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Extrait d'une lettre de M. Meignan à M. d'Hulst, 15 mai 1882, publiée par M. Baudrillart, Vie de Ma'- d'Hulst, I, 474-475.

Une vacance s'est produite dans mon séminaire, et je dois nommer un professeur de théologie générale. Mon conseil a été unanime à pourvoir à cette chaire par la nomination de l'abbé Loisy. J'ai fait observer que vous m'aviez laissé entendre que vous me demanderiez cet ecclésiastique pour le séminaire des hautes études aux Carmes... Vous voudrez bien décider la question. M. Loisy ne vous rendra peut-être pas tous les services que vous en attendez, malgré sa bonne volonté. Sa santé est faible, et de plus je crois qu'il ne serait pas fâché de nous revenir.

M. d'Hulst ayant insisté , M. Meignan lui adressa, le 20 mai, son consentement définitil'. Il m'écrivait le même jour :

Mon bon petit Loisy,

Il me semble, d'après votre lettre et celle de Mgr d'Hulst, que la Providence veut que vous vous sépariez de nous. Je le dis avec grand regret, et je me soumets.

Vous irez en Allemagne, en Orient, et vous deviendrez un sérieux exégète, un apologiste de la sainte Eglise.

Qu'il en soit ainsi. Il ne reste à un père dans de telles circonstances qu'à bien conseiller son fils. C'est un rude et difficile labeur qui vous incombe, au milieu de grands dangers pour l'àme et pour le corps. Vous êtes d'une faible santé; et c'est aux prix de fatigues et de veilles qu'on arrive à la science. Et si les voyages aujourd'hui sont sans difficulté matérielle, ils ne sont point sans distractions dangereuses. La science a ses épreuves ; elle enfle l'esprit. Scientia infini. La sainte Ecriture, qui ouvre un si large chanq) à l'investigation, et demande aujourd'hui plus dun commentaire nouveau, veut être étudiée avec une grande humilité, une grande défiance de soi-même et des nouveautés. Plus d'un protestant a perdu ce qui lui restait de foi dans l'épreuve d'une étude approfondie. — Ils m'ont fait plus d'une fois des aveux lamentables sur cette perte. — Que Dieu vous garde la vôtre dans toute sa délicatesse !

N'oubliez jamais votre diocèse d'origine; aimeznous toujours. Vous étiez, vous le savez, le Benja-

min du bon M. Roussel : il ne souhaitait pour vous ni Paris, ni les lauriers de la f^rande science. Mais aujourd'hui vous eùt-il retenu lorsque vos maîtres et l'attrait de l'élude vous appellent loin de nous ? En tout cas, n'oubliez jamais cet ami de votre jeunesse, ni l'Evèque de Châlons, qui aimait à l'entendre parler de vous avec l'accent d'un père plein d'espérance et d'affection ; et n'oubliez jamais mes conseils. Si vous relisez cette lettre après vos voyages * et quelques années d'études à l'étranger, vous y découvrirez la voix de l'expérience. C'est celle de votre Kvèque, qui lui aussi a voyagé, étudié, et remercie Dieu tous les jours de l'avoir protégé dans l'étude et les voyages.

Quand vous viendrez à Chàlons, n'oubliez pas que l'Evèché sera votre hôtel. Nous parlerons exégèse.

Bien à vous en X. S.

f Guillaume, Eu. de Chàlons.

Circulaire adressée par M. d'Hulst, le 13 août 1893, aux évêques protecteurs de l'Iiislitut catholique, reproduite d'après l'ouvrage précité

1. Ces voyages ne furent jamais qu'un vague projet de M. d'Hulst, qui ne j^ensa pas à y donner suite.

de M. Baudrillart, I, 484. .le souligne certains passages pour attirer l'attention du lecteur :

Avant même que de récentes controverses eussent été soulevées sur les tendances latitudinaires en matière d'exégèse biblique, et plus encore dejmia ces controverses, vous avez sans doute entendu reprocher à notre jeune et savant professeur, M. f^oisy, ses idées trop hardies touchant Vinspiration des Livres saints. Je n"ai pas à discuter le fond même des doctrines dont on a cru trouver la trace dans ses leçons et dans ses écrits ; mais la réputation que des adversaires résolus et influents lui ont faite ne peut qu'être nuisible à notre Faculté de théologie et à notre Institut tout entier. Le cardinal Richard, le cardinal Langénieux, Monseigneur l'évèque de Bajeux et {)lusieurs autres parmi les évêques fondateurs, avec qui nous avons eu l'occasion d'en causer cette année, estimaient qu'il y avait quelque chose à faire. D'éminents personnages m'ont leiui le même langage « Rome, au mois d'avril dernier. Éloigner M. l'abbé Loisy de la Faculté nous a paru une mesure bien radicale, bien dure l)our ce jeune prêtre d'un mérite si rare et si précoce et d'une grande piété, et doublement fâcheuse ]jour notre œuvre, puisqu'elle semblerait jeter un blâme sur notre passé et qu'elle nous priverait d'un concours honorable et précieux. J'ai cru devoir proposer nueardinal Richard une mesure intermé-

(liaire, qui a obtenu son approbation cl que je soumets à la vôtre : t'est d'inviter M. Loisy à se renfermer désormais dans l'enseignement exelusivement philologique des langues hébraïque, assyrienne, chaldéenne (?), où il excelle, et de demander à M. Icard de nous donner, comme professeur d'exégèse biblique, M. l'abbé Fillion, bien connu pour sa belle édition de la Bible et ses autres travaux scripturaires. M. Icard y a consenti. Nous aurions ainsi un professeur de plus. M. Loisij n'aurait pas l'occasion d'aborder directement les questions épineuses, et il m'a promis d'éviter les occasions de les rencontrer indirectement dans ses leçons de langues '^ . L'enseignement biblique serait ainsi partagé entre deux maîtres qui inspirent toute conliance, MM. Vigouroux et Fillion, tous deux de la compagnie de Sainl-Sulpice. Enfin, s'il est vrai que le Saint-Siècje doive prochainement intervenir dans les questions bibliques, nous aurions d'avance donné des gages de prudence et d'orthodoxie. Ces diverses mesures pourraient être annoncées comme un développement de notre enseignement théologique. Il serait désirable qu'elles fussent portées avant peu à la connaissance du clergé. Mais auparavant nous avons voulu connaître l'avis de Votre Grandeur.

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