DU CONSEIL SUPÉRIEUR DE SANTÉ DE CONSTANTINOPLE
Origine du Conseil supérieur de santé de Gonstantinople. — Histoire du Conseil supérieur de santé de Constantinople. — Evolution du Conseil supérieur de santé de Constantinople. — Situation actuelle du Conseil supérieur de santé de Constantinople. — Etat actuel de l'administration sanitaire de l'empire ottoman. — Réforme du Conseil supérieur de santé de Constantinople. — L'œuvre du Conseil réformé.
Nous connaissons le Hedjaz dans son état actuel, nous savons suivant quelles lois les épidémies y ont évolué depuis une quarantaine d'années, nous avons constaté que seul le choléra est importé à la Mecque par les pèlerins; nous avons vu que l'introduction de la peste, par contre, ne résulte pas du pèlerinage; il nous est relativement facile maintenant de déterminer les mesures prophylactiques, à la fois pratiques et utiles, qui sont les meilleures à adopter pour rendre aussi inoffensive que possible, au point de vue sanitaire, la grande manifestation religieuse de l'Islam.
Mais ce n'est pas tout que d'édicter des mesures, il les faut appliquer et ce de façon suivie; or, cette application dépend ici tantôt de divers gouvernements , tantôt de l'Empire ottoman ou plutôt du Conseil supérieur de santé de Constantinople, tantôt enfin de tous ou de plusieurs d'entre eux réunis. Il importe donc de connaître d'abord l'administration qui préside en Turquie à l'organisation sanitaire du pèlerinage musulman : j'ai nommé le Conseil supérieur de santé de Constantinople.
Origine du Conseil supérieur de santé de Constantinople. — En 1838, le sultan Mahmoud II, alors régnant en Turquie, constatant les ravages presque continuels qu'exerçaient dans son empire la peste et le choléra, résolut d'adopter les méthodes suivies par les puissances européennes tant pour se préserver de l'envahissement des épidémies que pour les empêcher de s'étendre; il voulut réunir une assemblée composée de médecins, spécialisés dans l'étude de ces sortes de questions, et lui donner charge de prendre puis d'exécuter les mesures qui sembleraient les plus utiles en la matière.
Le sultan Mahmoud II, pour organiser cette nouvelle administration, s'appuyait — au point de vue religieux — sur le verset des Hadiz, déjà cité dans un chapitre précédent, verset préconisant en règle générale contre les épidémies les quarantaines et l'isolement, seules précautions reconnues comme efficaces au moment de la fondation du Conseil de santé.
Le 25 Mouharrem 1254 (28 avril 1838), le sultan Mahmoud II portait à la connaissance des missions étrangères accréditées auprès de lui son intention d'instituer un tel service ; la circulaire faisant cette notification était adressée aux ambassades suivantes : Angleterre, Autriche, Espagne, France, Pays-
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Bas, Prusse, Russie, Suède; elle était conçue en ces termes1 :
Sa Majesté, cédant à l'impulsion de Son excellent cœur qui la porte toujours à faire le bonheur de Son empire par des actes de bienfaisance et de miséricorde, Se plaît à répandre sur tous les peuples soumis à Son Sceptre des bienfaits de tout genre.
Conséquemment à ce principe et dans le but d'éloigner de Sa Capitale les craintes que ne manque pas d'inspirer la contagion qui y règne par intervalles, Sa Majesté a ordonné que des mesures de quarantaine soient adoptées clans tout l'empire.
Il est évident que l'établissement de ces mesures sera utile sous tous les rapports ; elles offriront le double avantage d'assurer en premier lieu le bien-être de tout l'empire et de rendre ensuite sûres les communications réciproques de cet empire avec les Etats Amis de la Sublime-Porte.
Des commissaires s'occupent du mode d'exécution de ces mesures, du choix des endroits où doivent être placés les lazarets ainsi que de différents autres points qui s'y rattachent, et plus tard le ministère des Affaires étrangères informera amicalement le Corps diplomatique de ce qui aura été définitivement adopté.
En attendant, Nous Nous empressons de remettre la présente note officielle à Notre Ami le Chargé d'affaires de N... pour l'informer, un moment plus tôt, de cette discussion, et Nous saisissons cette occasion pour lui réitérer l'assurance de Notre parfaite considération.
Le nouveau service se constitue donc et le 24 Rébiul-Ewel 1255 (10 juin 1839) il publie un Règlement organique du Conseil de santé pour les provenances de mer précède d'un préambule qui détermine les attributions du nouveau Conseil et dont voici le texte :
Les soussignés composant, d'une part le Conseil de santé sous la présidence de S. E. Hifzy Moustapha pacha, de l'autre la délégation étrangère accréditée par les diverses missions à la demande de la Sublime-Porte près ledit Conseil, s'étant réunis en conférence à l'effet de délibérer sur le choix du système qua-
1. Tous les textes officiels sont extraits du Recueil ci actes interna- Vwnaux de l'empire ottoman publié par Gabriel effendi Noradounghian. Paris, 1897.
rantenaire le mieux -approprié à cette capitale contre les provenances de mer, animés d'un égal désir de concilier autant que possible les garanties sanitaires avec les besoins du commerce maritime ont, après mûre délibération, arrêté de commun accord les résolutions suivantes...
