ADJECTIF
Orthographe.
g 10. — Un adjectif fréquemment employé dans les narrations et dans la pratique et répété jusqu'à blesser le sentiment de Télé-
gance, le dil, le dicty&'écvii ordinairement avec Tarlicle comme nn seul mot, ledit, ledict^ laditte, ladkie.
Les adjectifs terminés en au prennent parfois aa singulier Vx dont nous avons fait la marque du pluriel: • Il estait nouveaux. » Cet j; est resté probablement de Tancienne orthographe où il remplaçait Tti, mais non dans la prononciation, noviax^ comme Diex.
Les adjectifs de nation s^écrivaient avec une majuscule, comme cela s'est pratiqué jusqu'à la fin du dernier siècle : « Un gentilhomme François. •
Les adjectifs terminés en e muet» perdent quelquefois cet e sans élision et sans apostrophe : hahil^ fidel^ dans Brantôme.
Double forme.
Quelques adjectifs ont deux formes, bel et beau^ nouvel et nouveau, vieil et vieux. Nous n'employons au masculin, la première de ces formes que quand Tadjectif précède immédiatement le substantif avec lequel il s'accorde et que celui-ci commence par une voyelle ou un h non aspiré. Autrefois, il s'employait dans tous les cas possibles, c II n'y avait aucune chose de nouvel contre luy. • Froiss.— « Il fait bel apprendre. » — < Dionysius le vieil » Montaigne. — « Autheurs vieils et nouveaux. » Id. — « Ny le plus jeune refuye à philosopher, ny le plus vieil s'y lasse. • Id. — Cette forme s'est encore conservée au commencement et dans la première moitié du XYI^ siècle; Malherbe a dit : « Vieil comme je suis > et Corneille : « Tout vieil qu'il est. »
Genre.
§11. — Les adjectifs dérivés d'adjectifs latins, qui sont les mêmes dans les deux genres, ceux qui se terminent en is et en ens, restaient souvent les mêmes au masculin et au féminin. Cette règle a été découverte par M. Ampère *. Quel chose; robe vert; fors corroies; preus (prudens) ; vaillant (valens).
L'adjectif (/rand ou grant est de beaucoup le plus usité sous cette forme : < Grand cure ; grand foison ; il gasta grand partie du royaume d'Angleterre; grands prouesses; grands appertises;
* Histoire de la fbrmaUon de la langue prançaise^ cb. ti, Paris, 1841 , m-8*
gnmds guerres; les grands entreprises et les ^roiufo faits d'armes. La plas grant et puissant bonticle. > 01. Maillard. — M. Génin établit pour cet emploi de grand deux conditions : l'' que Tadjecâf fût immédiatement uni au substantif; sUl en était séparé, ne fftt-ce que par Tarticle, il rentrait dans la classe commune : • Or ta grande la noise. • i"" Que Tadjectif précédât le substantif. On trouve cependant des exemples qui dérogent à cette seconde condition, dans Froissart : c Cognées grands et bien tranchans. »
Royai et son autre forme royaulx servent également pour le masculin et le féminin : la Court royal; une vierge royaulx; de là cette expression conservée au palais :
J*obtieiis lettres royaulx et je m'inscris en faux.
Les Plaideurs.
Parfois le féminin se forme plus sur la prononciation que sur rortbographe : c nud sur la terre nue. » Montaigne.
Parfois on tenait compte de toutes deux : naïfve et Tadverbe fuHfvement; griefve.
Le vieux français avait des adjectifs dont il n'est resté que quelques traces dans notre langue : Mal, maie; maie renommée. Il s'est conservé dans : Bon an^ mal an; bon gré^ mal gré; malheur^ maiefaim, malepeste. Mi n'est plus en usage que comme particule dans la composition de quelques mots : à mi-côte; mi parti. Nos vieux auteurs disent : c à mie-chemin; chacun luy contribua de^ mie-livre de froment ; à mie-nuit. »
Degrés de comparaison.
g 12. — Le latin avait pour le comparatif et le superlatif des formes nées d'une simple modification de la terminaison de Tadjectif. Pour quelques adjectifs très-usuels, cette différence de forme était plus considérable eta latin ; elle le fut ou l'est encore en français. Au comparatif : Bon, meillor, mieldre, mieudre, meilleur.
Mauvais j pejor, pqour, pire.
Grand, greigner, greigneur, (Froissart) ; major, resté dans major, tambour-major, major-dome.
Petit, minor, mineur (Jacques le mineur); meindre, moindre.
La forme particulière du superlatif à la manière du latin était en
usage au XII« et au XIII« siècle. On a vu dans notre Introduction (pag. 48 et 49; Fessai malheureux que fit Baïf au XVI» pour la ressusciter. Grandissime se lit dans Montluc. Hors ce mot, il ne s'est conservé que dans les titres généralissime, illustrissime^ révérendissime^ sérénissime.
Le français, comme toutes les autres langues romanes, forme le comparatif et le superlatif à Taide d'an adverbe dérivé de plus ou de magiSy et qui en a la signification, on bien à Taide de moins. Au superlatif, ce mot est précédé le plus souvent de l'article déterminant. Dans le français moderne il l'est toujours : le plus sc^ vant; dans le vieux français cet article peut se supprimer, t II assembla une troupe de plus légers Gaulois, et qui plus avoient accoutumé de gravir es montagnes. > Amyot. — c Elle soudain, me sçachant là, m'envoya deux des gentilshommes plti^ apparents qui fussent demeurez là. • Marg. de Valois. Au XVII* siècle encore, les exemples abondent dans Malherbe, Régnier, Corneille, Molière, Bossuet. On en voit un même dans Racine.
Disons ici que le superlatif des adverbes se forme également par plus ou moins au lieu de le plus et le moins^ ou par un équivalent, c S'accrochant comme mieulx ils pouvoieut. » Amyot.
Dis-moy qu'est-ce qu'on doit plus chèrement aimer De tout ce que nous donne ou la lerre ou la mer?
Régnier.
Ce Dieu touche les cœurs lorsque moins on y pense.
Corneille.
< Quatre cent mille soldats qu'elle (l'Egypte) entretenoit, éloient ceux de ses citoyens qu'elle exerçoit avec plus de soin. » Bossuet. — < C'est le succès que l'on doit moîW5 se promettre. • La Bruyère.
Trop mieulx signifie très-bien.
En italien on dit de même : « Espugnô le cittàpiu forti. » — t Tronchero i suoi cedripm alti. »