‹ Chrestomathie des prosateurs français du 14e au 16e siècle, avec uneChapitre 112 sur 113 · MONTAIGNE · texte numérisé non relu

MONTAIGNE

Michel de Montaigne naquit en Gascogne , dans une position aisée. Son père le fit élever avec soin à la campagne, et fat ingénieux à rendre son enfknce et sa jeunesse heoreoses. Il apprit le latin en même temps que sa langae maternelle et se familiarisa avec les écrivains de Tancienne Rome et avec leur manière de penser. Mêlé pea de temps aux affaires publiques , il voyagea , puis passa la plus grande partie de ses loisirs à philosopher sur la vie humaine, et*sur les moyens d'en jouir paisiblement et honnêtement. Au milieu des guerres de religion qui ensanglantaient la France , il médita tranquillement dans son château, et chercha dans le doute un asile contre les fureurs dogmatiques. Ce que nous Tenons de dire de l'homme est le fond et le cachet du livre immortel qu*il a écrit sons le nom é^EêtaiSy image de la vie de son âme, de son indolence active, de son imagination vagabonde; vaste tableau de ses réflexions sur tous les sujets que loi ofire l'homme naturel, car Thomme régénéré par le christianisme lui est inconnu. Le style de son livre, plein de verve et de saillies, comme la pensée, assaisonné avec mesure du sel gascon, nous fait counaitre les inmienses ressources de la langue du XVi'°« siècle , exploitées avec art et bonheur par Tesprit le plus original. Tel est le charme de cet esprit et de son langage qu'on relit toujours Montaigne^ même quand on ne se laisse pas gagner par son scepticisme.

Loisir d'esprit.

Dernièrement que je me retiray chez moy, délibéré aatant qae je pourrois, ne me mesler * d'aatre chose, qae de passer eo repos, et à part, ce pea qui me reste de vie : il me sembloit ne pouvoir faire plus grande faveur à mon Esprit, que de le laisser en pleine oysivelé, s'entretenir soy-mesme, et s'arrester et rasseoir en soj : Ce que j'esperois qu'il peusl, meshuy faire plus aysémenl, devenu avec le temps, plus poisant, et plus meur : Hais je trouve, qu'au rebours faisant le cheval eschappé, il se donne cent fois plus de carrière à soy-mesme, qu'il n'en prenoit pour autrny : et m'enfante tant de chimères et monstres fantasques les uns sur les autres, sans ordre, et sans propos, que pour en contempler à mon

» Gr,§73.

ayse Tineptie et TestraDgeté , j'ay commencé de les mettre en rolle, espérant, avec le temps, lay en faire honte à lay-mesme.

Le Démon deSocrates estoit à Tadventare certaine impulsion de volonté, qui se presentoit à luy sans le conseil de son discours. En une ame bien espurée, comme la sienne, et préparée par continu exercice de sagesse et de vertu ; il est vray-semblable que ces inclinations, quoyque téméraires et indigestes, estoyent tousjours importantes et dignes d'estre suivies. Chacun sent en soy quelque image de telles agitations d'une opinion prompte, véhémente et fortuite. C'est à' moy de leur donner quelque authorité, qui en donne si peu à nostre prudence. Et en ay eu de pareillement foibles en raison, et violentes en persuasion, ou en dissuasion qui estoit plus ordinaire à Socrates, ausquellesje me laissay emporter si utilement et heureusement, qu'elles pourroyent estre jugées tenir quelque chose d'inspiration divine.

La crainte de la mort\

Le but de nostre carrière c'est la mort, c'est Tobject nécessaire de nostre visée : si elle nous effraye, comme * est-il possible d'aller on pas avant^ sans flevre? Le remède du vulgaire c'est de n'y penser pas. Mais de quelle brutale stupidité lui peut venir un si grossier aveuglement? Il luy faut faire brider l'asne par la queue.

Ce n'est pas de merveille, s'il est si souvent pris au piège. On fait peur à nos gens seulement de nommer la Mort, et la pluspart s'en seignent comme du nom du diable. Et parce qu'il s'en faict mention aux testamens, ne vous attendez pas qu'ils y mettent la main, que le Médecin ne leur ayt donné l'extresme sentence. Et Dieu sçait lors, entre la douleur et la frayeur, de quel bon juge-

« Dans ce moroeaa, si remarquable par TorigiDale beauté da style, Montaigne ne considère la mort qa'aa point de vue terrestre, comme la cessation de la vie. La crainte de la mort a un plus grave motif encore et une tout antre amertume. Saint Paul , d*nn mot , complète et corrige Montaigne en découvrant Thoriion de réternité : « L'aiguUlon de la mort, c*est le péché. » 1 Cor. xv, 56.

