‹ Choléra et peste dans le pelerinage musulman, 1860-1903Chapitre 55 sur 69 · Pagiiani. Conférence de Paris · texte numérisé non relu

Pagiiani. Conférence de Paris

2* empêcher que la spéculation ne s'abatte de plus en plus sur ce flot humain qui, de toutes les parties du monde, se porte et va s'amoindrir sur les côtes de l'Arabie. »

C'est sous ces deux aspects que j'étudierai la question : transport au point de vue sanitaire, transport au point de vue financier.

Le transport des pèlerins au point de vue sanitaire.

— M. Pagliani, à cette même conférence, disait qu'un navire à pèlerins ne différait certainement pas beaucoup d'un navire à émigrants; il y a là une erreur tout au moins partielle. En effet, si les bateaux provenant de Singapore, de Java, d'Algérie ou de Tunisie sont sensiblement comparables à des transports d'émigrants, si même quelques-uns d'entre eux sont affectés — en temps ordinaire — à ce genre de trafic, ils sont l'infime minorité.

Une classification générale des transports de pèlerins — en allant des meilleurs aux pires — doit donc être faite tout d'abord :

Première classe. — Navires provenant de Singapore, Java, Algérie, Tunisie, pouvant être considérés — en général — comme des types excellents.

Deuxième classe. — Navires provenant d'Egypte; moins bons que les précédents, mais n'effectuant qu'un court trajet.

Troisième classe. — Navires provenant des Indes et du golfe Persique qui — avec quelques améliorations de détail — deviendraient suffisants.

Quatrième classe. — Navires provenant de Gonstantinople, de l'Asie-Mineure et de la Syrie, ne présentant aucune des conditions requises pour le transport des hommes.

Cette classification n'a certainement pas la rigueur d'une formule mathématique, des exceptions se pro-

ORGANISATION DU TRANSPORT MARITIME

duisent : ainsi il peut arriver qu'un navire, rangé dans la première catégorie effectue accidentellement un voyage fait — en général — par les bateaux classés dans la quatrième.

Les points importants à considérer dans le transport des pèlerins sont : espace réservé par individu, valeur et situation du médecin embarqué, état des hôpitaux ou du matériel médical, conditions de navigabilité et présence de moyens de sauvetage, nature de l'eau distribuée, nourriture des passagers en cours de route, ventilation et W. C. à bord.

Mesurage des navires à pèlerins. — Lors de la conférence de Paris une des questions les plus débattues fut la fixation du nombre des pèlerins à embarquer sur un navire par rapport à sa capacité : à ce moment-là aucune réglementation n'existait ou n'était appliquée. Il fut généralement accepté que l'on accorderait lmq.50 par pèlerin, le pont devant rester libre et demeurant à la disposition des passagers. Cette réglementation était des plus urgentes; elle eut pour résultat, par exemple, d'abaisser de 46,48 p. 100 le nombre des pèlerins transportés par un même navire des Indes au Hedjaz.

Cet espace de lmq50 est-il suffisant pour les pèlerins? Je ne le crois pas pour ma part personnelle, et n'ai jamais pu m'empêcher de considérer comme encombré un navire ne contenant pourtant que son nombre réglementaire de hadjis : 2mq devraient être accordés.

Mais il faudrait tout d'abord obtenir que tous les bateaux soient soumis à ce règlement, et qu'aucune infraction ne soit plus commise.

Or, à l'heure actuelle — et quelquefois grâce à de coupables complaisances — la décision de la conférence de Paris relative au mesurage demeure lettre morte, pour certains navires tout au moins. Il en résulte, en

faveur de ces derniers, une situation privilégiée qui leur < permet de faire aux autres une concurrence déloyale.

Au point de vue de la rectitude du mesurage, on peut diviser les navires à pèlerins en trois catégories :

1° Ceux provenant de Java, de Singapore, des Indes, de l'Algérie, de la Tunisie et de l'Egypte1;

2° Ceux provenant de Constantinople ;

3° Ceux provenant du golfe Persique.

Les premiers n'outrepassent jamais — ni à l'aller ni au retour — le nombre réglementaire, leurs gouvernements respectifs les frappant de pénalités telles qu'ils ne sauraient avoir un avantage quelconque à transgresser les prescriptions en vigueur.

