‹ Choses d'autrefoisChapitre 20 sur 39 · I IO · texte numérisé non relu

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choses d’autrefois

nemi de notre langue. En français, on dit : « notifier un document à une personne, » en anglais on dit : « to notify a person » ; et nous, pauvres Canadiens qui voudrions parler bon français, nous ne savons plus s'il faut dire « notifier un document )) ou « notifier une personne. »

A part l’anglais tout cru, dont je viens de parler, il y a aussi l’anglais travesti mêlé au français. Cela me rappelle un souvenir personnel qui remonte assez loin (septembre 1858). Je discutais, à bord d’un vapeur transatlantique, sur le plus ou moins de pureté de notre langue. Cinq ou six Canadiens qui, comme moi, revenaient de France, soutenaient que nous parlions exactement comme les Parisiens, sauf une légère différence dans la prononciation. J’étais seul de l'avis contraire, et

j’avais l'air bien battu lorsque M. X . , un

Ouébecquois, vint prendre part à la conversation. Nous parlâmes de la ville de Montréal, et j’en fis un éloge pompeux.

— «Vous connaissez bien Montréal? disje à M. X .

FEUILLES ÉPARSES

— (( Oh ! très bien ! J’y suis allé encore le printemps dernier, et j’ai eu pas mal de misère à m’y rendre. J'avais une affaire en cour, et j’allais là pour watcher les proceedings (l). Aussitôt qu’on eut hâlé le slack et levé le gang zvay, je me rendis à Yoftice du purser, mais il me fallut attendre une bonne demi-heure avant d’avoir mon ticket. Heureusement que j’eus un bon slate-room. A minuit, je dormais comme un père. Mais je fus bientôt réveillé par le bruit du steam. J’appelai le steward ; il me dit qu’il n’y avait pas de danger. C’était une des screzvs du boiler qui avait slacké !... Ça nous a pas mal retardé, et je n’ai passé qu une demi-journée à Montréal : — une belle ville, vous pouvez le dire ; et puis du monde smart ! . ))

Je me retournai vers mes contradicteurs pour juger de l’effet produit sur eux par ce langage si éminemment parisien : ils avaient lâchement quitté le terrain.

(i) Textuel. Depuis que ces lignes ont été écrites, l’élément anglais a diminué dans nos villes, et notre parler français s’y est assurément amélioré.

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