• Lez.

meDt ils vous le pâtissent. Parce que ceste syllabe frappoit trop radement leurs oreilles, el que cette voix leur sembloit maleucoDtreuse, les Romains avoient appris de ramollir on Testendre en perifrases. An lieu de dire il est mort, il a cessé de vivre^ disent- O&y il a eescu. Pourveu que ce soit vie, soit-elle passée, ils se consolent. Nous en avons emprunté nostre feu^Maistre Jehan. A Tadventure est-ce, que comme on dict, le terme vaut Pargent. Je nasquis entre onze heures et midi le dernier jour de Febvrier, mil cinq cent trente-trois, comme nous comptons à cette heure commençant Tan en Janvier. Il n'y a justement que quinze jours que j'a; franchi 39 ans. il m'en faut pour le moins encore autant. Cependant s'empêcher du pensement de chose si esloignée, ce seroit folie. Mais quoy? les jeunes et les vieux laissent la vie de mesme condition. Nul n'en sort autrement qui si tout présentement il y entroit : joinct qu'il n'est homme si décrépite, tant qu'il voit Mathusalem devant, qui ne pense avoir encore vingt ans dans le corps. Davantage, pauvre fol que tu es, qui t'a estably les termes de ta vie? Tu te fondes sur les contes des Médecins. Regarde plustost l'effect et l'expérience. Par le commun train des choses, tu vis pieça par faveur extraordinaire. Tu as passé les termes accoustumez de vivre. Et qu'il soit ainsi, compte de tes connoissans, combien il en est mort avant ton aage, plus qu'il n'en y a qui Payent atteint : Ek de ceux mesmes qui ont annobli * leur vie par renommée, fais en registre ; et j'entreray en gageure d'en trouver plus qui sont morts, avant, qu'après trente-cinq ans. Il est plein de raison, et de pieté de prendre exemple de l'humanité même de Jesus-Christ. Or il finit sa vie a trente et trois ans. Le plus grand homme, simplement homme, Alexandre, mourut aussi à ce terme. — Combien a la mort ' de façons de surprise ?

Je laisse i part les fièvres et les pleurésies. Qui eust jamais pensé qu'un Duc de Bretaigne deust estre estouffé de la presse, comme fut^ celuy-là à l'entrée du pape Clément mon voisin, à

« Lez.

s Â^joard'hai on distiogae anoblir dans le sens nobiliaire , et ennoblir dans le sens moral, s Gr. S 112.

« En 130S, sons le règne de Philippe le Bel.

Lyoo ? N'as^tu pas veu tuer ' an de nos Roys en se jouant ? Et * un de ses ancestres mourut-il pas choqué par un pourceau ? Aescbylus menasse de la cheute d'une maison, a beau se tenir à Tairte, le voyla assommé d'un toict de tortue, qui eschappa des pattes d'un Aigle en Tair: l'autre mourut' d'un grain de raisin: un Empereur de Tegratigneure d^un peigne en se testonnant : iEmyliusLepidus^ pour avoir heurté du pied contre le seuil de son huis : Et Aufidius pour avoir choqué en entrant contre la porte de la chambre du Conseil.. Le pauvre Bebius, Juge, cependant qu'il donne delay de huictaine à une partie, le voylà saisi, le sien de vivre estant expiré : Et Caius Julius Médecin gressant les yeux d'un patient, voyla la mort qui clost les siens. Et s'il m'y faut mesler, un mien frère le Capitaine S. Martin, aagé, de vingt trois ans, qui àvoit desja faict assez bonne preuve de sa valeur, jouant à la paume, receut un coup d'esteuf, qui l'assena un peu au-dessus de l'oreille droitte, sans aucune apparence de contusion, ny de blessure : il ne s'en assit, ny reposa : mais cinq ou six heures après il mourut d'une Apoplexie que ce coup luy causa. Ces exemples si fréquents et si ordinaires nous passans devant les yeux, coumie est-il possible qu'on se puisse deffaire du pensement de la mort, et qu'à chasque instant il ne nous semble qu'elle nous tienne au collet? Qu'importe-t'il, me direz-vous, comment que ce soit, pourveu qu'on ne s'en donne point de la peine? Je suis de cet advis : et en quelque manière qu'on se puisse mettre à l'abri des coups, fust-ce sous la peau d'un veau, je ne suis pas homme qui y reculast, car il me suffit de passer à mon aise : et le meilleur jeu que je me puisse donner, je le prens, si peu glorieux au reste et exemplaire que vous voudrez. Mais c'est folie d'y penser arriver par là. Ils vont, ils viennent, ils trottent, ils dansent : de mort nulles nouvelles. Tout cela est beau : mais aussi quand elle arrive, ou à eux ou à leurs femmes, enfans, et amis, les surprenant en dessoude et au descouvert, quels tourmens, quels cris, quelle rage et quel deses-

t Henri ii blessé à mort dans un toarnoî, par le comte de Montgomméry, l'un de ses capitaînes des gardes.

* Philippe^ fils aîné de Louis le Gros, et qui avait été coaroDoé da vivant de son père.

