‹ Chrestomathie des prosateurs français du 14e au 16e siècle, avec uneChapitre 63 sur 113 · BOILEAU · texte numérisé non relu

BOILEAU

« Pendant qu'il la (la ruine de sa patrie) prédisoit et après qu'il l'eût vue {-) accomplir, • BossuET, Médit sur l'Evang,

* La honte d'un afPront que chacun d'eux croit voir.

Ou de nouveau reçue ou prête à recevoir. Corn. Potyeucte.

* • Votre Majesté a beau dire, et M. le légat et MM. les prélats ont beau donner leur jugement, ma comédie, sans l'avoir vue, est diabolique et diabolique mon cerveau. • (Sans que le curé, auteur d'un écrit contre Tartufe l'ait vue.) MouÉRE, l«r Placée,

été faite par les grammairiens da XVI"« siècle. De la confosion oalt riocoDséqaeDce, point d'usage fixe; variation d'écrivain à écrivain et chez le même écrivain. Pas de principes arrêtés, même chez Montaigne, qui avait tant étudié le latin, moins peut-être, il est vrai, en grammairien qu'en esprit avide de pensées. Il lui arrive d'écrire, en deui lignes, parlant des Turcs faits prisonniers sur mer : c II leur succéda (réussit^ frottant des clous de navire l'un à Tautre, et faisans tomber une étincelle de feu dans les caques de poudre, d'embraser et mettre en cendres eux, leurs maistres et le vaisseau. » —Même inconséquence dans ce passage de Marguerite de Valois : « Cette guerre dura encore quelque temps, ceux de la religion ayant toujours du pire ; ce qui m'aidoit à disposer le roy mon mary à une paix. J'en escrivis souvent au roy et à la royne ma mère ; mais ils n'y voulurent point condescendre, se fiants en la bonne fortune. » — Nous avons donc à exposer, moins des règles fixes qu'une suite de faits et d'usages qui ne se concilient pas toujours entre eux.

Le manque de fixité est rendu plus frappant par le grand usage que nos anciens écrivains font du participe présent, commode pour Taisance de la structure grammaticale et pour la brièveté de l'expression.

Quoique les écrivains fassent tous usage du participe présent comme indéclinable, il n'en est aucun qui ne le décline où il le trouve à propos.

Pour Vorthographej indéclinable ou au singulier il s'écrit régulièrement avec un t final ; cependant on lit dans Pasquier : c Ne restans plus de tous leurs écrits qu'une carcasse, > et dans Vauquelin de la Fresnaye : c La muse nous guidans, >

Au pluriel on transforme presque toujours le f final en s ; quelquefois Vs s'ajoute au f ; ayans et ayants.

§ 91. — Genre. Généralement on n'admet, soit au singulier, soit au pluriel, que la forme masculine pour les deux genres, dans les verbes neutres aussi bien que dans les verbes actifs : c Les cuisses faisans par leur grosseur suffisamment élargir les jambes du cheval. • 0. de Serres. — Estans doctes en ce gouvernement les plus simples femmelettes. » Id. — (Les poules) « ayans toutes la chair très-bonne, necédans en délicatesse à nulles autres. > Id.

— «Les Hagaenols ayants recommeocé la guerre. > — « Ces obser- ?atioDS servans d'adresse àvostre peuple.»

Cependant le participe reçoit aussi la terminaison féminine, et, chose remarquable, non-seulement quand il marque une qualité, mais quand il exprime un acte passager ou qu'il est suivi d'un régime; ce qui, au jugement de la grammaire moderne, lui ôte le caractère d'adjectif verbal.

Cela se voit principalement chez Amyot, le grand maître de la langue du \yv^* siècle ; il dit : « Les choses appartenantes à la religion. » — « Il engrava en grandes lettres des paroles adreslonles aux Ioniens, » — « Mille autres raisons tendantes à cette fin. »

— Marg. de Val.

Le participe, marquant une qualité ou une manière d'être habituelle, peut s'accorder : l*" Avec le sujet : < Par ainsi elles (les âmes) eossent esté telles , estans exemptes de la prison corporelle aussi bien avant que d'y entrer, comme nous espérons qu'elles seront après qu'elles en seront sorties. » Montaigne. — « De ce sçavoir il faudroit qu'elles se ressouvinssent encore estans au corps. > Id. — (Les femmes) estans plus soigneuses de l'honneur de leurs maris qae de toute autre chose. > Id.

2® Avec le régime : « Le roy François I^' rechercha avec grand soin et despense l'accointance des hommes doctes, les recevant chez luy comme personnes sainctes et ayans quelque particulière inspiration de sagesse divine. » Id.

