LA PESTE EN AS S Y R , AU LAZARET DE GAMARAN
que dans les lazarets ouverts depuis sept ans aux provenances des pays contaminés de peste, nous n'avons eu jusqu'à présent aucun cas à signaler parmi les nombreuses personnes retenues sous quarantaine. »
Ce fait de non-transmission de la peste, soit par les hommes, soit par les effets, revêt, dans le cas présent, une importance capitale, car il est appuyé par une statistique portant sur 152.886 individus que l'on range dans la catégorie de ceux reconnus les plus aptes au transport des épidémies, c'est-à-dire les pèlerins.
Épidémie-type de peste au Hedjaz. — Je résume ici les principaux caractères présentés par la peste au Hedjaz :
La peste de l'Assyr n'a jamais été importée à la Mecque par des caravanes du Yémen, non désinfectées.
Les cas constatés sur les navires arrivant à Gamaran n'ont pas créé d'épidémie à bord; il ri y avait pas non plus cFépizootie sur les rats.
La peste a éclaté à Djeddah et à Yambo sans aucune corrélation avec le pèlerinage.
Elle n'a pas subi l'influence du nombre ou de l'encombrement, mais cependant celle de la saison tempérée.
Elle a frappé à peu près également les habitants de la ville et les pèlerins.
Elle n'a pu s'étendre de Djeddah ou de Yambo jusqu'à la Mecque ou Médine, malgré le transit constant de pèlerins.
Elle n'est apparue à bord d'aucun des navires emmenant les hadjis au retour, ni dans les lazarets; de même, aucun des pays où les hadjis sont rentrés n'a été contaminé par leur intermédiaire.
Modes de transport de la peste. — Les modes de transport admis pour les épidémies de peste sont les suivants :
120 LE CHOLÉRA ET LA PESTE AU HEDJAZ
1° Marchandises, — 2° Effets et bagages, — 3° Malades, — 4° Rats.
J'étudierai successivement le rôle qu'a joué, dans l'importation des épidémies de peste au Hedjaz, chacun de ces modes divers.
Rôle des marchandises. — La majeure partie des chargements arrivant à Djeddah provient des Indes? ils sont surtout composés de grains, riz, etc., et n'ont jamais subi une désinfection quelconque.
Ces marchandises ne semblent avoir joué, par ellesmêmes, aucun rôle dans l'importation de la peste à Djeddah; en effet, elles sont destinées, pour la plus grande partie, à la Mecque; or, cette ville n'a jamais été infectée. En admettant même qu'un seul ballot contaminé ait suffi pour causer la peste à Djeddah, les chargements ultérieurs, à destination de la Mecque, eussent dû s'infecter dans les dépôts de la ville et transporter ensuite l'épidémie jusqu'à la capitale.
11 ne saurait donc être question de l'importation de la peste à Djeddah par l'intermédiaire des marchandises. Je reviendrai d'ailleurs sur ce sujet en parlant du rôle des rats.
Rôle des effets et bagages. — Si les effets des pèlerins eussent apporté la peste au Hedjaz, l'éclosion de l'épidémie eut dû coïncider avec l'arrivée des pèlerins indiens : or, elle s'est produite antérieurement.
Ces effets auraient dû, en second lieu, se contaminer lors du passage des hadjis à Djeddah et transporter alors la peste dans tout le Hedjaz, d'autant plus facilement qu'ils ne furent jamais désinfectés.
Rôle des malades. — En quatre ans, 15.700 pèlerins provenant de pays contaminés de peste, ont été reçus à Camaran : ils avaient eu, en cours de route, deux décès par peste, et au lazaret il ne se produisit non seulement aucun décès, mais encore aucun cas.