< Anaeréon,

* PUn. Nat. Histor. L. vu, e. 33.

poir les accable? Vistes-voas jamais rieo si rabaissé, si changé, si confas? Il y faat pourvoir de meilleure heure: Et cette nonchallance bestiale, quand elle pourroit loger en teste d'un homme d'entendement, (ce que je trouve entièrement impossible) nous vend trop cher ses denrées. Si c'estoit ennemy qui se peust éviter, je conseillerois d'emprunter les armes de la couardise : mais puisqu'il ne se peut, puisqu'il vous attrappe fuyant et poltron aussi bien qu'honneste homme, et que nulle trempe de cuirasse vous couvre, apprenons à le soustenir de pied ferme, et à le combattre : Et pour commencer à luy oster son plus grand advantage contre nous, prenons voye toute contraire a la commune. Ostons-luy l'estrangeté, pratiquons-le, accoustumons-Ie*, n'ayons rien si souvent en la teste que la mort : à tons instans representons-la à nostre imagination et en tous visages. Au broncher d'un cheval, k la cheute d'une tuille, à la moindre piqueure d'espeingle, remâchons soudain, Et bien quand ce seroit la mort mesme : et là-dessns roidissons-nous, et nous efforçons. Parmy ces festes et la joye ayons tousjours ce refrein de la souvenance de nostre condition ; et ne nous laissons pas si fort emporter au plaisir que parfois il ne nous repasse en la mémoire, en combien de sortes cette nostre allégresse est en butte à la mort, et de combien de prises elle la menasse. Ainsi faisoient les Egyptiens, qui au milieu de leurs festins et parmy leur meilleure chère, faisoient apporter l'Anatomie secbe d'un homme, pour servir d'advertissement aux conviez. Il est incertain où la mort nous attende, attendons-la partout. La préméditation de la mort, est préméditation de la liberté. Qui a appris à mourir, il a desappris à servir. Il n'y a rien de mal en la vie, pour celuy qui a bien compris, que la privation de la vie n'est pas mal. Le sçavoir mourir nous affranchit de toute subjection et contraincte. Paulus iEmilius respondit à celuy que ce misérable Roy de Macédoine son prisonnier luy envoyoit, pour le prier de ne le mener pas en son triomphe, QuHl en foftse la requeste à soy-mesme. Notre religion n'a point en de plus asseuré fondement humain, que le mespris de la vie. Non seulement le discours de la raison nous y appelle ; car pourquoy craindrions-nous de perdre une chose, laquelle perdue ne peut estre regrettée? mais aussi puis-

« Gr. s 64.

que nous sommes menacez de tant de façons de mort, n'y a-fil pas pins de mal à les craindre toutes qu'à en soustenir une ? Que ctaant-il, quand ce soit, puisqu'elle est inévitable ? A celui ({ui disoit à Socrate*, Les trente tyrans t'ont condamné à la mort? Et nature eux, respondit-il. Quelle sottise de nous peiner, sur le point du passage à l'exemption de toute peine? Comme nostre naissance nous apporta la naissance de toutes choses : aussi fera la mort de toutes choses, nostre mort. Parquoy c'est pareille folie de pleurer de ce que d'icy à cent ans nous ne vivrons pas, que de pleurer de ce que nous ne vivions pas il y a cent ans. La mort est origine d'une autre vie : ainsi pleurasmes-nous , et ainsi nous ^M)usta-t'il d'entrer en cette-cy : ainsi nous despouillasmes-nous de nostre ancien voile, en y entrant. Rien ne peut estre grief, qui n'est qu'une fois. Est-ce raison de craindre si longtemps, chose de si brief temps ? Le longtemps vivre, et le peu de temps vivre » est rendu tout un par la mort. Car le long et le court n'est point aux choses qui ne sont plus. Aristote dit, qu'il y a des petites bestes sur la rivière Hypanis, qui ne vivent qu'un jour. Celle qui meurt à cinq heures du matin, elle meurt en jeunesse : celle qui meurt à cinq heures du soir, meurt en sa décrépitude. Qui de Dous ne se mocque de voir mettre en considération d'heur ou de malheur, ce moment de durée ? Le plus et le moins en la nostre, &i nous la comparons à l'éternité, ou encores à la durée des monlaignes, des rivières, des estoilles, des arbres, et mesme d'aucuns animaux, n'est pas moins ridicule.

Mais Nature nous y force. « Sortez, dit-elle, de ce monde, c comme vous y estes entrez. Le mesme passage que vous fistes € de la mort à la vie, sans passion et sans frayeur, refaites-le de < la vie à la mort. Yostre mort est une des pièces de l'ordre de c l'Univers, une pièce de la vie du monde.

« Changeray-je pas pour vous cette belle contextnre des cho- « ses? C'est la condition de votre création; c'est une partie de

* Socrate ne fat pas condamné à la mort par les trente tyrans, mais par les Athéniens.

