‹ Chrestomathie des prosateurs français du 14e au 16e siècle, avec uneChapitre 12 sur 113 · PRONOMS · texte numérisé non relu

PRONOMS

Pronoms personnels

g 13. — l'« Personne. Je n'a plus les autres formes usitées au XIII« siècle : ;>o, /o, jeu, ieo, io, ieu, etc., excepté ;ott.

Mai on tnay n'est employé an nominatif qu'avec mesme. c Je saismoy mesme la matière de mon livre. » Montaigne. Pour ce cas on met je où nous mettons mot. — c Je Jehan Froissart commence à parler, i — « /e qui ai empris ce livre à ordonner. » Id. — t Je qui le scay. » — * Je malheureux abandonnay le pays. •

Je celuy qui tes songes Naguières n'estimois qne fables et mensonges.

Ronsard.

2* Personne. Tu, est encore dans Alain Chartier où nous mettrions toi : f Car je t'aime en vraie entente et tu moy. »

3* Personne, Emploi analogue de «7 où nous employons lui: • Il et messire son père. > Froiss. — « /< et tous ceux qui ont esté avec luy en ces batailles. » Id. — « // qui estoit. » Id. — « Tellement que blasme n'en eussions ni tl point de dommage. > Id.

/{ est méme^ mais rarement, régime direct : « Que mal ne l'en prist, il et ses compagnons. • Id.

Eu^ au nominatif : • Comment dient eux? » Gerson.

Li est passé du XIII' siècle au XIV® comme régime direct et indirect, masculin et féminin. « La royne les emmena avec li (elle). » Froiss. — • Quand la royne Isabelle fust arrivée à Boulogne.... le capitaine de la ville, et l'abbé et les bourgeois vinrent contre li et la recueillirent moult liement. § Id.

Luy, précédé d'une préposition sert aussi pour le féminin : c Considéré le grant amour que le conte son mary avoit en luy. > Artois \ — • Ce que promeistes à la contesse vostre leale espousée, au point du sur partement que vous feistes de luy. » Id. — c La dame entra de nuit en une nef appareillée pour luy et son fils. > Froiss. —Joachim du Bellay dit de la langue française; « Luy donner ce qui estoit à luy. >

Luy et eux pour se: « Il visita une partie de son royaume pour luy déduire et esbattre. » Froiss. — « Pour eux défendre. » Id.

Luy, avant le verbe comme accusatif : c Se promettant de luy^ faire servir d'exemple en justice. »

Eux, avant le verbe pour à eux, leur : • Pour tous nobles cœurs encourager et eu^ monstrer exemple en matière d'honneur. 1 Froiss.

• Le IWre du très-chevalereuz conte d'Artois, dans notre Grand ReeueiL

Les 3 persmnes. Moy^ toy, $oy mis avant le verbe comme régimes directs oa indirects, où nous mettons me^ te^ se. — « Pour moy acquitter envers toos. » Froiss. — < S'il sçavoit moy moostrer un exemple, t — « De toy oser exposer à tant de périls. § ^ « Jamais homme n'est souffert soy eslever. > — c Le plus sage pour soy tirer d'un mauvais pas. » Comines. De même après le verbe : « Soufiise-fcy de vivre en paix. »

Pronoms démonstratifs.

§ 14. — Les mêmesmols, tous formés dulatin, servent de pronoms démonstratifs proprement dits, remplaçant un nom, et d'adjectifs démonstratifs unis au substantif qui les suit. Certaines distinctions que Ton a prétendu observer dans leur emploi, ne tiennent pas contre la variété des exemples.

CCy avant un pronom possessif : c Ce mien bastiment. »

Ce pour cela : c Pour ce n'en doivent mie les autres pis valoir. • Froiss. — c Non -seulement en ce mais en tout ce qui vous plaira. » Marg. de Yal.

Cet, celle, ceulx: Cel oflBce. Celle heure. Celle mer. Celui, celuy, celluy : c celuy messire Hugh. • Froiss. — f Du temps de celuy Eves* que. » Id. — c Avoit à Gand un homme qui avoit esté brasseur de miel; — celuy estoit entré en grand fortune. » Id.

Cest, ceste, cet, cette : c Cest moyen. >

Icelluy, iceluy, icelle : c Icelluy Dieu. > Iceux.

c Ceste manière. »— c Cette telle quelle faculté. » Montaigne.— « Or me veux retraire (borner) à la droite matière commencée et taire de cette, tant que temps et lieu viendront que j'en devrai parler. • Froiss. — t Je ne puis mieux que le vous représenter en cette (lettre), afin que vous soyez, » etc. Marg. de Yal.

