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Choleramorbus asiatique par m. L. Labat

Le choiera -morbus épulémique s'approche de nos frontières et nous environne de toute part. Déjà sa pernicieuse influence semble présider au début d'un grand nombre de maladies, et quelques-unes d'entre elles revêtent môme un caractère très alarmant. Tels furent à Vienne, à Berlin, et tels sont encore en ce moment à Londres, les préludes ou les avant-coureurs de cette cruelle épidémie, sur la nature et le traitement de laquelle on commence enfin à s'accorder ; car, avouons-le avec regret, grand nombre de médecins , très estimables d'ailleurs par un mérite incontestable, mais qui n'ont jamais vu, jamais observé V épidémie du choléra - morbus , s'étaient trop hâtés de bâtir, sur les causes et les moyens cura tifs de cette maladie , des systèmes erronés qu'ils ont trop long-temps soutenus, en dépit

des observations multipliées recueillies en Asie , et de celles insérées dans l'intéressante Relation médicale du choléra- morbus de Pologne, publiée par M. Brièrc de Boismont, et même en dépit des autopsies cadavériques qui , seules enfin, ont pu conduire à une solution positive.

Paris, 16 février i83a.

Email des Aanala di la mtdWni phytioieçltitii. (Septembre iBSl, )

Causé souvent par la transition subite d'une chaleur ardente à une température froide et humide, ou bien par un état particulier de la constitution atmosphérique qui échappe à notre investigation , le choléra- m orbus , sporadique ou épidémique, est de même nature , quel que soit le pays où il se déclare ; mais il varie d'intensité et de gravité.

Ayant eu occasion de traiter fréquemment cette maladie, pendant mon long séjour dans les pays chauds (a), j'ai presque toujours observé que ]cs symptômes caractéristiques du choléra présentaient trois périodes distinctes, se succédant avec

(i) Le ehoOra dea ancien», le Wnnan ctiinoit. te maultctun oatnorduhi indien, le oueit pewan, iman^a iimcrit, le Ziouaia arabe, la tnmegaln.it de France el le chetira-niorhiu qui range lu nord de l'Europe, „, conilitueut qu'nne «nie et même malidie , que modifie la dircriilé dea climatiet le changement dea m i»on), ele. (lltuagcr du Chambrti, rJioût 1BI1. L. Labat.)

(a) En Afrique, en Ave, en Amérique et dam plusieora contrée» méridionale» de l'Europe,

une rapidité effrayante , et d'ordinaire se terminant par la mort, lorsqu'un traitement rationnel n'était point opposé à son entier développement :

i ■ Douleurs épigastriques, effroi, malaise inexprimable, brisement des forces, refroidissement et couleur violacée de la peau , ongles livides, pouls très petit et inégal; 2° tension dans le bas-ventre; vomissemens copieux et fréqueris, d'abord de matières alimentaires imparfaitement digérées, puis de liquides quelquefois bilieux , mais le plussouvent muqueux; diarrhée abondante, séreuse ou crémeuse, et d'ordinaire accompagnée de ténesme; suppression d'urines, coliques très aiguës, crampes et froid glacial aux cxtrémilés-,/>ouk vcrmiculaire; 3° épuisement complet des forces du malade ; l'haleine est froide et l'amaigrissement rapide (1) ; les vomissemens cessent, 'le pouls devient nul, et la mort ne tarde point à survenir.

Il est facile de voir que tous ces phénomènes maladifs sont produits par une inflammation plus ou moins vive des organes digestifs, précédée ou accompagnée de congestion cérébro-spinale. Cette inflammation réagit bientôt sur tous les centres nerveux, trouble IeuracLion,géne, diminue, semble même suspendre les contractions du cœur, et le

(1) Van-Swielen rapporte l'exemple d'une jouno fille, qui éproan dea éTacualioni si nonibrcmet que, trnil lieurei nprêf i'înmjion du cbolcr», la OfW) de I» malade niait maigri au point que te* parona oe puniraient

DigitizGd ti/Coo [e

plus souvent uni dérangement notable du facultés intellectuelles (;)■

Lorsque l'état inflammatoire des voies digcstives est précédé ou accompagne d'innervation profonde de ces organes, l'aphonie survient quelque* fois; le développement du mat est si prompt, la réfrigération du corps si rapide , que quelques heures peuvent suffire pour que le malade suc combe. Le nommé Fary- Allah , soldat au neuvième régiment de l'armée de Kanka en Egypte, atteint dr. ce genre de choléra -morbus , mourut pendant le trajet qu'on lui fit faire du camp à l'hôpital d'Abouzabcl, distant d'une demi-licue. Maakmct, soldat au septième d'infanterie, ayant été saisi par une affection cholérique de même nature, expira en entrant dans la salle des fiévreux (a). L'autopsie cadavérique (5) présente alors , des signes évidens de congestion cérébro-spinale, et un é*tat de contraction assez marquée dans les intestins grêles, avec de légères traces d'irritation sur la muqueuse gastro- intestinale , qui souvent disparaissent presque entièrement, si l'ouverture du corps

(i) Co qui provient île l'ab.cnce preique complète de La congentioa , vert Ici lobej antérieur! du cerveau, tandii qu'elle fit beaucoup plu marquée * la partie pottérieurs de cel organe , et anrtont vera la mutila

«pioit».