Il en est souvent de même du participe exprimant un acte : ^ Accord avec le sujet: « Les autres se le font accroire à euxmêmes ne sçachants pas pénétrer que c'est que croire. » Id. — < Ces considérations Payants un jour amené à Nerac. » Marg. de Yal. — c Les batteaux où je debvois aller par la rivière de Meuse JQsqaes à Liège ne pouvants estre sitost prests, je fus contrainte de séjourner le lendemain, où, ayants passé toute la matinée comme le jour de devant l'après disnée, nous mettants dans un très beau batteau sus la rivière, nous abordasmes en une isle. » Id.

8^ Avec le régime : « Ceux qui les peignent mourants et qui représentent cette action quand on les assomme, ils peignent le prisonnier crachant au visage de ceux qui le tuent et leur faisant la moue. > Montaigne. — c Combien voit-on des personnes populaires cooduictes à la mort, y apporter une telle asseurance

qu'on n'y apperçoit rien de changé de leur estât ordinaire : establissans leurs affaires domestiques, serecommandans à leurs amis, chantans, preschans et entretenans le peuple : voire y meslans quelquefois des mots pour rire, et beuvans à leurs cognoissans aussi bien que Socrates. » Id. *

Quelques exemples du participe invariable se rapportant à un féminin singulier ou pluriel compléteront celte matière. Nous les empruntons à Marguerite de Valois, c Moi pressant à toute heure, le Roy me vouloir permettre d'aller trouver le Roy mon mary. » — • Elle passant en Languedoc. > — < Estant en ces altères, mes femmes plus curieuses que moy de ma seureté et de la leur, prennent la corde. •* — « Je dis à mes femmes qu'elles allassent tout bellement à la porte demander ce qu'ils vouloient, parlant bas, comme si j'eusse dormy. >

§ 92. — Le participe présent étant déclinable, on a eu fort na-

* Les exemples analogues sont communs dans la première moitié da XVI1"« siècle. Cependant déjà sur ce vers de Malherbe:

Mais tant de beaux objets tous les jonrs s^angmerUant^

Ménage dit, sans donner de raison : « S'augmentani au gérondif seroit beau» coup mieux. • Néanmoins nous voyons quelquefois encore le participe présent variable après le milieu du siècle. Pascal avait écrit dans la première Provinciale (1699) : « Je les luy ojQfris tous ensemble comme ne faisants qu*nn mesme corpa et n'agiisants que par un mesme esprit. • Dès la seconde, publiée huit jours après, on ne retrouve plus ce participe décliné. En vers on se le permettait encore. Boilean, dans la vi« satire (1666) :

Et plus loin des valets, l'un et l'autre s'agaçans^ Font aboyer les chiens et jurer les passans.

Le 3 juin 1679, l'Académie proclama cet arrêté : < La règle est fiûte, on ne déclinera point les participes actifs. • Cette rdgle ne fut pourtant pas uni* formément observée dans les dernières années du XVII»« siècle et dans les premières du XVIIIB*. Boileau, l'homme de la règle, ne se soumit pas :

Entendra ces discours sur l'amour seul roulant. Soi. x (1694.) Et pour Uer des mota si mal s'mtr'aecordant. Ep. xi (1695.) Qu*iufàmes scélérats à la gloire aiptrant.... Cent mille fiiux zélés le fer en main cotiraïu. 5. xil (1705.)

Et pour qn*oa ne croie pas qu'il ait seulement usé du privilège de la rime, U a écrit en prose dans sa préface de 1701 : « Je ne suis point de ces auteurs /t^ani la peine, • Voltaire aussi dit :

Les spectateurs en fbnle se pressante.

turellement Pidée d'en faire un substantif. Noos avons Tn dans le dernier exemple de Montaigne (§ 91) leurs cognoissans, comme nous disons leurs connaissances. Amyot crée un autre substantif: c Ses armes reluisantes esblouissoient la veue des regardons. >

§ 93. — Rapport syntactique. Les grammairiens modernes ont décidé que le présent du participe doit toujours se rapporter au sujet de la proposition. L'usage des auteurs classiques jusqu'à la fin du XVII»* siècle n'autorise pas celte règle ; il laisse à l'écriyain plus d'aisance et de variété. Dans l'ancienne langue, le par* ticipe se rapporte indifféremment au sujet ou à un régime, ou encore ni à l'un ni à l'autre, mais à la proposition entière, ou il exprime une circonstance, comme l'ablatif absolu des Latins. < Changeant de chemise, parce qu'il m'avoit toute couverte de sang, M. de Nançay me conta ce qui se passait. > (Tandis que je changeais de chemise.) Marg. de Val. — « Par la figue, respondit l'asne, laquelle un de nos ancestres mangeant, mourut Philémon. » Rabel. — « Les langages ressemblent aux rivières, lesquelles demeurans toujours en essence, toutefois, il y a un continuel changement des ondes. » Pasquier'.

