Voyages de Radisson, pp. 251 et
2. Jean d'Estrées fut nommé, en 1681, maréchal de France. Il était le premier marin français qui ait été revêtu de cette dignité. Nommé chevalier du Saint- Esprit et vice-roi d'Amérique, titre, du reste, purement honorifique, il fut enfin chargé du gouvernement de la Bretagne, Voir en appendice Pièce A.
3. J.-B. Colbert, marquis de Seignelay, fils aîné du grand Colbert, remplaça son père au ministère de la marine, en 1676. II mourut en 1690, à l'âge de 39 ans.
[ io6 ]
chement à l'Angleterre. Colbert lui tint à peu près le même langage, et il le renvoya auprès de Bellinzani, agent d'affaires du ministre. Celuici lui fit part des intentions de son maître. Le parti le plus sage pour Radisson était, d'après Colbert, de s'entendre avec. M. de la Chenayc, négociant de Québec, alors en promenade à Paris.
L'entrevue proposée eut lieu entre les deux Canadiens, suivant le désir formulé par Colbert. Il fut convenu entre eux que Radisson irait d'abord à Londres pour engager sa femme à passer en France, et s'y enquérir des agissements de la compagnie de la baie d'Hudson. II courut aussitôt à Londres. Tout lui échoua, et il n'eut pas même la consolation de voir accepter ses services par ses anciens protecteurs. Rebuté, Radisson retourna à Paris, et n'y trouvant pas M. de la Chenaye ^, déjà parti pour le Canada, il fit ses adieux à Colbert, emprunta quelque argent des Jésuites, et courut
I. Charles Aubert, sieur de la Chenaye, commis général de la Compagnie des Indes occidentales, était né en 1630, à Amiens. A sa mort, arrivée en 1702, il laissa une nombreuse postérité. Marié trois fois, il eut de ces diverses unions 17 enfants; plusieurs de ses filles furent religieuses.
s'embarquer à La Rochelle sur un vaisseau quî faisait voile pour Québec.
Radisson arriva à Québec, le 25 septembre 1681. Chouart ne s'était pas absenté du pays,, depuis le départ de son beau-frère, six ans auparavant. Il n'était plus jeune — il avait atteint ses soixante ans — mais le retour de son ancien compagnon d'aventures lui fit retrouver le goût de sa vie d'autrefois, et il n'hésita pas un instant à offrir ses services à M. de la Chenaye. Celui-ci était un marchand à l'aise, et il pouvait risquer des capitaux dans une entreprise qui pouvait avoir une issue heureuse. Le commerce des fourrures apportait souvent de gros bénéfices. Tout dépendait de ceux qui s'y livraient; s'ils avaient le talent de s'attirer la confiance des sauvages, s'ils parlaient leur langue, les chances leur étaient beaucoup plus favorables. Chouart avait une longue expérience jointe à une habileté hors ligne. C'était un homme spirituel ; « il fait l'homme d'esprit, écrivait la Mère de l'Incarnation \ comme en effet il en a beaucoup ». De son côté, Radisson était l'activité en personne, et les scrupules ne dérangeaient pas ses plans. Connaissant son