ORTHOGRAPHE
g 2.— Dans les langues dont l'écriture est alphabétique, c'est-àdire fondée sur l'analyse des sons, le premier objet de l'écriture et par conséquent de l'orthographe, est de reproduire les mots tels qu'ils frappent Toreille. Mais aucune langue ne possède autant de signes que de sons ; on y supplée par des combinaisons de lettres plus ou moins abitraires. C'est une cause de variété dans la représentation de la parole. La prononciation subit avec le temps et les circonstances des changements, dont les uns amènent des modifications de Torthographe, et les autres se concilient tant bien que mal avec les anciennes habitudes orthographiques.
Du XIV"»* au XVI"** siècle, l'orthographe se présente à nos yeux avec une incertitude, une variété, une inconséquence, qui dérouteraient les élèves, s'ils n'en étaient pas avertis dès l'entrée. Les mêmes auteurs nous offrent toutes les variétés que nous énumérerons tout à l'heure.
L'étude des littératures anciennes, dont les faibles commencements remontent au XIV"* siècle et principalement au règne de Charles V, dit le Sage, et qui fut une des passions dominantes de la fin du XV"* et de tout le XVI"*, chargea l'orthographe des fruits de l'érudition en introduisant dans la langue des mots latins
et dans l'écriture des lettres de source latine, qui se prononcèrent d'abord, ensuite s'effacèrent dans la langue parlée, mais demeurèrent dans la langue écrite, comme souvenir de l'étymologie. Dès lors est née et a continué dans le domaine de l'orthographe la lutte entre Télément historique et l'élément phonétique. Les ouvrages les plus autorisés de notre temps n'ont pu mettre fin aux contradictions et aux inconséquences provenues de celte lutte.
Notre travail devant faire connaître la langue telle qu'elle a existé, la reproduction des variétés de l'orthographe est une condition de la fidélité historique. On trouvera donc dans nos textes les diversités suivantes, souvent à peu de distance ou dans la même période.
g 3. — /. Echange de voyelles et de diphtongues.
Espagnol, Espaignol; accompagner^ accompaigner ; gagner^ gaigner; Bretaigne ; montaigne ; parfaict, parfait, perfect , angin, engin; plain, plein; rang, reng.
Règle, régler, reigle, reigler ; estrener, estreiner.
Pats, pays; il plaise, playse.
Seigneurie, seignorie, signorie.
Ami, ni lui, voiage, envoie, moien; plus habituellement amy, ^^Uy wy, foumy, moy, roy, joye, fay, oyseau, yvre, nuyt,
Receu, leu, peu, veu, je peusse.
Coeur, cuer; nœud, neud ; (guvre, œvre; — seur, soet^r.
Garantir, guarantir ; angoisse, anguoisse.^
Soûl, saoul; pou (peu); repoux (repos); souffire (suffire).
Voir, veoir.
Ombre, umbre; calumnie.
Oreille, aureille.
Dangier , meilleu (milieu).
Voyelle ajoutée.
Souspeçon; derrenier.
§ 4. — 2. Echange de consonnes.
Offenser, offencer; menasser, menacer; il face, Ambaxadeur, palaix, fixion (fiction); il mancât, Afriquain, Quand, quant, quans.