(i) Dana lel eai de cette nature , la langue devient plie . d'autret foli bleuâtre et même un peu frnide.

(3) Pendant mun aèjour en Égyplu et en Sjrie, nom naviooa le droit d'autupaîe que mr Ici cadaites chrétiens. Aujourd'hui . gricei au lèle éclaire de M. Clôt, médecin en clmF dei armées du tice-roi d'Égvpie , ce droit s'étend »ur tou let ouolmu» qui nwurwt da H la. uopilaui.

n'est point pratiquée peu de temps après la mort Mais lorsque l'inflammation prédomine l'innervation /comme cela arrive le plus souvent, surtout chez les tempéramens sanguins , une chaleur brûlante se déclare dans tout le tube digcslif, principalement dans l'estomac et le duodénum. D'ordinaire les intestins grêles s'en ressentent plus vivement que le cœcum et le colon (i) ; l'cesophage et le pharynx y participent aussi. Quant au rectum , la fatigue causée par les nombreuses excrétions alvincs, y est presque la seule cause du ténesme qui a lieu. La marche de la maladie est alors moins rapide , la réfrigération des extrémités et de la surface du corps s'opère plus lentement; le pouls , quoique polit, conserve un peu de dureté. Les douleurs de l'estomac ot celles qui se manifestent aux environs de l'ombilic sont ardentes , fixes et déchirantes. La soif est inextinguible ,■ la langue est sèche , d'autre fois humide ; la tétc chaude et fatiguée. (Ce n'est que plus tard que la face pâlit, se couvre d'une sueur glaciale , et que la pulpe des doigts se fronce.) Les vomissemens sont, comme dans Je premier cas, rarement bilieux et souvent muqueux: (lanscette dernière circonstance, ils deviennent quelquefois noirâtres ou sanguinolens, ainsi que les selles,- dont les matières sont de même nulurc que dans le casprécc'dent, mais seulement plus foncées en couleur. Si le malade succombe, on trouve à l'au-

(i) A mrtnt qu„]a diarrhée n'ait élé interne que »crt 1« 6q de la maladie.

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topsïe (les traces profondes d'inflammation, surfont aux environs du pylore et dans toute l'étendue du duodénum; des plaques rouges ci isolées s'observent dans les intestins gicles, qui contiennent souvent des matières muqueuses; la vessie est contractée et décolorée; les cavités droites du cœur, et surtout les gros vaisseaux qui en dépendent , sont gorgés de sang ; on observe aussi une réplétion très marquée des vaisseaux cérébraux-spinaux.

Nous ne saurions trop répéter que le choléra; abandonné aux seuls efforls de la nature, ou, ce qui est pis encore, traité par des moyens incendiaires , se termine presque toujours par une prompte mort ; mais s'il est convenablement combattu par les antiphlogisliques , les caïmans hypnotiques et les révulsifs , les malades , dans la grande majorité des cas, guérissent, à moins de complications très graves, comme il peut en survenir en toute autre affection.

Traitement du choléra.

Nous allons exposer en peu de mots quel a été le traitement rationnel que nous avons toujours employé , et le plus souvent avec beaucoup de succès.

Lorsnuclcs vomissemens du choléra se déclarent avec prédominance nerveuse , on couche le malade dans un lit aussi chaud que possible, et on lui fait prendre une boisson délayante tiède, ainsi qu'un lavement de même nature , pour faciliter la sortie

des matières premières (i) , qui agissent comme surcroit de causes d'irritation.

Aussitôt que cette évacuation a eu lieu, les cholériques éprouvent quelques inslans de repos, qu'ils prennent pour une amélioration dans leur état maladif. On profite de ce moment de calme pour retremper leur elat moral, qui d'ordinaire est très abattu, et, sans le moindre relard, on fait avaler une potion opiacée, comme serait, par exemple, un grain d'extrait gommeux d'opium, dissous dans une cuillerée de sirop simple ou d'eau distillée de tilleul, lie plus encore , si le cas est très grave, on leur fait administrer un petit lavement composé d'un demi-verre d'eau tiède avec addition de vingt, trente ou quarante gouttes de laudanum. Le malade tombe bientôt dans un état de somnolence ou de sommeil profond, qui suspend les contractions violentes de l'estomac et des intestins, ce qui facilite l'emploi des antiphlogistiques généraux ou locaux que l'on juge convenable d'employer, et favorise l'action des révulsifs.

