ADVERBES
Négations <•
g 107. — Non^ le véritable adverbe négatif, se joignait autrefois aux verbes. Il a été remplacé dans cette dernière fonction
* Madame, il faat garder que quelqu'un ne nous Toie
Et du palais du roi (-) découvre notre joie. Corh. JRfed.
Elle n*ôte à pas un ni (-) donne l'espérance. Id. Cid,
s La théorie de la négation française est l'objet d'un chapitre spécial de la Grammaire romane de M. Diei : m Ab$chn, Kap, 2; 1. « 2. Âusg, — Comme pour le reste, nous nous bornons ici à marquer les différences essentielles entre le Tieux français et le français moderne.
par ne, devenu la véritable négation française ; on lui a donné pour appui ou complément d^anciens substantifs ou monosyllabes qui raccompagnent ordinairement : pas^ point, rien^ me, devenus des adverbes artificiels, comme les. appelle M. Génin. L'usage s'est donc établi en français de nier an moyen d'une double né* gation, surtout ne pas, ne point.
Nais dans l'ancienne langue on se contentait, quand on le trouvait bon, avec toute espèce de verbe, de la négation ne, et l'on supprimait la seconde, c Je vois que la différence d'âge, n'empesche (-) la conformité d'humeurs. > — « Sire, ne craignez (-) de nous accorder nostre requeste. » Montluc. — « Il est adverty que les Seize ne se contentent. (-) > Sat. Ménip. — < Afin de fteme('-) les rendre. » Larivey.
Pour mieux nier, il s'est introduit fautivement dans le langage populaire une triple négation, qu'on ne saurait admettre dans la langue disciplinée et littéraire; elle excite la colère des Femmes savantes contre la pauvre Martine, qui trouve que tous leurs biaux dictons ne servent pas de rien.
Cette faute, que l'on croit fort ordinaire dans nos anciens auteurs, parce qu'on les juge d'après notre langue et non d'après la leur, y est moins réelle qu'apparente.
i<^ Certains mots qui pour nous sont négatifs ne l'étaient pas toujours, môme au XVII«»« siècle : Aucun signifiait souvent quelqu'un, aliquis, alcuno. Pas un et personne se disaient également pour quelqu'un, une personne. Rien, suivant son étymologie rem^ prenait la signification de quelque chose ^
* An XVII«n« siècle : Aucun :
Je n'ai point lieu d'en craindre aucune résistance. Corn.
5afi# donner à peu un aucun lieu de se plidndre.
Pas un :
Jamaiê pas un de vous ne reverra mon onde. Malherbe.
Si pas un en maint passage signifie nul, en maint passage aussi le sens positif est évident.
On l'amène et du port nous le voyons venir. Sans que pas un d'entr'eux daigne l'entretenir.
Corneille.
2» Qaaad il y a trois mots regardés comme négatifs, le troi* siëme se rapporte ordinairement à un autre verbe que les deux premiers, et c'est là ce qui distingue Molière de Martine, bien qu'on ait prétendu qu'il avait souvent commis la même faute qu'elle.
Une analyse exacte justifiera nos écrivains dans la plupart des cas. t Tu n'aspûw rie» vaincu, sinon toy-mesme. » Al. Chartier. -— c n fait bien à noter que jamais Lycurgus ne voulut qu'il y eust pas une de ces loix mise par escript. » Amyot. — * ie ne voy pas maintenant personne qui oyant parler de Néron, ne tremble mesme au surnom de ce vilain monstre. » La Boëtie.
g 108. — Dans les comparaisons dUnégalité formées par deux propositions, les anciens écrivains mettent comme nous ne à la seconde^ à moins que la première ne soit négative ou interroga-
Us eombattroot plutôt et l'one et l'autre armée.
Et moorront par les mains qui leur font d'autres lois
Que peu un d'eux renonce aux honneurs d'un tel choix. Id.
Remarquez qu'ensuite de ce sens affirmatif le verbe renoncer n'est pas accompagné de la négation ne. Dans YEpUre dédie, de don Sanehe Corneille écrit de même : « H arait conçu de la passion pour tontes deux sans oser prétendre à pa$ une, se croyant si fort indigne d'elle. > — Et M^e Périer, dans la Vie de Pateal : « On prenait son avis sur tout avec autant de soin que de peu un des auiree.
Si j'en connais pat un je veux être étranglé.
Racine, Piaid.
Personne:
Je fis'Troudrois pat conseiller à personne de la tirer en exemple.
CoBNEiLLE, Pr, d'Héraeliut, Rien:
Albert n'ett pat un homme à tous refuser rien, HoL.
Nous n'avons pas envie aussi de rien savoir. Id.
Pour ne pas consentir à rien prendre de vous. Id.
• n ne foMî pas quH sa(^ rien de tout ceci. > Id. — • iVe ftltes point semblant de rien. » Id. — Dans ce dernier exemple, dit M. Génin, rien est visiblement un substantif au génitif, gouverné par un sabstantîf qui le précède, semhlamt : • Ne fûtes pas semblant de quelque chose, ou qu'il y ût quelque chose. >
On ne veut fiât rien faire loi qui vous déplaise.
Racine, Plaid,
tive \ Mais soDveot à ce ne ils joignaient jhm : c II easi fait plus faveur an duc de Lorraine quHl ne faisait pas. > Comines. — c Quant à Tamitié, elles Font (les bestes) sans comparaison plus vive et plus constante que n'ont pas les hommes. > Montaigne*.
Ou bien ne se supprime et Tautre négation reste : c L^animal le plus aisé à tourner qui soit point, » Âmyot.
AdTcrfces de qmuitlté.
g 109. ^ Ils peuvent se lier immédiatement et sans de au substantif ou à Tadjectif qu'ils régissent, c Beaucoup gens, i Comines. — < L'Ânglois avoit assez puissance et beaucoup hardement et courage, i 0. de la Marche. — < Vistez-vous jamais rien si rabaissé, si changé, si confus? > Montaigne.
§ 110. — L'adverbe tout devant un* adjectif se change souvent en adjectif : c Tous petits que nous sommes, i Amyot. — On le voit écrit de cette manière, même devant un autre adverbe: c Tous ainssi comme. » Chr. de Pis.