AU TRAVERS
Noos disons à travers^ avec le régime direct, et au travers de. Autrefois au travers se mettait aussi avec le régime direct : « Au travers tous les deux. > Montaigne.
PlrépoaitioD avee deux régimes d'espèce différente (•nbstantiff
et verbe)*
€ Après la conqueste de Lille en Gascogne, et que le comte Derby yeost laissé gens d'armes et archers. > Froiss.
Préposition non répétée.
§ 102. — Rien n'est plus ordinaire dans notre ancienne langue, qu'une préposition non répétée devant un second régime, ou même devant plusieurs régimes consécutifs, substantifs ou infinitifs : € Après le congié prins au roy de France et (•) tous les princes de sa court. • Artois. — « Quelle autre œuvre pourroit estre pins digne de louange et (-) religion? » Gerson. — « Du temps de Ciceron (-), César et (-) Saluste. » Pasquier. — « Une promptitude de langue non commune à l'Angevin et (-) Manceau. » Id. — € Ils escrivoient qui en Picard, qui (-) Champenois, qui (-) Provençal, qui(-) Tholozain. > Id. — « Pour nous parer de leur (des animaux) beauté, et nous cacher sous leur dépouille de laine, (-) plume, (-) poil, (-) soye. » Montaigne. — t D'avoir attribué la divinité non seulement à la foy, à la vertu, à l'honneur, (-) concorde, (-) liberté, (-) victoire, (-) piété : mais aussi à la volupté, (-) fraude, (-) mort, (-) envie, (-) vieillesse, (-) misère : à la peur, à la fièvre, et à la maie fortune, et (-) autres injures de nostre vie fresle et caduque. » Id.
t II fut conseillé de ne pas respondre, ains (-) demander son renvoy par devant d'autres juges. > — < Elle prist résolution de se joindre à la Royne et (-) se conformer à sa volonté. . . Quant aux discours de la Philosophie, ils ont accoustumé d'esgayer et
ue resjouïr ceux qui les traitent, non (-) les renfroygner et contrister. 1 Montaigne ^
La suppression de la préposition a lieu même quand les régimes ne sont pas entièrement semblables, par exemple quand l'un est précédé de l'article, et l'autre pas, ou qu'ils n'appartiennent pas à la même classe de mots : c Cela fut confirmé tant par tesmoignages de l'Escripture que (-) les exemples de l'Eglise ancienne. > Calvin. — c P&ur l'amour du Roy et (-) luy tenir compagnie. > Froiss.
t Cet usage passa du XVl«n« siècle au XVll«nc avec Malherbe et Régnier. Deux citations seulement de celui-ci :
Apprenons à mentir, (-) nos propos desguiser,
A trahir nos amis (-) nos ennemis baiser,
(-) Faire la cour aux grands et dans leurs antichambres
Le chapeau dans la main nous tenir sur nos membres.
Sans oser ny cracher, ny tousser, ny s'asseoir.
Et nous couchant au jour (-} leur donner le bon soir. 5. iv.
Un chacun a son vice ; Le mien est (/*étre libre et (-) ne rien admirer, (-) Tirer le bien du mal lorsqu'il peut s*en tirer , Sinon (-) adoucir tout par une indifférence. Et {') YÛncre le malheur arec la patience ; (-) Estimer peu de gens, (-) suivre mon ver coquin. Et (-) mettre a même taux le noble et le coquin. S, xv.
Corneille suivit les errements de la langue, telle qu'il la trouva chex les poètes
Que je tâche de vaincre un indigne courroux
Et (-) vous donner pour lui l'amour qu'il a pour vous. Cinna.
Nous aurons la gloire D'achever de César ou (-) troubler la victoire. Pomp.
Mais c'est une imprudence assez commune aux rois D'écouter trop d'avis et (-) se tromper au choix. Ib.
Les prosateurs usaient de la même liberté. Ménage blâme, il est vrai, d'Ablancourt d'avoir écrit : ■ Us sont riches en gros et (-) menu bétml. • Il ftdloit, dit-U, > en gros et en menu bétail. Cependant Bossuet écrit : « Il étoit bon ansâ de prévenir le scandale de la croix et (-) faire voir que. . . La gloire de ne prier et (-) ne gémir que pour les autres. • Les grammairiens censuraient alors déjà, comme depuis, toutes ces suppressions si longtemps permises; ils n'empêchèrent par La Bruyère de dire: « Je cherche par la connoissance de la vérité, à régler mon esprit et (-) devenir meilleur. »