‹ Chrestomathie des prosateurs français du 14e au 16e siècle, avec uneChapitre 68 sur 113 · NE · texte numérisé non relu

NE

§ 104. — Il serait difficile de jastifier oa môme d'expliquer toujours la présence ou Tabsence de ne dans une proposition subordonnée. Quelquefois il semble être une simple copule entre deux propositions, à moins qu'on ne pense motiver remploi de la conjonction comme annonçant la possibilité d'une incertitude; par exemple : < Il luy tardoit bien qu'il ne fust jà à cheval. '.Gomines. — c II ne faut pas ignorer que le duc n'aimast cordialement le dit messire Jacques. > 0. de la Marche. Ou encore lorsque la forme de la proposition principale est négative : c Si ne pourroit-on reprocher au roy d'Espagne*qu'iln'aye grandement aymé la guerre. » (Le sens de ces paroles, déterminé par l'ensemble, est : « Et pourtant on ne saurait faire au roi d'Espagne un reproche de ce qu'il a aimé la guerre.)

Ne souvent supprimé.

i^ Après craindre, etc. : t II craignoil qu'il (-) fust veu de guères de gens. > Comines. — c Craignant qu'il (-) se guastast. • Rabel. — « Je crains que l'absence (-) m'y nuise, i Marg. de Val. — t J'ay peur que cestuy {-) soit devenu fol. ■ Larivey *.

Fonne des sentiments si pen dignes de vous, Id. Nie.

J'ûmerois mieux souffrir la peine la pins dure

Qu'il {-) eût reçu ponr moi la moindre égratîgnnre. Mol. Tartufe.

' Âprèt craindre, avoir peur, de peur que, Régnier supprime sonrent ne. Corneille et Molière quelquefois.

Tant j0 craignais quHl (-) eust Quelque procès-verbal qu'entendre il me fallust. Rêgrieb. Lui, dis-je, qui eraignoii que, faute d'autre proye, La beete (-) l'attmquaet^ ses ruses il employé. id.

Uxàfay grand peur enfin que l'amour (-) soit plus forte. Id. il. De peur qu'en les joignant quelqu'une (-) eust l'avantage Avec un bel esprit, d'avoir un beau visage. Id.

Je crains à tout moment qu'on (-) me surprenne ici. CoRM.

De peur qu'encore un coup PkUiste (-) me devance, Id.

Mais hélas! je crains bien que i'(~)y P^rde mes soins. Mol.

• Peut-on craindre que des choses si généralement détestées (-) fassent quelque impression dans les esprits? > Id.

De peur que ma présence enoor (-) soit crimÎQeUe.

Qaaod il est à craindre qa'ane chose n'arrive pas, nous mettons ne... pas. Anciennement on se contentait de ne, c Je crains qae le Roy, mon père, courageux comme il est, ne s'amuse toujours à la chasse, mais devenant ambitieux (-) veuille changer celle des bestes à celle des hommes. » Marg. d. Yal.

^ Avec un mot négatif: « Nulle qualité (-) nous embrasse purement et universellement. » Montaigne. — c Nulle accointance on communication de chose estrangere(-) y trouve place. > Id. — Ny le bled, ny le vin (-) se voit, ny aucun de nos animaux en ce Qonveau coin du monde. » Id.

3^ Dans l'interrogation de forme négative : c Epicurus (-) op-* poseroit-il pas cela à Platon avec grande apparence de Thumaine raison? •* Id. — « (-) Voilà pas une forme de parler certaine? ji H. — « (-) Voilà pas un taire parlier? » Id. — t Le plus hanlt (-) est-il pas tousjours le plus digne * ? »

< Tour fort ordinaire dans les écrivainB classiques.

Mais quoy ? tant de malheurs (-) te suf/Uent-ilt pa$ ? Régnier. (-) Avez veut point sur tous quelque chanson nouvelle T Id. (.) Voy-je pat vos bontés à mon aide paroistre? Malh.

Les feux du firmament (-) tont-ce poê des oracles Dont le silence parle et s'entend par les yeaz ? Racan .

(-) Doit-je pat à mon père avant qu'à ma maîtrise? CoRii.

(-) T'ai-je pas là-dessns ouvert cent fois mon cœur ?

Et (-) tait-tu pat pour lui jusqu'où va mon ardeur? MoLitRE.

(•) Sait'je pat que Tazile est une ame incertaine? Que l'amour le retient quand la crainte l'entraîne ? (•) Sait'je pat que sans moi sa timide valeur Succomberait bientôt aux ruses de sa sœur T Rac. Alêx.

