PROUDHON
Proudhon est le fils d'un tonnelier de Besançon. Il est né en 1808. II a des cheveux blonds rares, en désordre, mal peignés, une mèche ramenée sur le front, qui est haut et intelligent. Il porte des lunettes. Son regard est à la fois trouble, pénétrant et fixe. Il y a du doguin dans son nez presque camard, et du singe dans son coUier de barbe. Sa bouche, dont la lèvre inférieure est épaisse, a l'expression habituelle de l'humeur. Il a l'accent franc-comtois, il précipite les syllabes du milieu des mots et traîne les syllabes finales, il met des accents circonflexes sur tous les a, et prononce comme Charles Nodier, comme M. Droz : honorable, remarquable. Il parle mal et écrit bien. A la tribune, son geste se compose de petits coups fébriles du plat de la main sur son manuscrit. Quelquefois il s'irrite et écume, mais c'est de la bave froide. Le principal caractère de sa contenance et de sa physionomie, c'est l'embarras mêlé à l'assurance.
J'écris ceci pendant qu'il est à la tribune.
Dans les derniers temps, il demeurait rue Dauphine et y faisait son journal, le Représentant du Veuple. Ceux qui avaient affaire au rédacteur montaient là à une espèce de châssis et y trouvaient Proudhon rédigeant, en blouse et en sabots.
Hier, Antony Thouret a rencontré Proudhon.
— Ça va mal, a dit Proudhon.
— Quelle cause assignez-vous à tous nos embarras.'* a demandé Antony Thouret.
— Pardieu! tout le mal vient des socialistes!
— Comment! des socialistes? mais vous-même, n'êtes-vous pas un socialiste ?
— Moi, un socialiste! a repris Proudhon, par exemple!
— Ah çà! qu'êtes-vous donc?
— Je suis un financier.