‹ Chrestomathie de l'ancien françaisChapitre 28 sur 63 · SERMENT DE LOUIS LE GERMANIQUE · texte numérisé non relu

SERMENT DE LOUIS LE GERMANIQUE

Pro Deo amur et pro Christian poblo et nostro commun salvament, dist di in avant, in quant Deus savir et podir me dunat, si

1. Pour l'amour de Dieu et pour le peuple chrétien et notre commun salut, de ce Jour en avant, en tant que Dieu m'en donne l'intelli-

' Les notes alTérentes aux plus anciens textes sonl surtout gramiualicales et philologiques. Pour les morceaux non traduits, elles sont surtout explicatives. On voudra bien se reporter aux notes des six, premiers morceaux pour la solution générale des principales questions de phonétique : nous y renvoyons une fois

f)our toutes, sauf à signaler au passage les cas particuiers qui pourront se présenter.

'* Ms. Bibl. nat.. fs. lat.. 9768. — Les plus anciens monuments de la langue française, publiés pour les cours universitaires par Ed. Koschwitz, î' éd., Heilbronn, 1880. — Fac-similé en héliogravure dans l'album de la Soc. des anciens textes français. — Dans ce texte, l'orthographe, altérée par l'inexpérience du scribe, qui écrivait ordinairement du latin, ne donne pas toujours des renseignements exacts sur la prononciation de l'époque, de sorte que le dialecte ne peut en être sûrement déterminé. — Pour ce texte et le suivant, cf. Ed. KoschMitz, Commentar zu den leltexlen fmnzœsischen SprHchdenkmiplern (Heilbronn, 1886).

1. Deo n'est pas un mot latin, mais une représentation graphique de la diphtongue eu. où l'o a un son fermé peu différent de Vu latin = ou français. Cf. meos, meon, et, dans la Séquence de sainte Eulalie, Deo. La place du régime indirect {Deo pour de Deo, rie Deu) entre la préposition et le nom n'a rien d'insolite. On trouve souvent des expressions comme celle-ci : li Deu enemi, les ennemis de Dieu (s. pi.): cf. 2. 3. — 3. Savir et podir (au \i' siècle saveir ei podeir ;= 'sapêre, *potëre) montrent, chez le scribe des Serment.>t, une hésitation dans la notation de ei. Cf. .savier, dans le ms. du Saint Léger. L'i ne doit pas être confondu avec celui des verbes de la i' conjugaison, où l'ê était précédé en latin de c (plai.tir. v. "fr. tai-tir, etc.). Cf. .vi^ dift (= débet), mi, et d'autre part quid, in, int, ist, ci.-it: dans ces derniers mots, l'on a sans doute alTaire à une orthographe étymologique, et il faut prononcer é. Quant à prindrai, dont on n'a pas encore donné d'explication satisfaisante, cet exemple ne suffit pas pour qu'on puisse admettre que les Serment.t ont un caractère dialectal. — .We est un accusatif, et non un datif. Nous sommes donc en présence d'une proposi-

salvai-ai eo cist meon fradre Karlo et in aiudha et in cadhuna cosa, si cum om per dreit son fradra salvar dift, in o quid il mi altresi fazet, etab Ludher nul plaid nunquam prindrai, qui meon vol cist meon fradre Karle in damno sit.

gence et le pouvoir, Je soutiendrai mon frère Charles ici présent par mon aide et en toute chose, comme on doit par droit soutenir son frère, tout autant qu'il fera de même pour moi, et Je ne prendrai Jamais avec Lolhaire aucun arrangement qui, de mon gré, soit au détriment de mon frère Charles ici présent.

tion infinitive régie par dunal. — 5. Aiudha = 'adjùta (radical de adjulare), qui a naturellement l'accent sur l'H.d'où il suit que cet u se conserve, au lieu de tomber comme dans aidier = adj(u)tare (cf. aiut, 3, 143). Le dh (on trouve ailleurs th) est une tentative pour indiquer lalTaiblissement de la dentale forte, non encore parvenue à d. — 6. Fradra (partout ailleurs fradre'^, cf. sendra. L'a atone pourrait sans doute être considéré comme dû à la tendance de Ve à se changer en a après un groupe de deux consonnes dont la seconde est r (cf. en grec zaToaTi, avSpaai, £Tca-ov): mais il faut reconnaître que Va atone final ayant encore un son intermédiaire entre a et e muet, l'écriture du scribe a pu en contracter quelque hésitation (cf. fazet]. De même, on a ici fradra. fradre. et non fredre. parce que 1';/ latin accentué devant une consonne, quoique n'étant plus a, n'est point encore devenu é (probablement è plus ou moins ouvert). Cf. salvar, reiurnar, Christian, et voy. 2, 6, note à màent. — 3. Le subj. fazet est justiiic par le sens restrictif du membre de phrase. Il serait facile de le conserver en traduisant : « pourvu qu'il fasse ». — 8. Meon vol constitue une de ces locutions dont il est parlé au Glossaire et dans lesquelles la forme absolue du possessif est employée, au lieu de la forme atone ni(i;i,poiir insister sur l'idée de possession. Cf. meosol siw. l. 2, 2, et 3. l'o/, dont la forme régulière est vuel i^conune duel : deuil est postérieur et a pris la forme de la I" pers. sing. de 1 indic.) est un nom verbal tiré de ruleir par la suppression de la désinence. Quant à la non-diphtongaison de o {dol dans VAlexis, 4, H, doit être écrit duel).e\le n'est point certaine dans un texte où l'orthoeraphe est peu sûre et souvent étymologique. A côté de mon vîiet, on disait aussi : Ion vuel. .ton vuet. — 9. In damno sit sont-ils des mots purement latins, constituant une formule usitée dans les actes et insérés dans le texte par une distraction du scribe? C'est peu pro-

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