Quelqu'un ayant dit à Socrate : Le$ Athéniens t'ont condamné à la mort ; — ef la Nature eux, répondit Socrate. Diogéne Laërce, L. ii, S. 35.— Cic. Tuseul' QucBst., L. I, c. 40. Cœte.

• Gr. S 87.

41 vous qpe la mort : vous vous fuyez vous mesmes. Celtuy voslre es- « tre S que vous jouyssez *, est egalemeot party à la mort et à la

< vie. Le premier jour de vostre naissance vous achemine à mou- « rir comme à vivre. Tout ce que vous vivez, vous le desrobez à « la vie : c'est à ses despens. Le continuel ouvrage^de vostre vie, « c'est bastir la mort. Vous estes en la mort, pendant que vous es- « tes en la vie : car vous estes après la mort, quand vous n'estes « plus en vie. Ou, si vous Taymez mieux ainsi, vous estes mort

< après la vie : mais pendant la vie, vous estes mourant : et la tf mort touche bien plus rudement le mourant que le mort, et plus H vivement et essentiellement. Si vous avez faict vostre profil de la c vie, vous en estes repeu, allez- vous-en satisfait. Si vous n'en i avez sçeu user ; si elle vous esioit inutile, que vous chaut-il de « l'avoir perdue ? à quoy faire la voulez-vous encores?

« La vie n'est de soy ny bien ny mal : c'est la place du bien et • du mal, selon que vous la leur faictes. Et si vous avez vescu un c jour, vous avez tout veu .- un jour est égal à tous jours. II n'y a

< point d'autre lumière , ny d'autre nuict. Ce Soleil, cette Lune,

< ces Estoiles, cette disposition, c'est celle mesme que vos Ayeuls « ont jouye, et qui entretiendra vos arriere-nepveux. Et au pis

< aller, la distribution et variété de tous les actes de ma comédie, « se parfournit en un an. Si vous avez pris garde au branslede t mes quatre Saisons, elles embrassent l'enfance, l'adolescence, « la virilité, et la vieillesse du monde. Il a joiié son jeu : il n'y

< sçait autre finesse que de recommencer ; ce sera tous jours cela

< mesme. Je ne suis pas délibérée de vous forger autres nouveaux « passe-temps. Faictes place aux autres, comme d'autres vous « l'ont faicte. L'égalité est la ))remiere pièce de l'équité. Qui se

< peut plaindre d'estre compris où tous sont compris? Aussi avez- « vous beau vivre, vous n'en rabattrez rien du temps que vous « avez à estre mort : c'est pour néant : aussi long-temps serez- « vous en cet estat-là que vous craignez, comme si vous estiez « mort en nourrisse.

« Et si vous mettray en tel point, auquel vous n'aurez aucun « mescontentement : ny ne désirerez la vie que vous plaignez tant.

< La mort est moins à craindre que rien, s'il y avoit quelque chose

* Gr. S 63.

de moins que rien. Elle ne vous concerne ny mort ny vif : Vif, parce que voas estes : Mort parce que vous n'estes plus. Davantage nul ne meurt avant son heure. Ce que vous laissez de temps, n'estoit non plus vostre, que celuy qui s'est passé avant vostre naissance, et ne vous touche non plus. Où que vostre vie finisse, elle y est toute. L'utilité du vivre n'est pas en l'espace : elle est en Tusage. Tel a vescu long-temps, qui a peu vescu. Attendez-vous y pendant que vous y estes. Il gist en votre volonté, non au nombre des ans, que vous ayez assez vescu. Pensez-vous jamais n'arriver là, où vous alliez sans cesse ? encore n'y-a-t'il chemin qui n'aye son issue. El si la compaignie vous peut soulager, le monde ne va-t'il pas mesme train que vous allez t Tout ne branle-il pas vostre branle t y a-il chose qui ne vieillisse quant et vous? Mille hommes, mille animaux et mille autres créatures meurent en ce mesme instant que vous mourez. Aquoy * faire y reculez-vous, si vous ne pouvez tirer arrière? Vous en avez veu qui se sont bien trouvez de mourir, eschevant par là des grandes misères. Mais quelqu'un qui s'en soit mal trouvé, en avez-vous veu? Si est-ce grande simplesse, de condamner chose que vous n'avez esprouvée ny par vous ny par autre. Pourquoy te plains-tu de moy et de la destinée ? Te faisons-nous tort? Est-ce à toy de nous gouverner, ou à nous toy? Encore que ton aage ne soit pas achevé, ta vie l'est. Un petit homme est entier comme un grand. Ny les hommes ny leurs vies ne se mesurent à l'aune.

