‹ Chrestomathie des prosateurs français du 14e au 16e siècle, avec uneChapitre 55 sur 113 · ADJECTIFS · texte numérisé non relu

ADJECTIFS

Accord avec le substantif.

§52. — L'adjeclif (el le participe passé comme adjectif) uni à des substantifs de geure différent s'accorde avec le plas rapproché. — • Sauves leurs vies, leurs membres et leur avoir. » Froiss, — « En toutes ses alées estoit tout ordre et mesure gardée. » Cbr. de Pisan. — € Une vie terrestre accompagnée de toutes sortes de plaisirs et de commodités mondaines. » Montaigne.

Quelquefois on met au pluriel Tadjeclif qui se rapporte à un collectif singulier. « La clergie recesluz des vestemens ecclésiastiques. » Quoique clergie soit féminin, les individus compris dans ce nom étant des hommes, Tadjeclif est masculin.

Place.

g 53. — On mettait l'adjectif avant le substantif plus habituellement que les grammaires modernes ne nous le permettent et pour toutes sortes de qualités, môme la couleur : < Une grande abbaye de noirs moines. • Frolss. — < L'humaine vie ; les hunuiines forces; les naturelles facullez; les fortunées prospéritez; laperverse fortune; les pnrej courages; la nécessaire conséquence. »

Les participes passés, placés de la môme manière, ne sont pas rares. Alain Chartier nous fournit les suivants : • Une contrainte nécessité; les depourveux evenemens; les désespérez mechiefs; gens de failli courage; > et Christine de Pisan : c Vaccoutwnee manière; » — f avec résolue volonté, » dit Montaigne. « En signe de solennisée \o^e\ »

* Les renommai eapitaiMi^ le redouté capitaine et Vauuré rempart que des eritiqaes modernes loaent comme d'heureuses libertés du style de fiossuet, appartenaient à la langue formée par les trois siècles précédents, et qui était ceUe des contemporains du grand orateur et des écrivains peu antérieurs; l'auuré

Même des épithëtes moins simples et plas longues ou moUi* pliées obtenaient leur place devant le substantif. Dans Montaigne: « Il se Yoid infinis pareils exemples; une non légère consolation ; un tel quel ombrage et feint (dans les paysages des peintres) ; une telle quelle brute connaissance. » Christine de Pisan exalte un c très hault magnifie très poissant et très ordené prince, t et dans Charles V : « des maintiens tels qu'appartiennent à rempli de sagesse hault prince. > — « Conduite par maulvaiz et sans conscience administreurs. »

Parmi les adjectifs dont, pour nous, Tacception varie suivant qu'ils précèdent le substantif ou le suivent, plusieurs conservaient dans les deux positions le même sens. « Certaine chose est que l'opinion des Anglois communément est telle. » Froiss. — « Moult estoit bon homme et saint. > Id. —Même, que nous mettons aprè^ le substantif pour porter au plus haut degré Tidée qu'il exprime et en montrer en quelque sorte la personnification, se mettait avant : Cest la mesme bonté signifiait c'est la bonté même ; leur mesme condition , leur condition même, leur condition propre. < ns estoient pauvres comme la mesme pauvreté, » Pasquier*.

Un détail mérite ici une petite place. Il est reçu que gens est féminin quand l'adjectif précède, et masculin quand l'adjectif suit. Si donc un adjectif précède ce substantif, et qu'un autre le suive, la grammaire perfectionnée veut que le premier soit au féminin, et le second au masculin, et nous oblige de dire : de bonnes gens vertvsux. L'ancienne pratique était plus simple : nous lisons dans rhistoire de Duguesclin : « Nulles gens chrestiennes. i

refuge, Vatsuré tecourt, \'<uturé rempart^ sont de Blalherbe, de Maynard, de Du Bartas, de Corneille ; la plus reculée pottérité est de Mascaron. — Plus tard aassi Boileaa nous montre nn désolé vieillard, et Regnard un emporté joueur. La Bruyère de vieux et inexpérimentés capitaines, < Tour fréquent chez Corneille et qui se voit aussi dans Molière.

Sais-tu que ce Tieillard fut la même vertu ?

La vaillance et Thonneur de son temps, le sais-tu ? Cid,

Et la même équité m'ordonna la douceur. Ib,

Ce que voud m*ordonnez est la même justice. Ment.

Avoir ainsi traité Et la même innocence et la même bonté, Sgan,

En italien on dit de même Viêteua virtû.

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