DIPHTONGUES
§ '.V.W. La (liplilongue ai [aire, aidier, faim) se prononce d'abord à peu près comme dans linterjection aïe. Dans Sainio Eulalie, elle est notée une fois par ae : maent (v. 6) devant une nasale. Non suivie d'une nasale, elle passe au son ç dans le cours du xii" au xiii<' siècle, excepté à la finale dans les verbes : aiderai (c-de-ré), aimai (è-mé) ; suivie d'une nasale, elle reste diphtongue jusqu'au xvi*' siècle. Dans les deux cas, elle est notée uniquement par ai depuis le xi" siècle.
^ 331. La diphtongue èi [beivre, veine, foire, etc.) a à peu près le son de eij' dans veille^ dès le XI*" siècle; elle passe à ai du xii'' au xiii'' siècle, excepté devant une nasale ou une / mouillée : plein, conseil. Elle se confond au xiii'= siècle avec les autres diphtongues oi et ôi et toutes trois arrivent alors à la prononciation oè qui, au xiv*^ siècle, devient wè.
§ 332. Les diphtongues ai (Joie) et ôi {foyer, poison, oignon) ne diffèrent d'abord que par la valeur ouverte ou fermée de leur premier élément. Elles se confondent bientôt entre elles et, au xiii« siècle, elles partagent le sort de oi<^ ei (§ 331).
§ 333. La diphtongue ui, dans laquelle u devait au commencement avoir un son rapproché de celui de u, se prononce au x'^-xi'' siècle en appuj'ant sur Vu ; aussi assone-t-elle et rimet-elle alors en u : lui : vertut : liai {Pèlerinage de Charlemagne, 669, 670) ; enlendut {Roland, laisse LXIIl, Stengel). Mais au xii'= siècle. Vu diminue de valeur, l'accent passe sur i, et ui rime ou assone dès lors avec i.
§ 334. La diphtongue eu {Deu ou cheveu) devient eu (ô) aux xii'=-xiii'^ siècles et, au XIV"" siècle, se fond avec eu provenant de uo.
§ 335. Les diphtongues ou et ou confondent vers la fin du xr' siècle leur premier élément, puis dans le cours ou à la fin du xiii'' siècle, elles deviennent eu fermé.
§ 336. La diphtongue ié reste ié en syllabe ouverte : pié, mais passe à iè en syllabe fermée : pierre, parallèlement au passage de <? à è (§ 320), Au xiv<= siècle, elle se réduit à é dans tous les mots où elle était précédée de ch ou de g, et dans les verbes après une palatale quelconque.
v; 337. La diphtongue uo devient ue au xi'= siècle, puis oe (xiif^-xiii'- siècle) enfin eu (cf. § 334). La notation ue ne s'est conservée que dans les mots oîi c, g, précédait la diphtongue : cercueil; orgueil'^.
§ 338. Une diphtongue ao se forme au xu'^ siècle par la vocalisation de / ajirès a; elle existe jusqu'au xvi^ siècle.
TRIPIITONGUES
S; 339. La Iriphtongue ièi {yei ou iey, § 27) parait être antérieure aux premiers monuments. Au x*^ siècle, on ne trouve déjà plus que i rimant ou assenant avec i<ii.
§340. La triphtongue ièu aboutit rajiidement à eu (ô) : j'ieu, Jeu ; elle se conserve dans lieu. Cf. § 334.
§ 341. La Iriphtongue uou {fuou < focuni) perd son premier élément de très bonne heure et déjà dans les premiers textes on a fou, d'où feu.
§ 342. La triphtongue eau se forme au xii" siècle par la vocalisation de / après e et elle persiste après la fin de la période du moyen français.