« Chiron refusa l'immortalité^ informé des conditions d'icelle, par le Dieu mesme du temps, et de la durée, Saturne son père. Imaginez de vray, combien seroit une vie pefdurable, moins supportable à l'homme et plus pénible, que n'est la vie qqe je luy ay donnée. Si vous n'aviez la mort, vous me maudiriez sans cesse de vous en avoir privé. J'y ay à escient meslé quelque peu d'amertume, pour vous empescher, voyant la commodité de son usage, de l'embrasser trop avidement et indiscrètement. Pour vous loger en ceste modération, ny de fuir la vie, ny de refuir à la mort, que je demande de vous, j'ay tempéré Tune et l'autre entre la douceur et l'aigreur. J'appris à Thaïes le premier

« Lez.

« de vos sages, que le vivre et le mourir estoit indiffèrent : par où, « à celuy qui luy demanda pourquoy donc il ne mouroit, il res- « pondit très-sagement, Pour ce quHl est indiffèrent. L'eau, la « terre, Tair et le feu, et autres membres de ce mien bastiment, « ne sont non plus instruments de ta vie, quMnstruments de ta « mort. Pourquoy crains-tu ton dernier jour ? Il ne confère non « plus à ta mort que chascun des autres. Le dernier pas ne faict « pas la lassitude, il la déclare. Tous les jours vont à la mort : le « dernier y arrive. » Yoyiales bons advertissemens de nostre mère Nature.

Pedantisme; Science; Sagesse.

A la mode dequoy * nous sommes instruicts, il n'est pas merveille, si ny les escoliers, ny les maistres n'en deviennent pas plus habiles, quoy qu'ils s'y facent plus doctes. De vray le soin et la despense de nos pères ne vise qu'à nous meubler la teste de science : du jugement et de la Vertu, peu de nouvelles. Criez d'un passant à nostre peuple. 0 le sçamnt homme f Et d'un autre, 0 le bon homme t II ne faudra pas à destourner les yeux et son respect vers le premier. Il y faudroit un tiers crieur : 0 les lourdes testes t Nous nous enquerons volontiers: Scait-il du Grec oà du Latin ? escrit-il en vers ou en prose? mais, s'il est devenu meilleur ou plus advisé, c'estoit le principal, et c'est ce qui demeure derrière. Il falloit s'enquérir qui est mieux sçavant, non qui est plus sçavant.

Nous ne travaillons qu'à remplir la mémoire, et laissons l'entendement et la conscience vuide. Tout ainsi que les oiseaux vont quelquefois à la queste du grain, et le portent au bec sans le taster, pour en faire bêchée à leurs petits : ainsi nos pedans vont pillotans la science dans les livres, et ne la logent qu'au bout de leurs lèvres, pour la dégorger seulement, et mettre au vent. C'est merveille combien proprement la sottise se loge sur mon exemple.

Est-ce pas faire de mesme; ce que je fay en la plas part de cette composition? Je m^ea vay escornifflant par-cy, par-là, des livres, les sentences qai me plaisent, non poar les garder, (car je n'ay point de gardoire) mais poar les transporter en cettuy-cy ; où, à vray dire, elles ne sont plus miennes, qu'en leur première place.

Nous prenons en garde les opinions et le sçavoir d'autruy, et puis c'est tout : il les faut faire nostres. Nous semblons proprement celuy, qui ayant besoin de feu, en iroit quérir chez son voisin, et en ayant trouvé un beau et grand, s'arresteroit là à se chauffer, sans plus se souvenir d'en rapporter chez soy. Que nous sert-il d'avoir la panse pleine de viande, si elle ne se digère, si elle ne se transforme en nous, si elle ne nous augmente et fortifie : Pensons-nous que LucuUus, que les Lettres rendirent et formèrent si grand Capitaine sans expérience, les eust prises à nostre mode? Nous nous laissons si fort aller sur les bras d'autruy, que nous anéantissons nos forces. Me veux-je armer contre la crainte de la mort? c'est aux despens de Seneca. Yeux-Je tirer de la consolation pour moy, ou pour un autre ? je l'emprunte de Cicero : je l'eusse prise en moy-mesme, si on m'y eust exercé. Je n'aime point cette suffisance relative et mendiée. Quand bien nous pourrions estre sçavans du sçavoir d'autruy, au moins sages ne pouvons-nous estre que de nostre propre sagesse.

Je bai le sage qui n'est pas sage pour soy-mesme. Dionysius se moquoit des Grammairiens, qui ont soin de s'enquérir des maux d'Ulysses, et ignorent les propres : des Musiciens, qui accordent leurs flûtes, et n'accordent pas leurs mœurs : des Orateurs, qui étudient à dire justice, non à la faire. Si nostre ame jd'en va un meilleur bransle, si nous n'en avons le jugement plus sain, j'aimerois aussi cher que mon escolier eust passé le temps à jouer à la paume : au moins le corps en seroil plus allègre. Yoyez-le revenir de là, après quinze ou seize ans employez, il n'est rien si mal propre à mettre en besogne : tout ce que vous y recognoissez davantage, c'est que son Latin et son Grec Tout rendu plus sot et présomptueux qu'il n'estoit party de la maison. Il en devoit rapporter l'ame pleine, il ne l'en rapporte que bouffie : et l'a seulement enflée, en lieu de la grossir.