Participe passé.

g 94. — La théorie du participe passé, plus complexe que celle du participe présent, n'a pas eu besoin de moins de temps pour se dégager du chaos de l'usage. Ceux des grammairiens du XVI"* siècle qui ont réfléchi sur l'accord de ce participe ont des vues divergentes, et les écrivains, de leur côté, divergent et sont de plus très-variables. Commençons encore ici par des traits d'inconséquence. Montaigne dit : «Notre mère Nature nous avoit munis et planté de tout ce qu'il nous faloit; » et Montluc, à peu d'intervalle : « Une lettre que son fils luy avoit escrite, » et c L'attaque que les ennemis avaient receu. »

g 95. — Quand le participe passé, sans verbe auxiliaire, a le

* Sans jages nous jugeons, estant nostre raiion

Là-faaat dedans la teste on selon la saison Qni règne en nostre hnmeur, les bronillara nons embrooUlent

RÉGNIRR.

« Ne paroiuant rien dans tont ce discours, de ce manger en figare, de ce boire en «llégorie.. .. il s'ensuit que. . . . • ttossuet .

simple caractère d'uo qualiflcatif, son accord avec le sabstantif qu'il accompagne ne saurait rencontrer la moindre difficulté.

Il en est de même quand le verbe auxiliaire estre est un lien entre le substantif et le participe qualiQcatif. Remarquons seulement que cet accord subsiste encore quand le participe précède le substantif: c Estant venue la nouvelle. » Amyot.

g 96. — Accompagné de l'auxiliaire avoir, le participe passé reste invariable quand le régime le suit, et s'accorde avec le régime quand celui-ci le précède. Cette double règle fondamentale est quelquefois observée par nos anciens auteurs. Harot Ta nettement exposée daus une pièce de vers conservée par Pasquier'. Pierre Ramus, dans sa Grammaire, s'appuie sur son autorité. Dubois et Maigret avaient proposé des systèmes différents. Ainsi vous voyez dans Montaigne : c Les javelots et les dards qu'on leur a jetiez; les desplaisirs que nous avons soufferts. » Id. — « Il me les (mes lettres) avoit renvoyées. > Marg. de Val.

Bien plus souvent, Montaigne et d'autres semblent considérer le participe et son auxiliaire actif comme un tout, tel que amavi, amavity etc., qui ne change point, quel que soit le régime qui précède. Les passages sont innombrables où cette méthode est suivie : « La cour enrichit ceux qui l'ont mal dessenn, • Al. Chartier. — c Ma matière que trop ay delaissié. » Chr. de Pis. — « Il les avoit envoyé. • Comines. — « Les commentaires que j'ay/m- Wt^. » Calv. — € Les ayant persuadé. » Amyot. — « L'opinion que vous avez conceu. » Montl. — • Il a entendu des choses que je u'ay pas entendu, i Id. — < La forme corporelle que Nature leur a donné. » Montaigne. — < Si les plaisirs que tu nous promets en l'autre vie sont de ceux que j'ay senti ça bas, cela n'a rien de commun avec l'infinité. > Id. — < Les grandes courvées de guerre qu'il avait fait et souffert*. » Brant.

A Enfiins, oyez vne leçon, etc.

> Encore an XVII«e siècle : « Je ne connots en tous ni mon image qae j*y avots formé ni le caractère de chrétien. » Bossaet. — Dans ses Remarques sur la lan^ gue françoise^ Vangelas conmience la Remarqoe 184, De l'usage des participes passifk dans les prétérits, par ces mots : • En tonte la Grammaire Françoise il n'y a rien de plos important ni de pins ignoré. » — Ménage avant lai et Inimême ont établi quelques règles particulières, inutiles, mal fondées en logique et pour cela r^etées plus tard. Nous en rapportons deux. La premier» dispensait d'accorder le participe avec le régime direct antérieur lorsque le nominatif sui-

Ed revanche, on accorde parfois le participe avec le régime qai suit : « Gomme il eust oye la parole. » Chr. de Pis. — t Bien avoit retenue la parole qu'avoit dit Tibère. > Ead. — « Puisque n'avez trouvez mes escus. » Larivey. — c Après qu'il auroit lueh sentence. » Montluc.

Il est une construction particulière à la poésie, c'est celle du régime direct placé entre Tauxiliaire avoir et le participe passé. Là, parfois le participe demeure invariable, comme dans ces vers de Garnier :

Quand elle eut quelque temps se» désastres ploré.

Et les playes dil mort de baisers honoré

Vous avez l'inhumant mes édits transgressé.

