‹ Chrestomathie des prosateurs français du 14e au 16e siècle, avec uneChapitre 9 sur 113 · SUBSTANTIF · texte numérisé non relu

SUBSTANTIF

g 7 .— Beaucoup de substantifs ont des formes et des termnaisons diverses, dont les unes sont plus anciennes, les autres plus nouvelles : Flotir, fleur, par exemple, ne se trouve plus après le XIV«® siècle. Notre Lexique renferme de nombreux exemples de cette variété de formes.

Genre.

MasculiDS qui sont aigourd*hiii féminins.

Affaire^ alarme^ aventure^ cymbale^ dot^ erreur, estude, extime, malice, nobleêse, œuvre (dans un sens général), rencontre, orloge.

Féminins qui sont aujoard'baî masculins.

Amour (même qaand il oe s'agit pas de sexe), art^ comté, doute, duché, espace, mésaise, navire, poison, reproche, reste, guide, mensonge, soupçon ou souspeçon, quelque chose • qui ne fut fondée» > honneur, ordre, voyage, murmure.

Plusieurs mots de ces deux classes sont des deux genres.

Gens, précédé d'un adjectif, est masculin et féminin : tous gens; moult belles gens d^armes.

Quelques substantifs sont d'un autre genre qu'aujourd'hui parce qu'ils ont une autre forme : une deffaulte, toutes les revenues du comte.

Nombre.

§8. — Au XIII"° siècle, l'addition de Vs final à un substantif désignait le nominatif singulier et l'accusatif pluriel. Cela subsista pendant une partie du XI V""* siècle. Au milieu de celui-ci, r« ajouté au substantif qui ne se terminait pas par cette consonne ou par une consonne équivalente ne servit plus qu'à marquer le pluriel.

Les substantifs en ant eient formaient leur pluriel par l'addition d'un s, avec ou sans retranchement du t, gens et gents; sçavans et sçavants ; entrelassemens et entr classements .

On rencontre des pluriels maintenant inusités, tels que les fols, les ayeuls (dans le sens d'ancêtres ou aïeux).

La langue da XVI'"* siècle, enrichie et spiritualisée, comme la pensée, par l'étude des littératures anciennes, s'est approprié des latinismes souvent commodes, presque toujours élégants : tels sont les pluriels de noms abstraits, proscrits depuis par la grammaire S et poursuivis par les critiques*. Ils sont commodes pour exprimer une vertu ou une qualité considérée chez plusieurs personnes, ou dans diverses applications, ou qui se produit dans diverses occurences, comme on le voit dans ces exemples : « Les rois doivent mesnager leurs vies et leurs honneurs. • Brantôme. {Honneurs ne s'emploie plus que pour des charges et des dignités.) • J'en

* Grammaire du Grammaires, chap. 1, art. 2. Substantifs qui n'ont pas de pluriel.

* Voltaire, Commentaire sur le Thiàire de Corneille, passim.

ai entendu dire de grands biens, • Brantôme. — « Les vieax soldats qui avaient connu ses armes et ses valeurs. » Id.

Nous pourrions remplir des pages de citations de Corneille, de La Fontaine, de Molière, de H<»° de Sévigné, de Bossuet, où des substantifs abstraits sont employés au pluriel avec une élégance qui charmait ces esprits et leurs contemporains, mais que Voltaire, Charles Nodier et M. Âuger dénoncent comme des contraventions.

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