‹ Choses vuesChapitre 89 sur 120 · LAGRANGE · texte numérisé non relu

LAGRANGE

Lagrange a, dit-on, tiré le coup de pistolet du boulevard des Capucines^", fatale étincelle qui a mis le feu aux colères et allumé l'embrasement de Février. Il s'intitule : détenu politique et représentant du peuple.

Lagrange a des moustaches grises, une barbe grise, de longs cheveux grisj il déborde de générosité aigrie, de violence charitable et de je ne sais quelle démagogie chevaleresquej il a dans le cœur de l'amour avec lequel il attise toutes les haines j il est long, mince, maigre, jeune de loin, vieux de près.

'' La légende a (?t(5 , depuis, reconnue fausse. {Note de l'édileur.)

ridé, efïaré, enroué, ahuri, gesticulant, blême avec le regard fouj c'est le Don Quichotte de la Montagne. Lui aussi donne des coups de lance aux moulins, c'est-à-dire au crédit, à l'ordre, à la paix, au commerce, à l'industrie, à tous ces mécanismes d'où sort le pain. Le bon lourdaud Deville est son Sancho Pança.

Avec cela point d'idées5 des enjambées continuelles de la justice à la démence et de la cordialité à la menace. Il proclame, acclame, réclame et déclame. Il prononce cito-'iens. C'est un de ces hommes qu'on ne prend jamais au sérieux, mais qu'on est quelquefois forcé de prendre au tragique.

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