‹ Chrestomathie des prosateurs français du 14e au 16e siècle, avec uneChapitre 84 sur 113 · OLIVIER DE SERRES · texte numérisé non relu

OLIVIER DE SERRES

Laboureurs et Pasteurs.

C'estoit l'exercice de dos premiers pères, que le gouvernemeDl da bestail; De pouvant sans admiration lire les histoires d'Abraham, d'Isaac, de Jacob, de ses enfans, de Job, de David et d'autres saincts personnages du temps passé, non seulement à raisoç de ce qn'eux-mesmes estoient pasteurs, ains pour le grand nombre de bestail qu'ils entretenoient, suiBsant pour avictuailler plusieurs peuples. Aux histoires profanes se voient infinité de grands hommes, avoir esté pasteurs et laboureurs : mesme des rois s'estre faicts surnommer bergers. En l'ancienne Rome, Testât rustique devançoit l'urbain. Là les premières places estoient pour les rustiques; à eux estoit commise la garde des quatre principaux quartiers de la ville, assavoir, Suburra, le mont Palatin, le quartier de la porte Colline, et le coustau d'Esquilia. De leur ordre ont esté tirés plusieurs grands capitaines et conducteurs d'armée, qui, heureusement ont exploicté grandes choses : lesquels leur charge expirée, plus volontairement la quittaient-ils qu'auparavant ne l'avoient acceptée ; pour returner à leurs petites métrairies.

Le Bœuf et la Vache,

A tous autres animaux le beuf estoit anciennement préféré. Et particulièrement par les premiers Romains, tant prisé pour cest heureux succès, que d'avoir le beuf et la vache, tiransla charrue,

marqué les foDdemens de leur ville, qu'ils lui donnèrent la vie : estant le tuer du beuf, en leur premier siècle, mis en rang entre les crimes capitaux, hors-mis en leurs sacrifices. Ainsi qu'encores s'observe au royaume de Cochin, par le tesmoignage de Jérosme Osorius, en son histoire de Portugal. Par honneur leur pays a tiré son nom du taureau, en grec appelle Ilalos *. A sa louange aussi le taureau a esté posé entre les signes célestes. Et par traict de temps, les Romains en ont enrichi leurs bastimens : comme il paroist encores en plusieurs reliques de Tantiquité, des testes de beuf insculpées par ornement, représentans le labeur de cest animal causer^ ces superbes édifices. De Putilité de son service, a esté amplement discouru : et du profit de sa nourriture, chacun en juge ; estant commun Tusage de leurs chairs, laiclages, et des peaux, avec très-grandes commodités. A la recherche de la race de cest animal, pour en avoir de la meilleure, sont nécessaires les addresses suivantes ^. Que le taureau ait le regard furieux et terrible,néantmoinsplusdouxque facile à esmouvoir, pourveu qu'il ne soit lasche: qu'il soit de moyenne hauteur, long de corsage : de couleur rouge-obscur, ou noire : ayant le poil fin, mol et délié large poitrine : assés grand ventre : les reins et costés ouverts le dos ferme et droict : courte teste : larges et velues aureilles large front etcrespu : gros yeux, noirs et clairs : les cornes eslevées, noires et polies : grand muflfle, camard et noir : larges narines : gros col : grand et pendant fannon : fesse ronde : ferme genoil : grosse et ronde jambe : la corne du pied petite, noire et dure : la queue longue et bien fournie de poil. Les vaches aussi seront de mesure choisies avec distinction d'un sexe à l'autre : ayansen outre la teste plus petite que le taureau, fort ample ventre, et grandes tétines comme membre où^ consiste tout leur revenu. Ces signes ne sont receus tant généralement, qu'il n'y ait quelque exception : se diversifiant ce bestail-ci, et en corpulance, et en force, et en pellage, par le climat et nourriture ^ (comme manifestement, telles différences se recognoissent à la bouvine de montaigne, à

« Etymologie adoptée par Varron^ Columelle et Festus.

* Gr. § 86.

"» Lex.

* Gr. § 18.

* Gr. S 50.

cellede vallon) dont à la preuve de sa valear comme à la pins ceN taine cognoissance, conviendra s'arrester : retenant toutesfois ces addresses, pour les employer selon les occurences. Sur quoi on notera, que lesbeufs emmentelésde noircraignent plus lesmouches, qu'estans d'autre couleur.

Autre chose ne faut faire aux vaches, que de les bien traicter, desquelles aura soin le vacher tout le long de Tannée, pour les nourrir en campagne, etdans les estables, selon les saisons et les pays. En campagne, durant Testé, les vaches seront menées aux pasquis, et ce dès la poincte du jour, pour manger Therbe en la frescheur de la matinée, avec la rosée. Environ les dix heures les serrera-on dans les estableries, où séjourneront durant la grande chaleur (que tout bestail craint beaucoup) laquelle passée, ou pour le moins abaissée, qui sera environ les deux ou trois heures après midi, les mènera-on au pastis jusques à Tentrée de la nuict, lors lesenfermant dans le logis jusques au lendemain. C'est un profitable mesnage et pour le bestail et pour les labourages, que de faire coucher la bouvine sur les terres qu'on prétend ensemencer la prochaine année, dans des bons parcs, comme bestail à laine : car elle s'en porte mieux qu'enfermée sous les toicts. Attendu, que jOQissans de la frescheur de la nuict, exposées à Taer, ces bestes sont exemptes de Timportunité des chaleurs, qui es estables estrangement les travaillent. Et en demeurent au fonds, sur lequel elles séjournent, les graisses provenantes de leurs fientes et urines, dont il est bien amendé : et d'autant mieux, que plus grand est le nombre du bestail : remuant le parc de jour à autre, à Timitation de celui du menu bestail. Deux fois le jour en este, assavoir, matin et soir, seront ces bestes bouvines, abbruvées : en hyver, une seule fois suffira, qui sera à midi, et tous-jours avec de Teau claire, n'en pouvans souffrir la trouble : au contraire de la chevaline, qui la boit plus volontiers trouble, que la claire. Les herbages les plus gras, pourveu qu'ils ne soient pas marescageux, sont les meilleurs pour le gros bestail, par quoi, en tels Ton conduira la bouvine, laissant les autres herbages pour Tautre bestail, selon la distinction ja faicte. En hyver, seront les vaches nourries dans les estables, avec des bons fourrages : s'entend si le pays est défectueux en pastis, ou que pour la froidure du climat, ne puissent manger en campagne. Hais estant chaud ou tempéré, et que

d'ailleurs l'on soit bien fourni de pascages, sans changer d'ordre, on les entretiendra sur iceux, jusques à ce que les gelées et extrêmes froidures, les chassent des champs, pour les enclorre dans les estableries.

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