Mais Garnier suit aussi le système qui a prévalu ensuite de rendre dans ce cas le participe déclinable :

Est-il vray? Aves-vous cette faute coaunise^ ?

▼ait le participe. Matearon a donc pu dire : • La fermeté natarelle qa'a «u ce oonir pendant toute sa yie. « Et Coraeille :

Là par on long récit de toates les misères

Que durant notre enfance ont enduré nos pères, Cinna.

Dans la même tragédie il a dit d'£milie :

Et qu*ont mise si haut mon amour et mes soins.

Par la seconde règle, dans certains cas, le participe après le régime direct demeurait invariable quand il était lui-même suivi d'un qualificatif. D'après ce principe Mascaron a dit : « Ce n'est pas encore le dernier degré du malheur de notre âme : jusqu'ici vous l'avez vu cUnuée, trompée ^ séduite, » — Et Bossuet, dans rOr. fbn. de la reine d'Angleterre : • Combien de fois a-t-elle en ce lieu remercié Dieu humblement de deux grandes grâces : l'une de l'avoir fait chrétienne ; Tautre, messieurs, qu'attendez-vous T... Cest de l'avoir fait reine malheureuse. » Quatre lignes plus loin il rentre dans la règle ordinaire : « Que ses douleurs l'ont rendue savante dans la science de l'Evangile. » Les Pensées de Pascal nous présentent ce passage : « Moïse ne vous a point tiré de captivité et ne vous a pas ' rendu véritablement libres. » Le second participe est justifié par Vaugelas et le premier peut-être par « attraction » comme dit la grammaire.

^ Ce tour est fort ordinaire aux poètes de la première moitié du XVII"« siècle :

A quel front orgueilleux n'a r audace ravie Le nombre des lauriers qu*il a déji plantés. — Quiconque de plaisir a son ame assouvie Malherbe.

Et bien qu'elle (la fortune) ne m'ait sa faveur départie,

RÉGNIEB.

Le participe est rendu décIiDable même dans les verbes neutres fléchis avec Pauxiliaire avoir : c Bien que la redite d'une mesme chose ait accouiumée d'estre ennuyeuse. > 0. de Serres.

Nous réunissons ici, sans réflexions, quelques cas particuliers, dont les élèves pourront se rendre compte.

« Voir des grands qui se fussent voultis entremanger. »Montluc. -^ c La ville se fust bien peue esmouvoir. » Chr. de Pis. — < Au temps que Je les (ses chausses) avais faites faire, i Montluc. — • Ils se sont reservez un merveilleux advanlage au combat. » Montaigne. — « Veue sa nature. » Comines. — Il écrit aussi : f Veu la grande obéissance. » — « Il flst semblablement à maint de ses citoyens et autres esté ses adversaires, retournez à mercis. • Chr. de Pis.

g 97. — Participe passé absolu, semblable à l'ablatif absolu latin. « Brennus, œste demande ouye, se prit à rh-e. » Amyot. — « En estants assiégés tout court furent un jour et une nuict sans boire et sans manger, la plus part de leurs bestes mortes. > Montaigne. — « Finis les dits huit jours elle fait venir en sa chambre ledit Julio. > Brantôme.

Orthographe, — Remarquons, pour terminer, une singularité d'orthographe : au XIV« siècle, le participe passé masculin en é, reçoit quelquefois au singulier un s ou un z final: « Il en seroit parlez en honneur. » — • Le conte d'Artois qui leur affaire avoit bien regardez, • — « Sire, vous n'y fussiez entrés. » Chr. de Pis.

§ 98. — Une particularité de la flexion des verbes dans l'ancienne langue, c'est que le t euphonique, destiné à empêcher l'hiatus entre la troisième personne du singulier terminée par une voyelle et le pronom personnel, est à peu près inconnu. On le découvre bien rarement, comme dans cette interrogation de Mon-

Et cenz qai par le frtr ont ma perte jurée. Racan. Aussitôt qoe oia femme eut ea vie expirée. Id,

Mon père est mort, Elvire, et la première épée

Dont s'est armé Rodrigue a sa trame coupée. Corn. Cid.

Aucun ctonnement n'a leur gloire flétrie. Id. Hor.

Un homme dont Tépce De toute ma famille a la trame coupée, Ib.

Le seul amour de Rome a ea main animée. Ib.

taipe : « N'adresse-t^elle pas? > Devant on, V le remplace: « Et les recoavre Ton. > Ordioairemeot Phiatus sabsite en plein dans rorthograpbe. • Reprendra-il, » écrit 0. de Serres, et Montaigne : « Aossi-a-elle* Encore-Fa-elle rangée. Encore nons trompera-elle. A peine sera-elle propre à juger. Semble-il pas ? DescouTTC-il pas ? »

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