SCÈNE VIII
Les mêmes, PRIMOT, LAVIGNE, BEAUDOIN, Gapois et comparses (ceux-ci arrivent en désordre et en criant: Malheur, malheur !).
HEBErT.—Parlez, dites, dites, les autres sont-ils moits ?
PLUSIEURS.—Non, non, ils luttent encore.
HEBERT et BARBEAU.—Et puis... et puis...dites donc ?
PrIMoT.—Sur l’ordre du gouverneur, nous nous jetons dans la forêt pour nous couvrir contre le plomb ennemi. Hélas ! nous tombons dans un hallier, repaire masqué de quarante Iroquois. Ils déchargent contre nous leurs espingoles. L’éclair nous éblouit ; la fumée nous enveloppe ; le plomb sinistre siffle. Mattemaille, Bigot jettent de hauts cris et sont muets à jamais. Nous suivons également notre premier élan et assommons de la crosse de nos mousquets une dizaine d’Agniers, plus lents à fuir notre impétueux effort. Mais en même temps, de tout côté, à gauche, à droite, en face, les ennemis se lèvent, vingt, trente, quarante guerriers et versent sur nous le plomb
meurtrier de leurs arquebuses. Oh ! sans les arbres qui nous couvraient, nous succombions tous en cette rencontre.
BEAUDOIN.—Andubuchon, Lusure, Prud’homme étaient tombés et leurs blessures leur arrachaient des plaintes lamentables.
LAVIGNE.— Nous étions pressés par les Iroquois ; nous courrions à une ruine certaine. La retraite ! la retraite ! crions-nous de désespoir. M. de Maisonneuve répond : Closse, Gorry, Rabelin, —il en nomme dix autres—, ensemble protégeons la retraite ; les autres, donnez vos fourniments ;
LA
relevez les blessés ; retournez au pas de course.
GADBoISs. — Nous suivons ces ordres. Nous étions revenus au chemin d'hiver. Les arauebusades se renouvelaient infiniment. La noire fumée du combat était traversée d’éclairs sinistres. On entendait les nôtres s’exhortant. Nous nous hâtames. |
BEAUDOIN.—Ah ! M. le gouverneur avait bien raison de ne vouloir pas courir sur l’ennemi.
Tous.—Hélas ! il va périr.
ROBERT.—Et mon frère Charles ?
PRIMOT.—Oh ! ladmirable jeune homme! A force d’instances, il fit agréer son dévouement à M. de Maisonneuve et entra dans la mêlée. Sa tendre jeunesse nous avait touchés ; sa mâle énergie sur le champ d’honneur nous enflamma. C’est une âme bien née chez qui la valeur intrépide pré-
cède l'épreuve des batailles. Il vole au premier rang, toujours au côté du gouverneur, le servant au besoin et prêt à le couvrir s’il le faut.
(On entend des cris).