‹ Chouart et RadissonChapitre 63 sur 75 · PIECE E · texte numérisé non relu

PIECE E

Lettre de M. de Meulles au Ministre

De Québec, le 4 novembre.

. . . Les nommés Radisson et Desgrozeliers en Tannée 1682 avaient demandé à M. le comte de Frontenac un congé pour aller à la traite à la baie d'Hudson avec deux barques, mais comme il leur fut refusé par plusieurs considérations, ils prirent simplement une permission d'aller à la pêche du loup-marin à cent ou cent vingt lieues de Québec, du côté d'Anticosti et île percée, avec intention d'exécuter leur premier dessein, ce qui fut si véritable, qu'aussitôt que les deux barques furent arrivées à l'île Percée, ils prirent le chemin des sept îles, qui est dans le fleuve Saint- Laurent et s'en allèrent droit à la baie d'Hudson, et après l'avoir traversée, se rendirent dans une Rivière, nommée en langue sauvage Kakioukiouay, c'est-à-dire qui va et vient au 56 degrés 50 minutes latitude Nord. Ce vingt sept août de la même année, le dit Radisson ayant mouillé et s'étant écarté pour chercher des sauvages, aperçut un petit vaisseau Anglais de 60 à 70 tonneaux et ayant amusé le capitaine du dit vaisseau, lui faisant entendre qu'il aurait beaucoup de monde avec lui, alla plus loin à la découverte,-

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lui troisième, et aperçut un second navire plus ,gros que le premier, dans lequel était une espèce de commis qui prenait qualité de gouverneur, mais le capitaine du dit navire voyant au bord de l'eau des français, envoya une chaloupe armée pour la combattre, dont l'un se jeta dans l'eau, ce que voyant le dit Radisson lui témoigna que s'il voulait il était le maître de lui casser la tête, mais qu'au contraire il lui demandait son amitié, ce qui désarma celui qui était dans l'eau, et l'obligea de lui faire caresses, et enfin après plusieurs pourparlers on se traitait de frères. Un jour led. Radisson et Desgrozeliers, par force et par menaces arrêtèrent dans leur fort le capitaine du Petit vaisseau, qui les était venus visiter ce jour-là, s'en rendirent les maîtres et les firent garder par leurs gens, après quoi ils allèrent en toute diligeance au fort des Anglais où ils demandèrent à entrer pour boire avec eux, en les assurant que le Gouverneur les suivait, ce qui obligea les Anglais du dit fort de leur ouvrir la porte, mais aussitôt qu'ils furent entrés, ayant le pistolet à la main, se rendirent les maîtres des Anglais et brûlèrent leur fort.

Le dit Radisson dans ce même tems fit commandement au grand navire de se retirer, lequel fut obligé de le faire par le mauvais tems et les ^glaces, qui l'on fait périr à ce qu'on nous a rapporté.

Radisson et Desgrozeliers avant de partir de la dite baie ont laissé huit hommes de leur équi-

page et un magasin avec quantité de marchandises dans un fort qu'ils ont bâti dans cette rivière nommée qui va et vient, et après s'être rendus maîtres du petit navire, ils sont venus à Québec où ils ont amené l'envoyé de la Compagnie de la Baie d'Hudson, nommé le Gouverneur, et pareillement le capitaine du dit petit navire.

Je ne puis vous rendre compte, Monseigneur, de ce qui s'est passé touchant la dite prise et les Anglais, et même s'ils ont des raisons de se plaindre, n'en ayant eu aucune connaissance qu'indirectement, et si j'ai eu l'honneur de vous faire ce petit récit, c'est pour vous prier très humblement de nous faire savoir l'intention de Sa Majesté, touchant cette baie d'Hudson, et si elle souhaite que les Français aillent traiter de ce côté là et si nous devons souffrir que le S^ de la Chesnaye envoie une grande barque dans l'endroit où on a pris le vaisseau Anglais que l'on a amené à Québec, étant certain que la Rivière, nommée en sauvage Kaouirinagaou qui veut dire méchante rivière, où les dits deux vaisseaux Anglais avaient mouillé, est un lieu qu'ils ont découvert depuis longtemps, quoique éloigné de leurs habitations et qui n'est qu'à deux lieues de la dite rivière, nommée qui va et vient, que les dits Radisson et Desgrozeliers disaient avoir découvert à ce dernier voyage ici. J'ai su du dit Radisson même qu'il a été dans la dite rivière où le vaisseau Anglais a été pris deux fois, était au service des Anglais.

La conclusion de cette affaire est que Desgrozeliers et Radisson ont été à la baie d'Hudson sans congé ni passeport, de personne, et qu'ils ont été attaquer et prendre les Anglais dans une rivière oti ils vont de tems en tems pour faire commerce, d'où ils prétendent de grands dédommagements, et que la Chesnaye prétend, l'année qui vient, y renvoyer encore une barque avec des marchandises dans l'endroit où ils ont fait un fort et où ils ont laissé huit hommes de leur équipage, c'est ce qui me fait prendre la liberté de vous dire. Monseigneur, qu'il faut, ou abandonner ce commerce aux Anglais ou les chasser entièrement de la baie d'Hudson, c'est sur quoi nous attendons les ordres de Sa Majesté et les vôtres.

Signé : DE Meui^lES.

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