FA HA
Re
rent
Il est vrai que M. Marmette avait à sa disposition des matériaux qui, bien que contrôlés par l’histoire, tombaient presque dans l’invraisemblable ; et le chevalier de Mornac sauvé du bûcher par le trembleterre de 1664, le supplice de Jean Couture et de Griffe-d’Ours, tout étranges qu'ils puissent paraître, restent encore dans les bornes de la vérité, car les relations des Jésuites sont remplies de choses aussi poignantes et aussi extraordinaires.
Néanmoins, je hasarderai ici une légère observation.
Fort des mémoires, des relations et des récits du temps, M. Marmette a une tendance trop prononcée à faire griller ses héros, et je demeure émerveillé devant ce diable de Mornac qui aurait réussi, paraîtil, à imiter mon geste, 180 ans avant ma naissance, et qui, non content de cela, se livre à une gymastique des plus échevelées, malgré la peau de son dos toute fendillée et tout écaillée par la flamme du bûcher. Il est vrai que dans ‘ L’Intendant Bigot ”’ la même admiration s'était emparée de moi, à la vue de Mlle. de Rochebrune réveillée de sa catalepsie par une bombe qui incendie la maison, et sauvée de la mort par l’action irritante sur ses bras et ses épaules du feu qui avait produit l’effet d’un puissant sinapisme.””
Mais ces choses peuvent ne pas être un défaut puisque le feu purifie tout. Aussi, n’insisterai-je pas.
M. Marmette, qui est poëte — la chanson de mort de Mornac le prouve — a réussi à nous peindre adorablement Mile de Richecourt. Cette figure
blonde, fraîche, souriante, courageuse, est un des plus charmants portraits de sa galerie d’héroïnes, et se détache avec d'autant plus de relief qu’il est sans cesse placé en face de cette horrible tête rousse, aux yeux louches, à l’expression hypocrite et fausse du baron de Vilarme, le plus beau spécimen de scélérat et d’étrangleur de femmes qui puisse être rompu en place de Grève.
Heureusement que tout ce que cette physionomie du baron a de lâche et de repoussant est tempéré par l’honnête figure de Baptiste Joncas, ‘ cet homme trapu aux traits énergiques,’” que M. Marmette nous montre, dès le commencement de son récit, la main calleuse appuyée sur sa longue gaffe, et prêt à faire des prodiges de valeur, de désintéressement et de dévouement, tout le long du roman. A côté de ce brave coureur des bois, modèle de ces types populaires que l’auteur aime à faire entrer dans ses ouvrages, Jolliet amoureux, timide, concentré en lui-même, se livre à toutes les craintes, à toutes les fougueuses aspirations, à tous les malaises qui indiquent chez un homme l’enfantement d’une puissante idée. La Corneille, la Perdrix Blanche, Griffe-d'Ours et le Renard-Noir vivent, agissent et pensent comme les Peaux-Rouges du temps, et, pendant qu’ils se livrent, les uns à leurs querelles domestiques ou à leurs élans de reconnaissance, les autres à leurs terribles vengeances et à leurs épouvantables cruautés, Mornac toujours léger, galant, chevaleresque, de bonne humeur, passe par les péripéties de la vie la plus accidentée, finit
par se ranger et, une fois marié, malgré ses efforts, ne peut se dépouiller de son intarissable verve gasconne.
Si l’on en croit la légende, tout en faisant chevaucher ses deux aînés sur ses genoux, il leur racontait l’histoire de ses aventures chez les Iroquois ; mais, ajoute la chronique, cette édition était tellement augmentée, amplifiée, embellie, que Mme de Mornac, qui avait partagé les périls de son mari, ne les reconnaissait presque plus.
Il est vrai que La Bruyère écrivait vers ces temps-là :
— Un homme de mérite et qui est à sa place, n’est jamais incommodé par sa vanité.
En touchant au roman historique, M. Marmette est chez lui, et véritablement il cultive le sol qui lui donnera le meilleur rendement. Sous ses pieds gît une terre superbe, inépuisable ; pour l’exploiter, il n’a qu’à continuer l’œuvre commencée. Son talent en viendra facilement à bout ; car sur ce terrain il est chez lui, beaucoup plus à l’aise que de Bienville et Harthing aux pieds de mademoiselle Louise d’Orsy que ces messieurs aiment, comme on aime à la Porte Saint-Martin.
La pastorale ne va guère à cet esprit observateur, né malin. Les parfums du combat, l’insouciance du bivouac, les courses sur le grand fleuve, les joyeusetés de la vie d’au jour le jour, les petits ridicules de la masse, voilà son véritable domaine littéraire. Il peut y marcher tête haute, en maître, car sûrement il
es
est
etés
it il
parviendra, si les épreuves du pain quotidien Île permettent.
Il ne faut pas se le cacher, publier des œuvres comme ‘François de Bienville, *’ ‘‘l’intendant Bigot’”’ et ‘le chevalier de Mornac,'’’ c'est faire acte de valeur éclatante. Neuf cents pages consciencieusement écrites représentent un épouvantable total de longues veilles, de recherches arides, d’interminables travaux.
Il faut d’abord y consacrer le temps que laissent les soucis du labeur de chaque jour ; puis, une fois l’ouvrage terminé, commencent les marches et contremarches de la chasse à l’éditeur, les rebuts impossibles de la presse qui, pour toute critique, se contente &: d'offrir ses remerciments à qui de droit, ’’ le silence obstiné et les réticences doucereuses de ceux qui ne savent faire mieux, et n’ont que le mérite de jalouser dans l’ombre. Quand toutes ces choses se révèlent et viennent heurter le cerveau, ne faut-il pas prendre son courage à deux mains, pour jeter sa signature au bas d’un volume ?
Heureusement que les convaincus du travail savent ne pas s'arrêter en chemin. Les belles réflexions sur la gloire que M. Marmette prête à Joliette, en sont une preuve. Ils marchent droit devant eux, poursuivant la noble mission qui leur a été imposée, instruire le peuple en l’amusant. Ils vont sans sourciller, sans craindre les obstacles, jusqu’au jour où, comme Joliette découvrant le
Er Bee ; - Cu Vel HSE ME EURE DE
SR TRS ” Le sant :
te Fa - TE = — :
à por RRnE eee en =
a dream DEN NES VER
pe
éd 2 DE