LE SUCRE D’ÉRABLE
Ouelque chose d’utile pour finir.
Voulez-vous faire beaucoup de sucre d’érable ? Commencez par ajouter des pelles de bois aux ustensiles de la (( cabane à sucre )> ; puis, le printemps, lorsque le pied des érables sera mis à nu par la fonte de la neige, rechaussez-le, recouvrez-le avec de la neige prise tout à côté. En suivant ces indications, vous augmenterez de beaucoup votre récolte de sucre d’érable chaque printemps.
Ce qui suit est un extrait des mémoires de l’Académie royale des sciences de Paris (année 1730), que Monseigneur Laflamme a déjà cité dans sa belle étude sur Michel Sarrasin, le
savant illustre qui mourut à Québec en 1734. On y voit, entre autres choses, que lorsque le pied de l’érable n’est plus couvert de neige, à la fonte du printemps, la sève qui coule des goudrelles devient insipide, et que si l’on recouvre le pied de l’érable avec de la re’ge, la sève retrouve presque aussitôt ses propriétés saccharines, redevient sucrée comme auparavant. Voici cet extrait :
M. Sarrasin, médecin de Québec, correspondant de l’Académie, a trouvé dans l’Amérique Septentrionale quatre espèces d’érables qu’il a envoyées au Jardin Royal, après leur avoir imposé des noms. La quatrième s’appelle Acer canadense sacthnriferum, fructu minori, D. Sarrasin. C’est un arbre qui s’élève de 60 à 80 pieds, dont la sève, qui monte depuis les premiers jours d’avril jusqu’à la moitié de mai, est assez souvent sucrée, ainsi que l’ont aisément reconnu les Sauvages et les Français. On fait à l’arbre une ouverture d’où elle sort dans un vase qui la reçoit, et en la laissant évaporer, on a environ la vingtième partie de son poids qui est de véritable sucre propre à être employé en confitures, etc. Un de ces arbres, qui aura 3 ou 4 pieds de circonférence, donnera dans un printemps, sans rien perdre de sa vigueur, 6 à 8 livres de sucre. Si on en voulait tirer davantage, comme on le pour-
feuilles éparses
rait, il est bien clair qu’on affaiblirait l’arbre et qu’on avancerait sa vieillesse.
Cette sève, pour être sucrée, demande des circonstances singulières, qu’on ne devinerait pas, et que M. Sarrasin a remarciuées par ses expériences. i° Il faut que, le temps qu’on la tire, le pied de barbre soit couvert de neige, et il en faudrait apporter s’il n’y en avait pas. 2° Il faut qu’ensuite cette neige soit fondue par le soleil et non par un air doux. 30 II faut qu’il ait gelé la nuit précédente. Cette espèce de manipulation, dont la nature se sert pour faire le sucre d’érable, ressemble à quelques opérations de chimie, où l’on fait des choses qui paraissent opposées, où celles qui paraissent le plus semblables ne sont pas équivalentes pour l’effet.
Encore une remarque curieuse de M. Sarrasin, c’est que la sève de tel érable qui ne sera point bonne à faire du sucre, le deviendra une demiheure, ou tout au plus une heure après que la neige dont on aura couvert le pied de l’arbre aura commencé à fondre. Cette neige s’est donc portée dans les tuyaux de l’érable, et y a opéré avec une grande Titesse.
Donc, n’oubliez pas les pelles lorsque vous partirez pour la <( cabane à sucre. ))
Grâce à la recette du docteur Sarrasin,
vous allez maintenant pouvoir augmenter votre provision de sucre en utilisant la neige.
Ces anciens avaient du bon.
Michel Sarrasin et Jean-François Gaultier, — une autre célébrité de nos annales canadiennes, — portaient tous deux le titre de (( médecin du roi. »