RIMOUSKI
(Imité de la chanson de Mignon)
À J.-C. Taché, écuyer, M. P. P.
a Connais-tu cette terre ....?» (Goethe)
Connais-tu cette terre où se fond le marsouin,
Où l’on entend gémir le huard, le pingouin.
Où juillet est brumeux, où, dans la canicule.
On grelotte en plein jour ainsi qu’au crépuscule?
La connais-tu la terre où l’avoine périt,
Où la oauvre patate avec peine fleurit,
Où le vent du Nord-Est douze mois dans l’année. D’harmonieux accords remplit la cheminée?
C'est là que je veux vivre avec mon bien-aimé! C’est là que nous irons, ô toi que j’ai charmé! Nous y serons heureux comme les hirondelles ; Tous deux nous porterons sur nos cœurs... des
[flanelles.
Nous irons sur la grève aspirer le varech;
Le soir nous mangerons un peu de hareng sec.
Si le catarrhe en maître attaque nos poitrines,
Si nos jours sont comptés par les Parques chagrines.
Ensemble nous mourrons ! Au fond de l’Anse-au-
[Coq
Nous serons inhumés avec ou sans cortège;
Pour toute inscription, sur le funèbre roc.
L'hiver apportera quatorze pieds de neige.
JosEPHTE.
Toronto, 4 août 1831.
La réponse ne se fit pas attendre. M. Chauveau était rendu à son siège de député, dans l’après-midi du 5 août, lorsque son collègue M. Taché se présenta à lui et lui remit une lettre ouverte en lui disant :
— Voici la réponse à votre épître en vers.
— Mon épître en vers ? Mais je ne vous ai pas écrit.
— Oh ! ne niez pas . je vous ai faci¬
lement reconnu.
— Et à quoi m’avez- vous reconnu ?
— A l’odeur : votre papier sentait le patchouli .
FEUILLES ÉPARSES
— « Cré sauvage» ! (textuel) répliqua M. Chauveau : moi qui croyais vous avoir dépisté !
Voici cette réponse de M. Taché ainsi que la réplique de M. Chauveau :