Cestuy, cettuy : • cestuy pays. • — • J'ay peur que cestuy soit devenu fol. » — « Cettuy royaume. » Froiss. — t Cettuy fut grand. ■ Id. — € Cettuy vostre estre *. •

Icest, iceste : « icestes inclinations. »

Cily plur. ctfe. f Cil messire Hugh. » Froiss. — « A a/ ne s'en peust garder. > Id. — • Cils respondirent. > — ■ Cils qui estoient entrés. »

I Cellvy-cy est employé par Balxac.

An XYI<» siècle on ajouta, dans certaios cas, aax pronoms démonstratifs les adverbes cy et là. Le grammairien Meygret combattit cette adjonction comme inutile, c Cestny-cy, cestny-là, cette-cy, ceslui-là. » — c II faut nécessairement qu'il passe par un de ces trois chemins : Ce n'est ny par cettuy cy^ ni car celuy-là ; il faut donc infailliblement qu'il passe par cet autre. » Montaigne.

Pronoms possessifs.

§ 15. — Plusieurs pronoms possessifs en usage au XIII' siècle ont cessé de Tétre dès le Xrv% ainsi nies, tes, ses, au singulier pour flion, ton, son, n'a laissé de trace que dans messire.

L'élision de la voyelle finale du pronom ma, sa, devant un substantif commençant par une voyelle : mespée, mamour, marne, same, se voit encore dans les poésies de Froissart ; elle ne subsiste plus que dans mamour et mamie. Au XV« siècle on a remplacé en pareil cas le pronom féminin par lé masculin, pour éviter Thiatus par une inconséquence grammaticale; dès lors on dit mon ame^ Um épée, son épaule.

Mien, tien, sien, pronoms possessifs proprement dits, devenaient adjectifs possessifs quand ils étaient précédés de Tarticle déterminant ou non déterminant ou d'un pronom démonstratif, comme en italien. « Cornelio avec les siens Italiens. » Montluc. — ^ Un mien amy. » Comines. — • Cette sienne éloquence. » Montaigne. — • A la prière ifttfi mien cher seigneur et maistre. » Froiss.

Les féminins mienne, tienne, sienne, n'ont prévalu qu'après le XIII< siècle.

Le pronom démonstratif se plaçait même devant l'adjectif possessif, c Cette vostre doute. > Amyot.

Le pronom possessif admettait même les degrés de comparaison : « Les quaUtez plus vostres, • Montaigne.

Pronoms relatifs.

§ 16. — Ce sont lequel et qui.

Lequel a quelquefois au datif onquel ; Rabel. et l'on trouve au féminin laquel chose; au pluriel lesquieuls; au datif ausquels, <Iuoique aux ne s'écrive pas aus, et esqmlz. Rabel.

Oui, aa nominatif, se met ponr ce qui. c Nait et jour il plenvoit snr eux, qui lear fist moult de peine. > Froiss. — < Il estoit léger à parler des gens : saaf de ceux qu'il craignoit. 0ut estoit beaucoup. • Comines. — < Quintilian parlant des anciens Romains: Peut-être (dit-il) parloient-ils tous comme ils escrivoient. Qui montre que de son temps on en usoit autrement » Pasquier. — « Que ce n'estoit rien de ceux qu'ils avoient fait mourir^ si les principaux autheurs ne perdoient la Tie, qui serviroit d'exemple à tout le royaume. • Montluc.

Qui pour si quelqu^un^ si Von. — « Seroit grand aumosne et grâce envers nostre seigneur qui de tel meschef le pourroit garder. > Froiss. — « Il y auroit un grand point gaigné pour le soulagement de nostre misérable condition humaine, ftit pourroit establir cette proposition vraye tout partout. » Montaigne.

Qui répété dans une série de membres de phrase de même construction, signifie Tun, Vautre^ un troisième, etc. Quelques écrivains se servent encore, mais rarement de ce tour vieilli : « Le reste se retira en confusion, qui çà, qui là. — Leurs puissances (des dieux du paganisme) sont retranchées (limitées) selon nostre nécessité. Qui guérit les chevaux, qui les hommes, qui la peste, qui la teigne, qui la toux, qui une sorte de gale, qui une autre ; qui fait naître les raisins, qui les aulx ; qui a la charge de la marchandise. » Montaigne.

g 17. — Que pour qui: « Les avocats que sont icy. > - « Les plus furieux combats que jamais aient estez. > — < Façons estranges que seroyent trop longues à raconter. § Rabel.

Que pour ce qui : « Voici que arriva un jour. » Id.

