SCÈNE IX
Les mêmes, Closse, Gobbt et comparses, — (un peu après) Charles.
GoBRY. — Laimery, Rabelin sont morts ! Boudard, Desroches, Perrin sont gravement blessés, mais sauvés.
Closse. — En revenant au chemin que vous suiviez, pour protéger votre retraite, nous étions bien décidés de contenir Tennemi. Mais nos mousquets déchargés trop précipitamment, nous nous trouvons tout à coup sans défense. Les Iroquois s'en aperçoivent ; ils sortent ; ils débuchent avec assurance ; ils s'élancent de tous les fourrés par groupes nombreux de guerriers. Nous pûmes voir leur multitude infinie ! Mille clameurs et mille échos éclatent ensemble formidables. La fusillade mêle ses détonations à tous ces mugissements. Nous perdons notre sang-froid; nous sommes emportés dans un sauve-qui-peut général.
Charles de Matjpertal — (accourant, haletant). -- Malheureux l .... Malheureux f qu'avons-
nous fait ! Nous avons abandonné le gouverneur panni les ennemis !
Tous. — Grand Dieu I M. le gouverneur ! Nous Tavons abandonné !
Chakles. — H doit être mort, il doit être mort à ce moment ! Tout à Theure sa pensée m'est revenue ! Je nié retournai et l'aperçus à quelque distance, n tâchait d'imposer aux Iroquois qui pressaient et qui, sans son audacieuse volte-face, entraient avec nous daus Villemarie. Les Iroquois concentraient donc, vers lui seul, toutes leurs fureurs ; leur sanguinaire légion déborde sur lui ; un chef, un capitaine d'une taille de géant, le plus redoutable. . . Mais, est-ce l'heure des vaines paroles ! Allons I allons ! malheureux, s'il n'a pas encore succombé, sauvons-le ; s'ils l\)nt tué, vengeons-le.
Tous — {criant et se précipitant), — ^Allons ! allons ! vengeons-le ; mourons ensemble. — (Tous sortent, excepté Robert et Astiscoua),
EoBERT — {cria/nt après Charles). — Charles!
Charles ! — {Désole) — (Ils vont tous périr ; le désastre est plus complet que je ne le souhaitais ! Ces pauvres Français, ce Charles, ce sont de stupides gens que Maisonneuve magnétise avec ses discours de capucin . . . {Avec colère) Mais lui, . . . lui, ah ! il a bien mérité son sort ! H se croît grand Jiopime ! Il n'est qu'un hypocrite, un halluciné,
un insulteur grossier, un entêté sur qui la raison dos plus sages ne peut rien.
AsTiscouA — {longtemps silencieux, .le doigt sur la bouche), — ^Koué ! Koué ! le capitaine hxiron est vengé. Ça n^a pas été long. Comme une vieille femme à Taspect imprévu du serpent dont la crête reluit et Toeil étincelle, frémit, s'afiEaisse et meurt mordue par le reptile maudit ; ainsi ces visages pâles et leur capitaine, troupe lâche, à la première rencontre de Tlroquois, perdent esprit et cœur et périssent sans gloire.