Lorsque le cholérique se réveille, les battemens du cœur ont déjà repris de l'énergie, le pouls se développe, le froid disparait, le cours des urines se rétablit et le malade entre en convalescence. Toutefois, si des nausées, des douleurs d'estomac et des coliques, accompagnées de la persistance

(i) Je dé«Bne >quj cq nom , Ici alimem imparraiicment élabore! , Ici malien» >ltini», k> m □ rouies cl Ica mes biliaires que renferme le lub" «ligortir mil I, diicloppemeat de U maladie. •

du froid aux extrémités , annonçaient ïc retour d'un nouveau paroxysme, on recommencerait ce m6mc genre de traitement, qui, presque toujours, amène la guérison (i).

Mais si le choléra se déclare avec prédominance de symptômes inflammatoires dans les organes digestifs , et congestion cérébro-spinale, on débute par une saignée , surtout quand le malade est robuste et pléthorique. On lui applique trente 6u quarante sangsues sur l'épigaslre, et l'on met en usage tous le.i autres moyens de traitement cidessus indiqués, si ie cas l'exige. Il convient aussi d'appliquer de larges vésicaloircs aux bras, ou sur les extrémités inférieures, lorsqu'il faut déplacer de l'intérieur et fixer à la peau, un reste d'irritation. Ces révulsifs peuvent servir aussi à rompre l'état spasmodique, quand il n'est concentré que sur l'estomac. Une précaution indispensable , c'est d'employer tous les moyens convenables pour ramener la chaleur à l'extérieur, et maintenir les pieds aussi chauds que possible (2). Il est encore une circonstance, qui , lorsqu'elle se présente, est des plus graves pour le malade, et très embarrassante pour le médecin.

Lorsque le choléra est parvenu à sa seconde pé-

(0 À moimdccDmplicalion.E.arc». canmeu-r.it une affection Ijpboïdi!, ou uni; .iîu'i -ii m im-jmijiir pri-ciLslaule, qui, soi» l'influence du choie ri , peut devi-nir mortcUe.

(I) Dei Friction, seclici, pratiquée» à la face interne dit membre, et •Durent répétée» le long de la colonne vertébrale, proiluijcnt de trfj bons effelt.

riodc, parfois il donne lieu à des vomissemens si frequens et à une diarrhée tellement continue, que tous les remèdes sont rejelc's avant qu'ils aient pu produire le moindre effet. L'injection médicamenteuse dans le système veineux, très difficile dans le plus grand nombre de cas , est impossible dans celui-ci , à cause de la réfrigération des tégumens, qui fait disparaître tous les vaisseaux cutanés. D'ailleurs cette opération n'est point dénuée de danger , et pourrait augmenter le trouble général de l'économie animale. Il ne reste alors que les ressources que peut nous ofirir la méthode endermique.

Pendant mon séjour en Asie, ayant été appelé auprès d'un assez grand nombre de cholériques qui se trouvaient dans un danger aussi imminent, je pratiquai sur le côié du cou une petite incision (pareille à celle d'une saignée), au fond de laquelle j'introduisis un ou deux grains d'acétate de morphine ; je rapprochai les bords de la plaie, et les maintins avec mes doigts, jusqu'à ce que le narcotisme commençât à se déclarer , ce qui suspendit ou diminua beaucoup l'intensité des vomissemens. Aussitôt j'enlevai avec un linge trempé d'eau tiède tout ce qui pouvait rester de l'acétate de morphine, crainte que le narcotisme ne fût porté trop loin,

Il est presque inutile d'ajouter qui si le malade avait un cautère, cette ouverture pourrait suppléer à l'incision. La surface d'un vésicatoire ne présenterait pas le même avantage, parce que l'abr

sùrption n'y serait pas assez active , virale froid glacial qui accompagne cette maladie.

Enfin , aucune affection n'exige de plus prorapts secours, et un traitement mieux combine, que le choléra-morbîis. C'est une maladie qu'il faut faire avorter, ou tout au moins arrêter dans sa marche ; car sa terminaison ordinaire , c'est la mort.

On ne saurait donc mettre trop d'empressement et d'attention, dans l'administration des moyens thérapeutiques que nous proposons. Le tact exercé d'un praticien qui ne sera point étranger aux progrès de la médecine physiologique pourra seul diriger et modifier ce traitement , base surlcsmt i phlogistiques, les opiacés et les révulsifs. Quant à la prétendue contagion de celte cruelle maladie, nous avons lieu de croire qu'elle n'existe que dans l'imagination effrayée des peuples, et dans l'inquiè le sollicitude des gouvernemens , qui d'ailleurs ne doivent jamais négliger aucune des précautions qu'ils supposent propres à nous garantir de ce terrible fléau. Telle a été l'opinion que nous avons toujours professée , et que nous avons souvent reproduite dans le National, année i83i.

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