‹ Chrestomathie des prosateurs français du 14e au 16e siècle, avec uneChapitre 5 sur 113 · GRAMMAIRE · texte numérisé non relu

GRAMMAIRE

§ 1.— La grammaire précède les grammairiens. Les langues se forment selon des lois inhérentes à l'esprit humain, et selon ce tour de rintelligence qui constitue Tesprit d^une nation et forme Télément essentiel du caractère national. Ces lois du langage, fondées sur une logique instinctive, s^établissent et se perfectionnent par le peuple et surtout par ses écrivains. Elles constituent une grammaire latente, en attendant que la culture intellectuelle dirige la réflexion sur cette partie de la vie du peuple. Dans la formation de ce monde intellectuel qu^on appelle une langue, le chaos précède la lumière, les éléments sont en confusion ; puis de leur mouvement môme, de leur tourbillonnement naît peu i peu un travail d'assimilation et d'ordre, une régularisation dirigée par la raison, cette conscience de Tentendement.

Dès le XII«>* et dans le cours du XIII"® siècle, quelques règles furent suivies et reconnues, par exemple celle de la terminaison du nominatif singulier en s, à Tinstar du latin filius, numSy fhictus, dits ; la flexion des verbes fut déterminée. Hais dans bien des parties régnait une variété qui tenait de l'incertitude. L'histoire et les principes de la formation de la langue dans ces deux siècles sont le sujet d'ouvrages savants dont les auteurs ne sauraient être honorés de trop de reconnaissance.

Au XIY'"'' siècle la langue est déjà mieux assise, plus régulière, plus une. C'est pour le fond notre langue, avec sa marche logique.

ses formes grammaticales et sa syntaxe, à quelques différences près. Ces différences sont moins considérables dans la grammaire qae dans la lexicologie. Nous nous attacherons essentiellement à les signaler dans les règles suivies par les auteurs depuis le XIV*»* siècle jusqu'au commencement du XVII"»*. Pour tout le reste, nous proclamons ici l'identité de l'ancienne grammaire et de celle qui subsiste encore aujourd'hui.

Page 1