SEQUENCE DE SAINTE EULALIE
Buuna pulcella 2 Bel avret corps,
lïit Eiilalia, bollc'zour anima.
Eulalie était bonne pucelle : elle avait beau le corps, plus belle Vâme. — Les ennemis de
* Ilecueil d'anciens textes bas-latins, français et provençaux, par Paul Meyer, Paris, Vieweg, 1877, p. 193. — Texte revu par nous sur le fac-similé en héliogravure de l'album de la Soc. des anciens textes français. — La séquence de sainte Eulalie a été composée dans la région nord-est du domaine, et nous tlonne de précieux renseignements sur l'état de la langue à la fin du ix" siècle, (pioique le manuscrit ipii nous l'a conservc'e soit postc-rieui' d'un demi-siècle environ. Voy. ci-dessus notre Tuhleuu sommaire de lu lillëruliire française au moyen à(je, \). (i.
bable. Les Serments ont, il est vrai, quelipies autres mots à forme jJuriMnent latine, comme in 1, 2, etc., })ro, I, 1, quicl, 1. (i, nunfjuam, 1, 7, jnrat, conservât, 2, 2, mais cela ne prouve nullement que ces mots aient été réellement prononcés comme en latin : il faut plutôt admettre l'inexpérience du scribe à noter les sons poi)ulaires.
2, 2. Sendra, avec l'accent sur la première syllabe, pour aendre (cf. fradra). A côté de sendve, on trouve nindre, et d'autre part xire, qui vient d'une forme où \'n a disparu par suite de l'emploi fréquent de ce mot comme procliti()ue {'se'ior, cf. pire = pejor). — 4. Pois = 'pocsum jjour *jtotsum, qui a dû exister à côli- de possum. Le groupe ts change régulièrement sa dentale en gutturale, cpii à son tour devient yod {i consonne) et foi-me diphtongue avec la voyelle qui précède (cf. coist = coxit, 2, 20). Cette explication, due a M. Chabaneau, a été contestée, mais on n'en a pas présentée jusqu'ici de plus plausible. Puis = pnst', que M. Ciiabaneau explique de même, est moins sûr : nous admettrions plutôt avec G. Paris l'étymologie 'pôstius. — Neûls = ne ullus, forme jjopulaire usitée à côté de nullun. Cf. ici-même nul, nulla. — Cui, régime direct. Cette forme du relatif (('-crite aussi à tort qui) se rencontre fréquemment dans l'ancien finançais, môme au pluriel, aussi bien commi- n-gime direct que comme régime indirect sans i)r(''i)Osition /datif). Il est plus rai-emiMil (Mni)loy<- pour remplacer un nom de chose.
1. Eiilalia, et 2, animn. \.'a, ici pas plus que dans les Serments, ne saurait être pur. Il se prononçait entre a et e féminin. Ce dernier e était d'ailleui-s encore sonore au commencement du xiV siècle. Cf. Romania, III, 471. — 2. Avrel — liabuerat, plus-que-partait organique au sens de rimparlait. Cf. 20 et 3, 120 {li avret pardonêl), où il est joint à un participe passé et forme ainsi un plus-que-parfait périphrastique. Pouret 9, furet 18, Lotilrel 21, rocerel 22 ont le sens du parfait
VoUlrent la veintrc li Dco ininii,
4 A'oldrcut la faire diavle servir.
El nout cskollet les mais conseillers (5 (ju'el Deo raiieiet chi màcnt sus en ciel,
Ne por or ned argent ne paramenz 8 Por manatcc rogiel ne preiement. Niïde cose non la pcniret omque pleier 10 La p(jlle sempre non amast lo Deo menes-
[tier.
Dieu voulurent la vaincre, ils voulurent lui faire servir le diable. — Elle n'écoute pas les jnauvais conseillers r^ui Vengagenl à renier (littér' ; en ceci qu'elle renie) *, Dieu qui habite en haut au ciel, — ni pour or, ni pour argent, ni pour parui'es, pour menace venant du roi, ni pour prière. — Rien ne put Jamais faire plier la Jeune fille [et empêcher^ qu'elle n'aimât toujours le service de Dieu. — Et à
* Les mots entre parenthèses donnent la traduction littérale ou expliquent les mots précédents ; ceux entre crochets sont ajoutés pour rendre la traduction plus intelligible. Dans les textes, les mots entre parenthèses doivent être retranchés du texte ; les mots entre crochets doivent être ajoutés .
aoristique. — 3. Veintre. La forme ra!;icre,qui n'est pas encore dans le Roland, est un retour à l'étymologie dû à l'analogie. Par un changement contraire, qui remonte au latin populaire, ir est devenu cr dans craindre — tremere. De veintre, il faut rapprocher chartre {carlre 3, 80) =: carcerem, et de crai)i(lre, le changement de tl en cl dans vieil— vetulam,''vc<linn. — 3. El (ms. et l"-' éd. Elle). Jusque vers le milieu du xii" siècle, e venant de ê, ï latin entravé (suivi de plusieurs consonnes) ne rime pas avec e venant île é latin entravé. C'était donc un e plus ou moins fermé ; nous l'avions en conséquence, dans les éditions précédentes, marqué d'un accent aigu, sans affirmer cependant son identité parfaite avec Vé actuel. Nous avions fait de môme pour e provenant de a latin accentué. La difficulté de préciser nous a décidé à n'employer l'accent aigu sur Ve que lorsqu'il termine un mot et que la syllabe où il se trouve porte l'accent. De même, nous n'employons l'accent grave sur l'e que lorsqu'il importe de le distinguer de T'e muet ou semi-muet. — 6. Raneiel. A répond assez souvent à e, i latins antétoniques en ancien fi-ançais, surtout dans les plus anciens textes et dans certains dialectes. Le q médiat, comme le c {cL pleier 9, jtreiement 8), est âéjà tombé, après avoir dégagé un yod, qui a formé diphtongue avec la voyelle précédente. — Chi, prononcez ki. — Mâent. D'après M. L. Havet {Romania, VI, 324), a tonique a donné d'abord Aa, puis par « réfraction » Aè, et ce dernier, qui est devenu .vé dans VEulalie, est ensuite passé à xi devant les nasales {maint), et à é devant les autres consonnes (é en Normandie, éi en Bourgogne, en passant par èi). Dans tous les cas, nous avons affaire ici à une diphtongue descendante (ou forte) Ae, dans laquelle l'e a naturellemenl un son faible. Au xvn' siècle, é est devenu è dans les mots où la consonne suivante n'était pas muette {mèr, mère, mais mener). — 7. Ned. Le d est euphonique ; de même, plus bas, dans qued 14. 17. 27, comme le montre la forme que 20, où le fi de quod est d(''j;'i tombé. Cf. sed (= si) 3, 73. 75. 77 ; 4, 63). — 8. Manalce. Orthographe piionétique, qui indique la vraie prononciation du c doux français (correspondant à celle de cil = tch) pendant la première période du moyen âge (■ f. czo 21, domnizelte 23 et îa;.s'ier 24). Pour l'a = i latin antt'lonicpie, voy. à raneiet. — Reqiel = regalem, forme luiique pour les deux genres. Le g est dur comme ilans paqiens, et comme le ch dans cliiell 13, chief 22 {— l'cielt, etc.) de notre texte. De même dans les Serments et le Saint Léger (cf. Romania, VII, 128). Tout au plus pourrait-on admettre la prononciation intermédiaire kuélt, etc., dans la série k, k\j, tch (prononciation régulière de ch dans les anciens textes). Pour VAle.vis et le Roland, il est plus proljaljle que nous avons alïaire à de véritables chuintantes : tch, dj.