A son début le Conseil supérieur de santé de Constantinople était donc formé de membres ottomans, composant le Conseil proprement dit, auxquels venait s'adjoindre une délégation étrangère.
Les membres ottomans, au nombre de sept, étaient : S. E. Hifzy Moustapha pacha, président, le Dr Minas, le Dr Mac-Carthy, le Dr Neuner, le Dr Bernard, le Dr Marchand et M. G. Francheschi, secrétaire.
Les délégués étrangers étaient : MM. Pezzoni, E. de Caldavène, Ant. de Raab, F. Bosgiovich et J. Bosgiovich, soit cinq personnages appartenant tous au monde diplomatique ou consulaire, et dont aucun n'était médecin.
La liste nominative des membres du Conseil et de la délégation étrangère, en 1838, est des plus utiles à connaître: elle nous montre en effet qu'à cette époque les membres ottomans — à l'exception du pachaprésident et du secrétaire — étaient tous des médecins et des médecins européens ; les délégués étrangers au contraire n'étaient point des praticiens et appartenaient au monde diplomatique.
Un pareil choix était fort judicieux et les attributions spéciales de chacun de ces deux éléments paraissaient déterminées dans le préambule précédant le premier règlement.
Les membres du Conseil — médecins — agissant au nom du gouvernement otttoman devaient préconiser les mesures propres à assurer les garanties sanitaires jugées nécessaires à la préservation de l'empire; par
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contre, les délégués étrangers — non médecins — administrateurs agissant au nom des puissances européennes prenaient en main les besoins du commerce maritime. De la réunion de ces deux éléments — nettement distincts — devait naître la conciliation réciproque et des intérêts sanitaires et des intérêts commerciaux.
Mais le rôle de la délégation étrangère ne se bornait pas là : en effet, le nouveau service — pour fonctionner utilement — avait besoin de se constituer des ressources financières provenant d'un impôt sur la navigation marchande. Or — étant donnée la situation politique spéciale de la Turquie qui ne saurait frapper les étrangers d'une taxe quelconque sans autorisation préalable des puissances intéressées — la délégation étrangère accréditée auprès du Conseil de santé présidait non seulement à la fixation et à la rentrée de ces nouveaux droits, mais encore veillait à l'emploi raisonné et judicieux des fonds encaissés.
Résumons l'ensemble de ces données dont il importe de bien se pénétrer : en 1839, le gouvernement ottoman, de sa propre initiative, sélectionnant cinq médecins étrangers compétents en matière sanitaire et les plaçant sous la présidence d'un de ses hauts fonctionnaires, s'engageait à organiser un service sanitaire dans son empire; mais comme ce service, jugé nécessaire par les puissances étrangères, intervenait dans la libre circulation de la marine marchande et qu'il était admis à prélever sur elle des taxes, les représentants de cinq grandes puissances européennes contrôlaient l'utilité des mesures et le bon usage des fonds collectés.
Histoire du Conseil supérieur de santé de Constantinople. — Toute l'histoire du Conseil supérieur de santé de Constantinople tient, en quelque sorte,
dans la liste des diverses réglementations qu'il a édictées de 1839 à nos jours. Nous voyons l'administration s'organiser peu à peu, l'influence des conférences sanitaires internationales s'y montre souvent évidente, et enfin — suivant les diverses épidémies qui apparaissent en Turquie et suivant les besoins nouveaux — nous constatons les progrès de la réglementation sanitaire *.
1839. — Règlement organique pour les provenances de mer.
1839. — Règlement organique pour les provenances de terre.
1840. — Instructions générales pour le personnel sanitaire de
l'empire ottoman.
1841. — Mesures sanitaires applicables aux courriers et postil-
lons de la Sublime-Porte.
1863. — Règlement applicable aux navires arrivant sans patente
de santé ou avec patente de santé irrégulière. 1863. — Règlement applicable aux provenances de lièvre jaune2.
1866. — Règlement applicable aux bateaux remorqueurs du
Bosphore.
1867. — Règlement applicable aux provenances de choléra3.
1868. — Règlement applicable aux inhumations dans la capitale
et ses environs.
1869. — Règlement applicable aux exhumations.
1871. — Règlement applicable aux navires passant par les détroits des Dardanelles et du Bosphore, suivi d'une instruction pour le personnel.
1871. — Règlement pour la sortie des navires de commerce des * Dardanelles.
1871. — Instructions au commandant du stationnaire pour la réception des fîrmans.
Tous ces règlements nous font voir que l'administration s'est organisée, que la surveillance est exercée;
1. Cette partie de ma tâche a été facilitée par la collection faite dernièrement par le Dr Duca, et réunissant en un volume — d'intérêt purement rétrospectif d'ailleurs — tous les règlements du service sanitaire ottoman.
2. Conséquence de l'épidémie de fièvre jaune de Saint-Nazairer en 1861.