Mais de quoi s'agit-il ? (-) Suit-Je pat fils de maître? Id. Plaid,

Hé bien l (-) Vai-Je pat dt(? Ib.

■ (-) Ett-Hl pat très-juste que le pécheur soufi^ et que le crime ne demeure pas impuni ? et la justice n*ett<e pat un grand bien ? > Bossnet, Serm. — « ('] AveX'Vout pat connu Jésus-Christ comme médecin des infirmes? > Ib — Ses miracles (-) devaient-ilt pat faire taire les bouches les plus médisantes? ■ Ib.

Après cela, après cent antres exemples de ces auteurs et de leurs contemponûns, il semble étonnant que M. Augier, dans une note sur les Préeinum ridi-

ibo

Il en est natarellement de même des propositions subordonnées de forme négative exprimant une interrogation indirecte ou un doute, comme dans ces vers de Régnier :

Et lui demanda-t-il s'il (-) sestoit point blessé.—

AGn qu'il se puisse scavoir Si le goût (-) dément point ce que Fceil en peut voir.

NI ou NE.

g 105. — iVe, synonyme de m, était une conjonction négative ou disjonctive. Dans Tun et l'autre cas, elle était d'un usage plus étendu que notre m. Elle servait non-seulement pour la négation et la disjonction proprement dites , mais encore lorsqu'une deminégation était implicitement renfermée dans l'idée d'empêchement, d'obstacle, de difiSculté , ou dans le doute, par conséquent aussi après une interrogation, ou quand elle se rapportait à une phrase négative, sans qu'elle-même exprimât une négation.

c La dame requist conseil quelle chose elle en pourroit faire, ni où se traire à garant, ni à conseil. » Froiss. — « Quoiqu'ils feussent ainsi priés ne requis d'arresler, ils n'en firent compte. »

eutef, fc. V, vous avoii-je peu eommandé^.. ait écrit : « Molière, contraiot par la mesore, a quelquefois retranché le ne, partie essentielle de la négation; maîa cette suppression qui est une licence en poésie, est une faute en prose, où rien ne la motive. II est vrai qu'on se la permet souvent dans la négligence du langage familier. Peut-être a-t-il cru par là imiter avec plus de vérité le style de hi conversation. * Des académiciens plus récents n*ont pas méconnu ainsi la langue de leurs pères. M. Victor Hugo:

C'est une femme, est-ce peu Qu'attendait ta maîtresse?

Quoi donc ! txnu prit-U pas l'autre jour un baiser?

M. Alfred de Musset :

Par fatigue du moins Varréteras-tu pas ?

La source sanglante Où Paris baptisa sa liberté naissante, La sens-'tu pas encor qui coule dans ton sein ?

« Ta as de singulières idées sur l'éducation des femmes. VmidraiS''tu pas qu'on les suivît ?» — Et M. Emile Augier :

De bonne ft>i, Madame, est-te pas mon devoir^ etc.

loi

Id. — 1 Le tuez sans déport (délai), comme grand m comme haut qu'il soit. • Id — < Adonc estoit le royaume de France gras, plein et dru, ni on n'y savoit parler de nulle guerre. » Id. — c Si fist le roy Philippe le plus bel appareil qui oncques eust esté fait pour aller outre mer ni du temps de Godefroy de Bouillon ni d'autre. » Id. — t Grand foison y survinrent pour voir ceux de Calais, ni comment ils fioeroient. » Id. — « Où iras-tu, ne quel seur retrait as-tu advisé? >

Après le superlatif, ni semble rendre Tidée quil n'y a rien andessus : i La plus grand grâce qu'ils pourront trouver m avoir. » Froîss. — c Quant à la nourriture des enfants, qu'il estimoit estre la plus belle et la plus grande chose que scauroit establir ni introduire un réformateur de loix. » Amyot.

Enfin, ney ni sert de copule ordinaire comme et. c L'autre chose est pour donner à entendre comment ne par quelle manière je vein. I 0. d. 1. Marche.

Conjonction non répétée.

§ 106. — Comme la préposition (§ 99), la conjonction ou particule conjonctive, qui devrait se répéter dans un second membre de phrase, ne se répète pas : « S'il vous plaisait et (-) me voulussiez prester six ou sept cents armeures. » Froiss. — c Ils n^ pouvoient ni (-) dévoient fuir. » Id'.

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