Ce que pour ce qui : c Ils remirent ce que brisé et rompu estoit. » Froiss. — Il veut connoistre ce que lui appartient. » Comines. — « Nous convoitons ce que nous est dénié. — € Ce que nous effraya grandement. >

Que pour ce que. — • Ils lui demandèrent qu'il voulait. • Froiss. — « Ces nouvelles vinrent au duc pour savoir jw'il en voulait faire. » ïd. — t Je ne scay que je fais. > Rabel,— « Je me doute que c'est. » Id — « Que fait- il? Qu^il fait mes bonnes gens î » Id. — « Après qu'on lui aura appris ce qui sert à le faire plus sage et meilleur, on l'entendra gue c'est que Logique.» Montaigne. -- Il regarde que c'est. » Marg. de Valois.— t II demande que c'est. » Ead. — Em-

ploi fréquent dans Malherbe et Régnier. Dans Corneille, Hor. lY, %

Le roi ne sait que c'est d'honorer à demi.

• La dignité du tragique rejette ces expressions de comédie, » prétend Voltaire. Ce tour notant plus en usage de son temps, Racine ne Ta employé qu'une fois^ dans les Plaideurs, ii, 7,

Je ne sais quesl devenu son fils.

Dont pour ce donty de qtwiy à cause de quoi, — « Il ouit les mémentos desprebstres qui menoyent sa femme en terre, dont laissa son bon propous. • Rabel. — « La royne le voulut ouïr : dont ce bonhomme conceut un grand despit. • Brant. — « Le despit luy transperça le cœur dont il mourut. » Id.

Quoy, quoiy pronom relatif des deux genres et des deux nombres. — « L'estat en quoy estoit son armée. » Comines. — « Le renard dequoy se servent les habitants de la Thrace, » — « Les chiens dequoy se servent les aveugles. » Id — • Celte place forte et la façon dequoy je m'y garde. » Marg. de Val. — • L'appréhension enquoy elle m'avoit mise. > Ead. — « Tant de ruses et d'inventions dequoy les bêtes se couvrent des entreprises que nous faisons sur elles. > Montaigne. — < Ces circonstances à quoy ils veulent asservir leur foy. » Id.

On voit par quatre de ces exemples que dequoy s'écrivait en un seul mot. Comioes écrit de môme parquoi, — • Parquoi (par ces choses) on peut assez avoir d'informations. »

Quoy, au commencement d'une phrase, pour ce que : Quoy voyant^ son pèrecommenda... »

Corneille, Molière, Bossuet, Bourdaloue, Pascal, M»»^ Perier, usaient de même de ce pronom, qui plaisait aussi à Vaugelas. La Bruyère encore a écrit : • Ils sont élevés au centre des meilleures choses à quoi ils rapportent ce qu'ils lisent. > — Quoi a l'avantage de la brièveté; grand attrait pour Molière entre autres, qui évite le plus qu'il peut lequel, laquelle; il n'a employé ce pronom plus long que trente-sept fois dans toutes ses comédies.

§ 18. — Où pour auquel dans lequel, vers lequel, etc., a le même avantage, et a joui de la même faveur dès le XIV"« siècle : « Un chevalier où moult se fioit. >

En, que quelques écrivains ne reconnaissent pas pour un pro*

nom, est un véritable pronom relatif, puisqu'il tient lieu d'un nom ou d'un autre pronom qui précède et qu'on ne veut pas répéter. Autrefois, on en usait plus largement que depuis; on le rapportait à la première et à la seconde personne non moins qu'à la troisième ; à Tidée exprimée par une phrase entière, non moins qu'à une idée renfermée dans un seul mot. En ne signifiait pas seulement de {m, d'elle, d'eux, de cela; mais aussi pour cela, pai^ cela, à ce mjet, par ce moyen. — Je la supplierai de ne plus ?ivre avec vous comme un enfant, mais de s'en servir comme de moymesme. > Marg. de Val. < Camilluss'm (à ce sujet) adressa encore aux officiers. » Âmyot.

Corneille s'est porté héritier de celte large liberté, non sans, encourir le blâme de Voltaire. On apprend de lui à tirer parti des ressources de notre vieille langue.

Ce n*est pas d'aujourd'hui que je sais qui je suis : Vous voyez quels effets en ont été produits.

Hér. IV, L

Il conspira tout seul, tu n'en es point complice.

Il rapporte même en dans le sens du pluriel à un nom mis au singulier.

J'apprends cent fois le jour que vous êtes en ville : En voici presque trois que je n'ai pu vous voir.

Gai. du Pal. V, 5.

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