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LES PUBLICATIONS AMERICAINES DE M. EDWIN TROSS

Aussi modeste qu'érudit, M. Edwin Tross appartient à cette école de libraires de vieille roche qui passaient leur vie au service de l’art et de la science, ne reculant devant rien, lorsqu'il s'agissait de donner au public une réimpression rare ou un livre utile.

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Alors, tout était mis en réquisition.

Dessinateurs, graveurs, fondeurs de caractères, fabricants de papier se donnaient rendez-vous chez le maître, et il faut voir quels chefs-d’œuvre de délicatesse exquise renferment les titres, les têtes de chapitres, les culs-de-lampe du temps.

M. Edwin Tross n’a pas craint de marcher sur les traces de ces chevaliers de l’art. Par ses conseils, par son goût, par ses sacrifices, il a maintenu l’imprimerie moderie à une juste hauteur, et chacune de ses réimpressions réunit ce qui fait pâmer d’aise Maxime du Camp et d’autres fins connaisseurs, la beauté du papier, la pureté des types, la correction du texte, la vivacité des encres.

M. Tross a consacré l’une de ses collections à l'Amérique, et comme le Canada français lui est redevable de la réédition d’une foule d’ouvrages devenus rarissimes, j’ai cru faire acte de reconnaissance envers cet ami de notre pays, en venant ce soir vous parler de ses œuvres.

Les premiers volumes de cette série concernent le découvreur du Canada. En 1863, M. Tross donnait le ‘ Brief Récit et succincte narration de la navigation faite en 1535 par le capitaine Jacques-Cartier aux îles de Canada, Hochelaga, Saguenay et autres, ”” réimpression figurée de l'édition originale rarissime de MDXLV, avec les variantes des manuscrits de la bibliothèque impériale, le tout précédée d’une savante introduc*ion historique par M. d’Avezac. Deux années

après, en 1865, il publiait le discours du voyage fait par le même capitaine au Canada en 1534, d’après l'édition de 1598 et d’après Ramusio. Ce nouveau volume, revu par M. H. Michelant, était orné de deux cartes et contenait des documents inédits sur Jacques- Cartier, communiqués par M. Alfred Ramée. Le hasard les avait fait decouvrir à ce savant de Rennes, et M. Tross s'était empressé de livrer à la publicité ces pièces qui ‘‘ font connaître les circonstances au milieu desquelles s’effectuèrent les diverses navigations du pilote malouin, les luttes qu’il eut à soutenir contre ses concitoyens jaloux de contrecarrer ses projets dans un esprit de basse jalousie ou de mercantile avidité, les difficultés qu’il lui fallait surmonter, malgré la protection du roi, les chicanes qu’il eut à subir à son retour et qui poursuivirent ses héritiers, longtemps après sa mort.’?

Ce second volume ne tarda guère à êtge suivi d’un troisième, et en 1867, M. Tross complétait les ouvrages de Cartier, en mettant sous presse la relation originale du voyage fait en 1534 aux terres neufves du Canada, Norembergue, Labrador et pays adjacents. Deux portraits du malouin et une nouvelle série de documents inédits accompagnaient cette réimpression faite sous les soins de M. Michelant. Son collaborateur, M. Alfred Ramée, avait eu la pi: ..e idée de compléter nos renseignements sur Cartier, en ajoutant à cette édition deux vues du manoir de Limoïlou, et une curieuse notice sur cette gentilhommière de l’aventureux capitaine.

‘€ — Nos croquis exécutés en 1865 conserveront au moins, ajoutait-il tristement, le souvenir de l’état ancien des lieux, quand il ne restera plus d’autres traces du séjour du grand navigateur sur ce domaine, que le nom de Portes-Cartier, que lui garde encore la mémoire fidèle des habitants.”?

De 1864 à 1866, M. Edwin Tross a réédité en quatre volumes ‘‘ l’histoire du Canada et voyages que les frères mineurs Récollects y ont fait pour la conversion des infidèles ”” et ‘le grand voyage du pays des Hurons ”’ par Gabriel Sagard Théodat, avec un dictionnaire de la langue huronne, le tout précédé de notes et d’une étude historique de M. Emile Chevalier. Puis il a publié successivement le ‘ contrat d'association des Jésuites au trafique du Canada, pour apprendre à Paul de Gimont, l’un des donneurs d’advis pour les Jésuites contre le Recteur et Université de Paris et à ses semblables, pourquoy les Jésuits. sont depuis peu arrivés en Canada, ?? fac simile sur vélin de l’édition originale, tiré à 12 exemplaires ; un second fac-simile ‘ très-exact ”” à 36 exemplaires de la grande carte de la Nouvelle France du Sieur de Champläin, et enfin trois magnifiques volumes de l’histoire et des muses de la Nouvelle France, par Marc Lescarbot, advocat en Parlement, ce gai Vervinois qui plaidait,. écrivait argumentait ou jouait des ‘“ gaillardises, ” fondait à Port Royal l’ordre du bon Temps, rédigeait, au nom de Poutrincourt, des lettres en latin au pape Paul V, et trouvait encore moyen de nous laisser

fai

des livres charmants sur les origines de notre pays.

Rien n’a été négligé par M. Edwin Tross, pour | rendre ces réimpressions semblables aux originaux. Faites avec goût, confiées à une direction éclairée, ces reproductions de nos vieilles annales canadiennes sont de la plus haute importance pour nos bibliothèques qui n’ont pas le moyen de se procurer les éditions de jadis, et elles honorent le bibliophile de goût à qui le monde lettré doit les annales plantiniennes, les romans d’aventure de M. Michelant, le chansonnier huguenot du XVIe siécle, la clef et les

; rondeaux d'amour, la danse des noces, les œuvres de

: Louise Labé, les songes drôlatiques de Pantagruel,

4 le supplément aux œuvres de Rabelais, la serrurerie

à au moyen-âge, et la splendide édition de l’Imitation

: de Jésus-Christ, traduite, d’après un manuscrit de

y 1440, par l’abbé Delaunoy. Cette dernière impression

surtout, faite sur véritable papier fort de Chine et

à entourée d’une bordure dans le genre des encadre- | à ménts employés dans les livres d’heures publiés par À lle Simon Vostre, Pigouchet, etc., démontre jusqu’à | g- quel point M. Edwin Tross tient à sa belle devise :

66 __ Son art en Dieu. ”

Chaque fois que j'ai rencontré sur un des livres Tross, ces quatre mots si remplis de pieux courage et de foi chrétienncé, ils m'ont remis en memoire la derniére confidence qu’Augustin Thierry mourant, faisait au père Gratry :

— ‘ Je me soutiens et m’encourage parfois dans mes fatigues, lui disait-il, par cette pensée : %e #e suis qu’un ouvrier de Dieu.

— ‘ Ne répétez pourtant pas ‘e mot, ajoutait-il dans sa délicate modestie ; ce serait prétentieux, et je ne dis cela que pour vous. ?’

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