VERBES
§ 22.— La formation d'après le latin des verbes romans et français en particulier, a été savamment exposée par MM. Diez, Fallot, Ampère, Burguy, Orelli et d'autres. Cette matière est en dehors du domaine élémentaire. La flexion latine a servi de modèle à la flexion française : plus reconnaissable dans le vieux français, elle Test pourtant encore aujourd'hui. Au XII°'<' et au XIII«« siècle se forme, au KIY*"^ se présente à peu près formée, la conjugaison telle que nous la possédons dans ses modes, ses temps et ses personnes. Nous n'avons ici qu'à signaler quelques différences.
Les savants n'admettent que trois conjugaisons que caractérisent les terminaisons du présent de l'infinitif et du participe passé :
1« Infinitif er, Participe é, anciennement ed ou et;
2« f'r, », « idOMit;
3® eir, oir, re, ti, « tid ou ut.
La troisième comprend ainsi la troisième et la quatrième de nos grammaires à partir du XYI"»'^ siècle, époque du début de la science grammaticale en France. Dans cet essai, nous suivrons la division vulgaire par trois raisons : l"" la voyelle finale u du participe est celle de tous les verbes en otr, mais non de tous ceux en re; 2^" le futur de l'indicatif se forme de l'infinitif, mais non exactement de la même manière dans les verbes en otr et dans ceux
en re; 9^ il est a?aatage!ix qu'on ouvrage élémentaire se rattache am cadres reçus quand la logique et Tintérét des choses ne s'y opposent pas.
C'est aussi dans les cadres de la grammaire usuelle que rentrent les différences de flexion auxquelles se borne l'exposé suivant. Nous ne choisissons dans chaque conjugaison que quelques exemples essentiels, et ne donnons guère que les modes, les temps et les personnes qui se rencontrent dans notre double recueil.
Orthographe.
g â3. — Aux observations générales sur Torthographe faites cidessus, page 60, nous en ajoutons quelques-unes relatives aux verbes^
Les manières diverses d'écrire les finales qui caractérisent les temps et les personnes, ne sont pas des différences d'un siècle à l'autre, mais se remarquent dans la même page ou même dans peu de lignes; par exemple, à l'imparfait de l'indicatif, yaitnoy, yaimoge, faimoys ; au conditionnel présent : ^epourroy^ iepourraie^ \epourraye, je pourrois.
V$ final se trouve, mais plus rarement, à la première personne de ces deux temps tout comme du présent et du prétérit défini de l'indicatif, et à la seconde personne du singulier de l'impératif
Je A', ni'esbahy^ fay^ voy, mien, crain^ respon^ mais aussi : je prens.
reu, je /il, peu, fy, vy, vey, vein.
A l'impératif: r«i, fay.
Même à la seconde personne du présent de l'indicatif, mais rarement : tu parle.
Le t final se met ou se retranche à volonté à la troisième personne du singulier du prétérit dans, les trois dernières conjugaisons.
Il fu ou fut, sceu ou sceuty nasquy, vy, volu, fy, fit, fisL
A la troisième personne du singulier du présent et du prétérit défini de l'indicatif, le t final est souvent remplacé par d, mars pas régulièrement.
Il void ou vùity croid ou croit; il condui.
Il vidy il conclud.
Âa prétérit défini int s'écrit toujours par au I, qui aa pluriel se change end: VirUy vindrent; print.prindrmt. AuIVII»® siècle cette consonne, môme adoucie, disparut.
Le t final remplace quelquefois le d qui fait partie de la racine du mot, à la troisième personne du présent de rindicalif, après un n : il renty prerU, responî.
On observe çà et là des suppressions moins régulières de consonnes finales : nous revenon, ils firen.
Les deux derniers faits et quelques-uns des précédents nous portent à croire qu'autrefois la prononciation inclinait vers le laisseraller recommandé par H. Génin, à Texclusion de la liaison des mots par les consonnes finales K
Us avant le ( final ne manque jamais à la troisième personne du singulier de rimparfait du subjonctif : qu^il allast, fist^ reçîisL Dans la personne correspondante du prétérit défini, Vs se met ou ne se met pas : Il fit ou fist; il volut^ ou volust.
Entre i et ^ le choix était arbitraire : Je di on dy ; il fi ou fy ; je vQulm ou muloys; il voudrait ou voudroyt. — Mais on ne réunissait pas ces deux voyelles là où la logique grammaticale a, depuis, exigé leur réunion : Timparfait s'écrivait comme le présent, dans cryom, par exemple, où il faudrait cryionSy comme nous écrivons criions.
La terminaison es au lieu de ez, à la seconde personne du pluriel, vous aiméSy irés, est représentée conmie une innovation du XYI'"*' siècle. Jean Pillot, qui publia une grammaire française en 1581 *, dit que de son temps Ton commençait à écrire par^«, mais que les vieillards écrivaient encore par z. On voit, mais rarement, es dès le XIV^^ siècle.
Le participe présent se termine en eut au lieu de ant chez quel-
^ De la prononciation du vietix français. Revue de Partie Janvier 1856, p. 351.
* Gallicae lingua Institution latino sermone conscriptOy per Joannem PHlotum, Parisiis 1581 ; 1 t. in-8o. — M. lÀvet, dans son savant et ntile livre : La Grammaire française et les grammairiens au XVI* siède; Paris 1858; itt-8«, ijonte an fait qae nous venons de rapporter la note suivante : • Cette orthographe (es) extrêmement répandue, en fiût, dans les manuscrits du XV1I« siècle, — je citerai entre autres ceux du P. Joseph et de Chapelain, ~ est très-rare dans les livres imprimés, et ne semble pas avoir été soutenue par les grammairiens. • P. 309.
qaes écrivains, Rabelais entre antres: ^ Entendent;f iMsiears vices tons tendensavL délit et aise du corps ; > -~ cognoiscenî et an plnriel cogrunscens.
Le participe passé de la troisième conjugaison et d'nne partie de la quatrième se termine en u : solu, œndolu^ plus souvent écrit eu : peu^ sceu^ veu. Ronsard fait rimer ce dernier mot avec le feu. Montluc écrit dans un endroit vu et œgneu.
Ce même participe prend souvent au singulier Vs ou le z, ordinairement marque du pluriel. Il fut corociez. Vous avez estes, en parlant à une seule personne. De luy suis eschapez. — Son cuer fut par e^oyz.— Quant il fust venus.— -Ces exemples sont du XIV"»*^ siècle.
Dans quelques documents de la première partie du XIV">« siècle, la première personne du pluriel conserve Vm de la terminaison latine, ensuite reiùplacé par n : nous avoms^ offroms, desiromSj savissioms^ quidoms, treoms (de trere, traire, tirer). — Dans un passage de Froissart, sumus a conservé sa forme toute latine» à la place de sa transformation.
Enfin, par un rapprochement avec le latin, Rabelais encore écrit souvent au prétérit défini : ils entravent (intrarunt), allareniy parlarent.