‹ Chouart et RadissonChapitre 65 sur 75 · PIECE G · texte numérisé non relu

PIECE G

Lettre de M. de la Barre au ministre

A Québec, le 14 novembre 1684.

L'afïaire du nommé Guillain de Baston ne vous a pas esté expliquée et il faut de nécessité que je le fasse pour que vous décidiez ce qu'il me conviendroit faire en une pareille rencontre.

Ce fut le 18® octobre 1683 Q^'il vinst mouiller une petite barque devant cette ville que je connus de fabrique angloise quoy qu'avec pavillon blanc.

Il descendit à terre diverses personnes entre lesquelles estoient Radisson et Desgroseliers porteurs de commission de pesche et des sauvages, le long de la coste du nord, de Mons. le Comte de Frontenac, pour deux barques.

Je leur demanday sy ce vaisseau n'estoit point anglois et d'où venoit qu'ils s'en estoient emparez. Ils me firent la longue histoire que je me donnay l'honneur de vous demander l'année dernière, et me dirent qu'il m'amèneroient dans une heure le cappitaine anglois; en effet il vint me trouver me fist plainte de la violence que l'on luy avoit faicte en l'amenant icy sans aulcune cause, et qu'il ne croyoit pas que je voulusse souffrir que les subjets de Sa Majesté Britanique fussent ainsy traittez par les François, me représenta son passeport pour la pesche vers le nord, signé du secrétaire du Conseil de Baston ; et sa plainte fut suivie de celle d'un aultre Anglois, soit disant comis de la compagnie royale du Nord, de Londres, disant qu'on l'avoit amené comme par force.

Radisson au contraire dit qu'il luy avoit vendu une des barques françoises qu'il avoit au Port Nelson pour ramener ces gens aux establissements anglois de la Baye d'Hudson, et que lorsqu'ils y furent embarquez, avant que le dit comîs y eust pu entrer, ils furent séparez d'un coup de vent qui les obligea de prendre le large et de quitter la barque que nous croyons avoir regagné l'habitation angloise.

II ne me paroissoit pas que Radisson eust aucun

droit pour la prise de ce navire qui, de son costé, n'estoit pas en estât, sans l'équipage du dit Radisson de vingt huict hommes de revenir du fond du golfe d'Hudson.

Ainsy, sans parler de justice ny de formalitez, je taschay de les accomoder, en faisant dédommager le cappitaine Guillain de la somme de mille livres pour le détour de l'entrée de la rivière icy, ne croyant pas que Sa Majesté eust trouvé bon que j'eusse commencée la guerre en ce païs avec les Anglois.

Quand à la preuve que Radisson est arrivé le premier au port de Nelson, elle est incontestable, parce que le petit vaisseau dans lequel ils sont revenus n'y a jamois esté, (de la confession des Anglois) . . .

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