Par suite d'un phénomène bizarre et que je n'ai — pour ma part — jamais pu comprendre, les navires provenant de Constantinople ont des certificats de mesurage qui — pour le môme navire — varient d'année en année. Ainsi, en 1902, le navire As... avait le droit de porter environ 1.450 hadjis ; en 1903 son certificat de mesurage ne l'autorisait plus qu'au transport de 1.100; en 1902 M... en prend 1.660, pour 1903 il est réduit à 1.150; un troisième, A..., en 1902, est apte à contenir 1.200 pèlerins ; mais, en 1903, 800 seulement doivent suffire à le remplir.

Les armateurs ne sont d'ailleurs jamais à court pour tromper une surveillance souvent trop heureuse de se laisser égarer :

En 1902 : « Les armateurs ont trouvé un nouveau système : ils construisent sur le pont de leurs navires un second pont, puis ils font compter l'ancien pour le mesurage : certains navires sont arrivés de la sorte de Constantinople... »

1. Le mesurage de l'Egypte est réduit à cause du peu de temps que dure le trajet.

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Or, ce qu'un modeste médecin sanitaire de Djeddah trouvait illégal — et ce qu'il a su empêcher pour le retour — avait été toléré au départ de Constantinople1.

Quant aux navires provenant du golfe Persique, ils ne cessent de prendre des pèlerins que lorsqu'ils n'en trouvent plus, à moins que — le fait s'est souvent produit — les hadjis déjà embarqués ne s'opposent par la force à l'admission d'autres pèlerins. Comme ces bateaux font tour à tour le service des Indes et celui du golfe, ils possèdent un certificat de mesurage anglais, d'après lequel il est facile de constater l'excédent de passagers se trouvant à bord.

En 1902, j'ai relevé les chiffres suivants : Navire A

— certificat 463 — 7 83 pèlerins embarqués dans le golfe ; navire B — certificat 429 — apporte 820 hadjis de la même provenance ; enfin, navire C — certificat 374 — entasse à son bord 726 Persans.

Sur ces bateaux on peut dire qu'il y a des pèlerins jusque dans la mâture : le capitaine, les officiers louent leurs chambres, leur salon aux plus riches d'entre eux ; on en trouve partout, car les faux-ponts

— normalement réservés aux pèlerins — sont malgré cela remplis de marchandises.

Je sais que sur les côtes du golfe Persique aucune autorité n'est commise pour ce genre de surveillance, il est donc nécessaire de chercher un mode de répression quelconque qui permette d'enrayer ce trafic éhonté.

En résumé :

1° L'espace réservé par individu doit être porté à 2 mètres carrés;

2° Tout navire transportant des hadjis doit être muni

l.Une enquête fut ouverte à la suite de ces faits par l'administration sanitaire à Constantinople, mais elle demeura — comme toutes les enquêtes en Orient — sans résultat, et le coupable resta impuni.

d'un certificat unique indiquant qu'il peut contenir tel nombre de passagers, en mentionnant de façon spéciale que ces passagers sont des pèlerins ;

3° Ce certificat doit émaner d'une commission — notamment dans les pays où Ion ne peut avoir confiance en un seul individu ;

4° On doit étudier une réglementation quelconque pouvant mettre terme à la fraude qui s"1 exerce — sur le nombre des pèlerins embarqués — dans les ports du golfe Persique l.

Valeur et situation des médecins embarqués sur les navires à pèlerins. — Au point de vue de la valeur et de la situation du médecin embarqué, les navires à pèlerins peuvent se diviser en quatre catégories :

1° Navires provenant de l'Algérie et de la Tunisie;

2° Navires provenant de Singapore et de Java.

3° Navires provenant d'Egypte et de Constantinople ;

4° Navires provenant des Indes et du golfe Persique.

Les navires de la première catégorie embarquent un médecin sanitaire maritime français, commissaire du gouvernement ; ce médecin offre donc à la fois les garanties de compétence et d'indépendance nécessaires pour le libre exercice de sa fonction et de sa surveillance.

Sur les navires de la seconde catégorie on trouve des médecins européens ayant la connaissance et l'habitude des choses de la navigation, mais ne jouissant

1. Certains consuls — en fonctions dans les pays où transitent les pèlerins — ont, malheureusement, une idée très fausse de leur rôle : lorsqu'un médecin sanitaire réclame auprès d'eux au sujet de l'encombrement de leurs navires ils s'imaginent aussitôt qu'on cherche à léser les intérêts financiers de leurs nationaux, oubliant que les pèlerins, en faveur desquels on élève la voix, sont aussi leurs ressortissants et que c'est surtout à eux qu'ils doivent protection dans le Hedjaz ou le Yémen.

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