Education.

K un enfant de maison, qui recherche les Lettres, non pour le gain (car une fin si abjecte est indigne de la grâce et faveur des Muses, et puis elle regarde et dépend d'autruy) ny tant pour les commodilez externes, que pour les siennes propres, et pour s'en enrichir et parer au dedans, ayant plustost envie d'en réussir ' babirhomme, qu'homme sçavant , je voudrois aussi qu'on fust soigneux de luy choisir un conducteur, qui eust plustost la teste bien faicte, que bien pleine : et qu'on y requist tons les deux, mais plus les moeurs et l'entendement que la science : et qu'il se codduisist en sa charge d'une nouvelle manière.

On ne cesse de criailler à nos oreilles, comme qui verseroit dans un entonnoir ; et nostre charge ce n'est que redire ce qu'on nous a dit. Je voudrois qu'il corrigeast cette partie ; et que de belle arrivée, selon la portée de l'ame, qu'il a en main ; il commençast à la mettre sur la montre, luy faisant gouster les choses, les choisir et discerner d'elle-mesme : quelquefois luy ouvrant le chemin, quelquefois le luy laissant ouvrir. Je ne veux pas qu'il invente, et parle seul : je veux qu'il escoute son Disciple parler à son tour. Socrates, et depuis Arcesilaus faisoient premièrement parler leurs disciples, et puis ils parloient à eux. Il est bon qu'il le face trotter devant luy, pour juger de son train : et jusques à quel point il se doibt ravaller, pour s'accommoder à sa force. A faute de cette proportion, nous gastons tout. Et de la sçavoir choisir, et s*y conduire bien mesurement, c'est une des plus ardues besoignes que je sçache : EU est l'efTect d'une haute ame et bien forte, sçavoir * condescendre à ces alleures puériles, et les guider. Je marche plus ferme, et plus seur, à mont qu'à val. Ceux qui, comme nostre usage porte, entreprennent d'une mesme leçon et pareille mesure de conduite, régenter plusieurs esprits de si diverses mesures et formes: ce n'est pas merveille, si en tout on peuple d'enfans ils* en rencontrent y peine deux ou trois, qui rapportent quelque juste fruit de leur discipline. Qu'il ne luy de-

« Lex.

« De savoir.

mande pas seulement compte des mots de sa leçon, mais du sens et de la substance. Et qu'il juge du profit qu'il aura fait, non par le tesmoignage de sa mémoire, mais de sa vie. Que ce qu'il viendra d'apprendre, il le luy face mettre en cent visages, et accommoder à autant de divers subjets, pour voir s'il l'a encore bien pris et bien faict sien, prenant l'instruction à son progrez, des pedagogismes de Platon. C'est tesmoignage de crudité et indigestion que de regorger la viande comme on Ta avallée : l'estomach n'a pas faict son opération, s'il n'a faict changer la façon et la forme à ce qu'on luy a voit donné à cuire. Nostre ame ne branle qu'à crédit, liée et contrainte à l'appétit des fantasies d'autruy, serve et captivée sous l'authorité de leur leçon. On nous a tant assubjectis aux cordes, que nous n'avons plus de franches alleures: nostre vigueur et liberté est esteinte.

Les abeilles pillotent deçà delà les fleurs, mais elles en font après le miel, qui est tout leur; ce n'est plus thin, ni marjolaine : Ainsi tes pièces empruntées d'autruy, il les transformera et confondra, pour en faire un ouvrage tout sien : à sçavoir son jugement, son institution, son travail et estude ne vise qu'à le former. Qu'il celé, tout ce dequoy il a esté secouru, et ne produise que ce qu'il en a faict. Les pilleurs, les emprunteurs, mettent en parade leurs bastiments, leurs achapts, non pas ce qu'ils tirent d'autruy. Vous ne voyez pas les espices ' d'un homme de Parlement: vous voyez les alliances qu'il a gaignées, et honneurs à ses enfants. Nul ne met en compte publique sa recette : chacun y met son acquest.

