CHAPITRE IV
Chouart et Radisson s'en vont au pays des grands lacs. — Passent l'hiver au milieu des sauvages. — Leurs agissements. — Au printemps se dirigent dans la région du lac Michigan et visitent les Maskoutens. — Viennent ensuite séjourner au Saut Sainte- Marie.
1H|TANT arrivé aux Trois-Rivières, raconte ^^ Radisson, j'y trouvai mon frère, qui était revenu l'année précédente du lac des Hurons avec d'autres Français. Nous résolûmes tous deux de faire un voyage dans le but de découvrir les grands lacs dont ils avaient ouï parler des sauvages. . . Me voyant de retour de ces deux voyages rendus dangereux autant par la cruauté des barbares que par les difficultés du trajet, mon frère me jugea apte et mieux disposé à le suivre dans les découvertes qu'il
se proposait d'entreprendre. A cette nouvelle, je me sentis tourmenté par le désir de me voir au fond d'un canot ^. »
Radisson ne languit pas longtemps. Son amour des voyages périlleux devait être satisfait dès l'année qui le vit revenir du pays des Onnontagués. Ce fut en effet vers la mi- juin 1658 que Radisson dit adieu à sa famille, pour se diriger, avec son beau- frère Chouart des Groseilliers, vers les régions baignées par les grands lacs. Les deux compagnons paraissaient bien déterminés à ne revoir leurs foyers qu'après avoir exploré des pays encore ignorés des Français, et avoir poussé leur course dans l'extrême ouest.
Le jour de leur départ des Trois-Rivières, ils étaient réunis au nombre d'une soixantaine, parmi lesquels se trouvaient de fiers gaillards, au dire de Radisson; plusieurs sauvages de l'ouest s'en retournaient dans leur pays. A Montréal, le parti s'augmenta de huit Outaouais et de deux Français.
Le voyage fut, comme toujours, parsemé d'incidents de toute nature, causés le plus fréquemment par le manque d'ordre et la confu-