout du riz qui est importé des Indes, il était naturel qu'il y eût à bord de ces navires un grand nombre de rats qui ont profité de la voie qui leur était ouverte pour les quitter; il a suffi

LE CHOLÉRA ET LA PESTE AU HEDJAZ

que ces rats fussent contaminés de peste à bord d'un seul de ces vapeurs pour infecter Djeddah ou Yambo.

Au delà de ces deux ports s'étend le désert, il n'y a pas de communications fluviales, la peste n'a pu se propager dans l'intérieur des terres et elle est demeurée étroitement cantonnée dans les deux villes.

Les marchandises n'ont donc été qu'une cause occasionnelle dans l'importation de la peste : c'est lorsqu'on les a transportées à terre que les rats y sont allés avec elles, et c'est parce que ces marchandises étaient surtout des grains, qu'il y avait plus de chances d'avoir des rats à bord; mais les marchandises — en ellesmêmes — n'ont joué aucun rôle.

On pourra maintenant élever l'objection suivante : comment se fait-il que sur ces navires emportant des rats contaminés, ayant à bord un équipage indigène, voire môme des pèlerins, aucune épidémie de peste ne se soit manifestée ?

L'étude des épidémies de peste, terrestres et navales, qui se sont produites en ces années dernières nous donne la raison de ce fait1.

Dans toute ville qui vient d'être infectée, l'épizootie des rats précède d'environ trois semaines l'apparition des premiers cas humains ; cela résulte de très nombreuses constatations faites un peu partout. Il en est de même à bord des navires : lorsque des rats infectés viennent à s'y introduire, l'épizootie règne parmi eux pendant le même temps, puis se transmet aux hommes de l'équipage, en débutant presque toujours par ceux qui appartiennent au service de la cuisine ou de la cambuse.

Ces exemples sont déjà nombreux dans la littéra-

1. Borel. Observations sur la peste et son mode de propagation. Revue d'hygiène, septembre 1902.

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