Le gain de nostre estude, c'est en estre devenu meilleur et plus sage. C'est (disoitEpicharmus) Tentendement qui voyt et qui oyt: c'est l'entendement qui approfite tout, qui dispose tout, qui agit, qui domine et qui règne : toutes autres choses sont aveugles, sourdes et sans ame. Certes nous le rendons servile et coiiard, pour ne luy laisser la liberté de rien faire de soy. Qui demande jamais à son disciple ce qu'il luy semble de la Rhétorique et de la Grammaire, de telle ou telle sentence de Ciceron ? On nous les placque en la mémoire toutes empennées, comme des

* Bipicês, épices^ aa plariel, se disait de ce qui était dû aux juges pour le jugement d*un procès par écrit. On les payait anciennement en denrées, en ^ptcet* pins tard en argent, mais le nom primitif était resté.

oracles, où les lettres et les syllabes sont de la substaDce de la chose. Sçavoir par coeur n'est pas sçavoir : c'est tenir ce qu'on a donné en garde à sa mémoire. Ce qu'on sçait droittement, on en dispose, sans regarder au patron, sans tourner les yeux vers son livre. Fascheuse suiQsance, qu'une suffisance pure livresque ) Je m'attens qu'elle serve d'ornement, non de fondement : suivant l'advis de Platon, qui dit, la fermeté, la foy, la sincérité, estre la vraye Philosophie.

Philosophie; vertu.

L'ame qui loge la Philosophie, doit par sa santé rendre sain encore le corps : elle doit faire luire jusques au dehors, son repos, et son aise : doit former à son moule le port extérieur, et l'armer par conséquent d'une gracieuse fierté, d'un maintient actif, et allaigre, et d'une contenance contente et débonnaire. La plus expresse marque de la sagesse, c'est une esjouissance constante : son estât est comme des choses au-dessus de la Lune, tousjours serein* C'est Baroco et Baraliptouy qui rendent leurs supposts ainsi crottez et enfumez ; ce n'est pas elle, ils ne la cognoissent que par ouyr dire. Comment ? elle faict estât de sereiner les tempestes de l'ame. et d'apprendre la faim et les fiebvresà rire, non par quelques Ëpicycles imaginaires, mais par raisons naturelles et palpables.

Elle a pour son but, la vertu : qui n'est pas., comme dit l'eschoie, plantée à la teste d'un mont coupé, rabotteux et inaccessible. Ceux qui l'ont approchée, la tiennent, au rebours, logée dans une belle plaine fertile et fleurissante : d'où elle void bien sous soy toutes choses, mais si peut-on y arriver, qui en sçait l'addresse, par des routes ombrageuses, gazonnées, et doux-fleurantes : plaisamment et d'une pente facile et polie, comme est celle des voûtes célestes. Pour n'avoir hanté cette Vertu suprême, belle, triomphante, amoureuse, délicieuse pareillement et courageuse, ennemie professe et irréconciliable d'aigreur, de desplaisir, de crainte, et de contrainte, ayant pour guide nature, fortune et volupté pour compagnes : ils sont allez selon leur foiblesse.

feindre cette sotte image, triste, querelleuse, despite, menacense, mineuse, et la placer sur un rocher à Tescart emmy des ronces, fantosme à estonner les gens.

Amitié.

Ce que nous appelions ordinairement amis et amitiez, ce ne sont qu'accointances et familiaritez nouées par quelque occasion ou commodité, par le moyen de laquelle nos âmes s'entretiennent. En Tamitié de quo; je parle, elles se meslent et confondent Tune en Tautre, d'un meslange si universel, qu'elles effacent, et ne retrouvent plus la cousture qui les a joinctes. Si on me presse de dire pourquoy je l'aymois *, je sens que cela ne se peut exprimer, qu'en respondant : Parce que c'estoit luy, parce que c'estoit moy. Il y a au delà de tout mon discours, et de ce que j'en puis dire particulièrement, je ne sçay quelle force inexpliquable et fatale, médiatrice de cette union. Nous nous cherchions avant que de nous estres veus, et par des rapports que nous oyions l'un de l'autre qui faisoient en nostre affection plus d'effort, que ne porte la raison des rapports : je croy, parquelque ordonnance du Ciel. Nous nous embrassions par nos noms. Et à nostre première rencontre, qui fut par hazard en une grande feste et compagnie de ville, nous nous trouvasmes si pris, si cognus, si obligez entre nous, que rien dès lors ne nous fut si proche, que l'un à l'autre. Il escrivitune Satyre Latine excellente, qui est ' publiée : par laquelle il excuse et explique la précipitation de nostre intelligence, si promptement parvenue à sa perfection. Ayant si peu à durer, et ayant si tard comndencé (car nous estions tous deux hommes faicts, et luy plus de quelque année) elle n'avoit point à perdre tems ; et n'avoit à se reigler au patron des amitiez molles et regu-

> Estienue de la Boëtie.

* Dans le Recueil des pièces posthumes d'Estienne de la Boëtie, publié par Montaigne et impimé à Paris, chez Frédéric Morel, en 1571.

lieres, ausquelles il faat tanl de précautions de longae et préalable conversation.

Cette-cy o'a point d'autre idée que d'elle-mesme, et ne se peut rapporter qu'à soy. Ce n'est pas une spéciale considération, ny deux, ny trois, ny quatre, ny mille: c'est je ne sçay quelle quinteessence de tout ce meslange, qui ayant saisi toute ma volonté, l'amena se plonger et se perdre dans la sienne ; qui ayant saisi toute sa volonté, l'amena se plonger et se perdre en la mienne ; d'une faim, d'une concurrence pareille. Je dis perdre à la vérité, ne nous reservant rien qui nous fust propre, ny qui fust ou sien ou mien.

