Dicf. gén., t. ï
3. Les historiens ont presque tous torturé l'orthographe de ce nom: tantôt on lit Groiseliez, Grozeliers, Groseliers, Groiziliers, et tantôt Grosillers. Charlevoix écrit Groseilliers. Je l'appelle tout simplement Chouart, qui est son véritable nom de famille. Radisson écrit Choxiard.
suites, en qualité de domestique ou donné. Sans être liés par des vœux, ces donnés formaient une classe intermédiaire entre les religieux et les serviteurs proprement dits ^. La carrière n'était pas brillante, et encore moins lucrative, mais elle ouvrait le champ à l'ambition des jeunes gens qui l'embrassaient, par la raison que ces employés pouvaient souvent accompagner les missionnaires dans leurs longues pérégrinations à travers les forêts, sillonner avec eux les lacs et les rivières, et vivre beaucoup de cette vie d'aventures qui n'est pas sans charmes pour une certaine classe d'hommes.
Chouart ne mit pas de temps à comprendre qu'il pourrait se créer un avenir par le commerce plutôt que par l'industrie ou l'art agricole. Comme la traite des pelleteries était alors le seul négoce qui fut à la portée de toutes les bourses, il importait de s'initier tout d'abord à la vie des bois, afin d'établir des relations avec les sauvages. Apprendre leurs langues, avoir le don de les attirer à soi, commander leur respect et leur confiance, telles étaient les qualités
i.^n les appelait donnés, écrit le Père Martin, parce qu'ils se donnaient par contrat et pour la vie sans recevoir de salaire.
indispensables au coureur des bois à la recherche du succès.
Intelligent et actif, Chouart sut bientôt inspirer aux Jésuites un intérêt tout particulier. Cet adolescent avait du courage, de la hardiesse, et il ne manquait pas de facilité pour apprendre les dialectes des aborigènes. La vie aventureuse lui souriait, et la suite de son histoire nous fera comprendre combien il lui fallut d'énergie pour poursuivre jusque dans sa vieillesse une carrière aussi mouvementée. Peu de coureurs des bois ont pénétré aussi loin que Chouart dans les régions sauvages. Je dirai plus, peu d'explorateurs, dans ce siècle d'activité, ont surpassé l'esprit d'entreprise de ce Français. Nicolas Perrot a, sans aucun doute, mérité la réputation du plus habile voyageur de son temps, comme du plus intéressant interprète ; mais il n'a pas visité plus de nations que Chouart, et il n'a pas, comme lui, fréquenté les parages septentrionaux, oix seul l'Esquimau naît et meurt, et où l'Européen ne se risquait d'aborder qu'avec les plus sombres appréhensions.
Médard Chouart consacra près de dix années de sa vie au service des Jésuites, et durant cet intervalle, — de 1637 à 1646, — il parcourut
bien des fois la distance qui sépare Québec de la péninsule huronne. C'est au cours de ces longs et pénibles trajets qu'il apprit à connaître les Algonquins établis le long de la rivière quî porta longtemps leur nom, ainsi que les Nipissiriniens du lac Nipissing. Pendant le séjour qu'il fit aux Hurons, il ne fut pas sans avoir de rapports avec les Tionnontatés ou Gens de la nation du Pétun, dont le pays confinait à celui des Hurons. Que de courses il dut poursuivre à côté des héroïques apôtres de la foi, et chez les Neutres ou Eriés et chez les autres peuplades qui reçurent alors la bonne nouvelle ? Mais il n'appert pas que Chouart ait dépassé la Mer Douce, que peu de Français avaient osé franchir avant 1646. Jean Nicolet fut peutêtre le seul ^ qui, après s'être aventuré jusque dans les profondeurs du lac Michigan, parcourut (en 1634) une partie du Wisconsin.
I. " Jean Nicolet, premier explorateur du Wisconsin et du Michigan occidental . . . parvenu à trente ou quarante lieues du Mississipi, il s'arrêta, s'imaginant n'être plus qu'à trois journées de la mer." — Relation de 1640, X, 36. Voir, en outre, Shea, Discovery of the Mississipi Valley, p. 21 ; Ferland, i, 325 ; Butterfield, History of the Discovery of the Northwest, p. 67; Suite, Jean Nicolet, dans la Revue canadienne de l'année 1885.
Chouart abandonna ses anciens maîtres pour se livrer au commerce des fourrures. En 1646 il commençait à poser les bases de sa fortune, en cédant aux Hurons quelques menus objets de mercerie pour des peaux de castor et autres pelleteries recherchées. Le Journal des Jésuites dit, à la date du 29 août de cette même année, que Chouart descendit à Québec avec plusieurs Français, et qu'ils retournèrent presque aussitôt chez les Hurons ^. Comme la saison était déjà trop avancée pour redescendre avant les neiges, Chouart dut passer l'hiver au milieu des sauvages. Mais il revint à Québec l'année suivante, car on le voit épouser, le 3 septembre, Hélène Martin, fille du pilote Abraham, restée veuve de son mariage avec Claude Etienne ^ Hélène Martin était filleule de Champlain ^, qui lui avait donné le nom de baptême de sa femme, Hélène Boullé.
j. " Ceux qui retournèrent cette année des Hurons, furent Pierrot Cochon, Gilles Bacon, Daniel Carteron, Jean LeMercier, des Grosillers, Racine et Eustache Lambert qui s'était donné et devait remonter, et en effet, il remonta avec les susdits sus-nommés." — Journal des Jésuites, p. 64.
2. Un seul enfant est issu de ce mariage. Né le 30 juillet 1644, mort le 10 septembre de la même année.