‹ Chomedey de Maisonneuve [microforme]Chapitre 7 sur 31 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

Les mêmes et MAISONNEUVE.

MoONTMAGNY.—M. de Maisonneuve, je partirai tout à l’heure pour Québec. Je voulais voir Mont-Royal et visiter Villemarie : j’ai vu. Certes, cette superbe nature enlève d’admiration, mais la désespérance envahit mon âme quand je considère votre frêle établissement. Ces cabanons aue vous nommez pour l'illusion chapelle, magasin, hôpital, résidence du gouverneur, cette palissade de protection, ces asiles enfin ne peuvent être le berceau d’une colonie viable : ils me semblent plutôt l’éphémère pavillon de colons qui s’égarent. Les Iroquois, avec la torche incendiaire, le fleuve, par ses débordements, auront ruiné avant l’hiver ce pâté de masures. Témoin de tant d’impuissance, d’un dénument aussi complet, je crois avoir raison de vous dire , M. de Maisonneuve, avec les Français de Québec : “ Villemarie est une folle entreprise.”

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MaAISoNNEUVE.—Excellence, votre improbation me contriste. La foi, cependant, réconforte mon âme, la foi certaine que Dieu veut cette folle enlreprise. Les merveilles qui ont fait naître l’Association de Notre-Dame de Montréal, doivent vous en donner à vous-même l’assurance. Qu’importe à Dieu la faiblesse ou la puissance, l’abondance ou la pénurie des ressources humaines ! Vous voyez nos angoisses, notre détresse ; maïs si cela n’était, Villemarie serait en vérité le premier ouvrage de Dieu accompli sans tribulations. Québec à eu ses traverses ; Champlain a-t-il désespéré ? Réjouissons-nous donc de voir Villemarie commencer sous les divins signes de l’épreuve.

MoNTMAGNY.— Vous mourrez à la peine et avec vous tombera votre ouvrage mal établi. Aïnsi vous perdrez en soins surperflus votre vie et votre avenir.

MAISONNEUVE.—Mon avenir! .. Excellence, j'embrassai bien jeune la profession des armes. Dans les guerres de Hollande, j’eus l’honneur d’attirer sur moi les regards et les bonnes grâces des maréchaux. Mais je rencontrai là des périls pour mon éternel avenir. Je projetai alors d'aller guerroyer en Orient contre les Turcs. Les portes me furent fermées de ce côté mais ouvertes du côté du Canada. J’entrai dans cette voie d’apostolat et de labeurs où j'allais être occupé selon Dieu et selon mon état. Dans ces conseils je ne

consultai pas les intérêts du temps mais ceux de l'éternité. Maintenant si Dieu veut confier à d’autres mains plus dignes ce noble ouvrage ébau- Ché ; si, avant que son indigne serviteur ait achevé sa tâche, Dieu veut lui donner le repos, eh bien! ayant jeté ici des semences de salut, je mourrai dans une bienheureuse espérance et dirai à mon dernier soupir : Grâces éternelles à Dieu, mon Roi et mon Seigneur !

MoNTMAGNY.—Vous le savez, le gouvernerent français nous a presque abandonnés. L’implacable guerre, soutenue contre la maison d’Autriche réclame les forces vives et tous les soins de la patrie. Il nous faut, partant, trouver en nousmêmes notre salut. En ces temps fâcheux, notre ambition doit être de vivre et non de nous développer. Menacés que nous sommes de toutes parts par l’Iroquois sanguinaire, nous trouverons le salut dans lunion, dans l’union seulement. C’est assurément au préjudice de la colonie que ncus vivrons séparés.

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