Montaigne jugé par lui-^même.

Je ne fay point de doute qu'il ne m'advienne souvent de parler de choses, qui sont mieux iraictées chez les maistres du mestier, et plus véritablement. C'est icy purement Tessay de mes facultez naturelles, et nullement des acquises : Et qui me surprendra d'ignorance, il ne fera rien contre moy : car à peine respondroy-je à autruy de mes discours qui ne m'en responds point à moy, ny n'en suis salisfaict. Qui sera en cherche de science, si ' la pesche où elle se loge : il n'est rien de quoy je fasse moins de profession. Ce sont icy mes fantasies, par lesquelles je ne tasche point à donner à cognoistre les choses, mais moy: elles me seront à l'adventure connues un jour, ou l'ont autrefois esté, selon que la fortune m'a peu porter sur les lieux où elles estoient csclaircies. Mais il ne m'en souvient plus. Et si je suis homme de quelque leçon, je suis homme de nulle rétention. Ainsi je ne pleuvy auscune certitude, si ce n'est de faire cognoistre jusques à quel poinct monte pour cette heure, la cognoissance que j^n ay. Qu'on ne s'attende pas aux matières, mais à la façon que j'y donne. Qu'on voye eu ce que j'emprunte, si j'ay sceu choisir de quoy rehausser ou secourir proprement l'invention, qui vient tousjours de moy.

• Lex.

Car je fay dire aux autres, non à ma teste^ mais à ma suite, ce que je ne puis si bien dire, par foiblesse de mon langage, on par foiblesse de mon sens. Je ne compte pas mes emprunts, je les poise. Et si je les eusse voulu faire valoir par nombre, je m'en fusse chargé deux fois autant. Ils sont tous, ou fort peu s'en faut, de noms si fameux et anciens quMls me semblent se nommer assez sans moy.

Et raisons, comparaisons, argumens, si j'en transplante quelcun en mon solage, et confons aux miens, à escient j'en cache l'Auteur, pour tenir en bride la témérité de ces sentences hastives, qui se jettent sur toute sorte d'Escrits, notamment jeunes Escrits, d'hommes encore vivants : et en vulgaire, qui reçoit tout le monde à en parler, et qui semble convaincre la conception et le dessein vulgaire de mesmes. Je veux qu'ils donnent une nazarde à Plutarque sur mon nez, et qu'ils s'eschaudent à injurier Seneque en moy. Il faut musser ma foiblesse soubs ces grands crédits... La science et la vérité peuvent loger chez nous sans jugement, et le jugement y peut aussi estre sans elles : voire la recognoissance de l'ignorance est l'un des plus beaux et plus seurs tesmoignages de jugement que je trouve. Je n'ay point d'autre sergent de bande, à ranger mes pièces, que la fortune. A mesme que mes rêveries se présentent, je les entasse : tanlost elles se pressent en foule, tantost elles se traînent à la file. Je veux qu'on voye mon pas naturel çt ordinaire ainsi détraqué qu'il est. Je me laisse aller comme je me trouve.

Au lecteur •.

C'est icy un Livre de bonne foy. Lecteur. Il t'advertit dès l'entrée que je ne m'y suis proposé aucune fin que domestique et privée, je n'y ay nulle considération de ton service, ny de ma gloire : mes forces ne sont pas capables d'un tel dessein. Je l'ai

< Noos plaçons à la fin de nos extraits de Montaigne le morceau qu'il a mis en tête de son livre , afin que nos lecteurs soient mieux en état de comparer cette appréciation et son objet.

voué à la commodité particaliere de mes parents et amis : à ce que m'ayans perdu (ce qu'ils ont à faire bientost) ils y puissent retrouver aucuns traicts de mes conditions et humeur, et que par ce moyen ils nourrissent plus entière et plus vifve, la cognoissance qu'ils ont eu de moi. Si c'eust été pour rechercher la faveur du monde, je me fusse paré de beautez empruntées. Je veux qu'on m'y voye en ma façon simple, naturelle et ordinaire, sans estude et artifice : car c'est moi que je peins. Mes défauts s'y liront au vif, mes imperfections et ma forme naïfve, autant que la révérence me l'a permis. Que si j'eusse été parmi ces Nations qu'on dit vivre encore sous la douce liberté des premières Lpix de Nature, je t'asseure que je m'y fusse très-volontiers peint tout entier et tout nud. Ainsi, Lecteur, je suis moi-même la matière de mon Livre : ce n'est pas raison que tu employés ton loisir en un sujet si frivole et si vain. A Dieu doncq. De Montagne^ ceiide Juin 1580.

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TABLE DES MATIÈRES

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