‹ Chrestomathie du moyen âgeChapitre 110 sur 245 · Ferlin, très petite pièce de monnaie · texte numérisé non relu

Ferlin, très petite pièce de monnaie

2. Pépin, père de Charleoiagne, était chanté dans plusieurs poèmes, perdus pour la plupart.

3. Nous avons passé ici sept laisses (142 vers), dans lesquelles Cliarlemagne offre successivement Narbonne à Girard de Roussillon, à Eudes duc de Bourgogne, à Of^er le Danois, à Salomon le marquis, à Gondebeuf l'Allemand, au duc Naime de Bavière, à Anseïs de Carthage, qui tous refusent.

4. Le proverbe : « Au besoin connait-on son ami, » revient souvent dans la littérature du moyen âge.

POÉSIE ÉPIQUE

Si la rofri a Doon de Yaucler*, Et aGirart de Viëne le ber^, Mais n'i a nul qui l'eu vueille escouter, Tant fort redotent les paiens d'outre mer. Dolenz fu Charles quant lor ot refuser, Car ne set mais cui la doie douer, Fors a Ernaut qui mout fait a loer, Le gentil conte de Beaulande sor mer 3. Celui en prist Charles a apeler, Si li ofri Narbone.

(( Beaus sire Ernauz, )) dist Charles al vis fier, « Prenez Narbone, je vos en vueil proier, Par tel covent cou vos m'orrez noncier : Se vos assaillent li paien aversier, 295 Secorrai vos, 0 moi maint chevaher.

Girard de Vienne, mais il n'y a personne qui en veuille rien entendre, tant les barons redoutent les païens d'outre-mer. Charles s'attriste quand il les entend refuser, car il ne sait plus à qui il la doit donner, si ce n'est à Ernaud le vaillant, le noble conUe de Beaulande-sur-mer. Il l'appelle et lui olfre INarbonne.

XI. — « Beau sire Ernaud, » dit Charles au fier visa^^e, « prenez Narbonne, je vous en prie, à la condition que je vais vous dire : si les païens ennemis vous attaquent, je vous secourrai, aidé de nombreux chevaliers. — Pour Dieu, sire, » dit Ernaud le guerrier, « je suis vieux et débile ; je ne puis

1. Doon de Vaucler est le même que Doon de Mayence, le chef de l'une des g^estes.

2. Girard de Vienne, personnage très connu dans l'épopée française, a donné son nom à une chanson de geste dont il est le héros et dont l'auteur est le même que celui d'Aimeri de Narbonne, Bertrand de Bar-sur-Auhe.

5. Ernaud de Beaulande est le père d'Aimeri de Narbonne, comme on le verra plus loin. La ville de Beaulando-sur-nier est peut-être iSice,

ADIERI DE NARBONINE

— En non Dieu, sire, )) dist Ernaut le guerrier,

(I Vieuz sui et frailes, ne me puis mais aidier,

Ne porter armes, ne monter sour destrier.

De mener guerre n'avroie mais mestier; Soo

Por ce nen os si grant fais enchargier;

Car qui avra Narbone a justicier,

Maint fort assaut et maint estor plenier

Li covendra maintes fois essaier.

A un dan sel fort et juene et legier 3o!> Vos covendroit la cité a baillier, Qui bien peust sofrir le guerroier.

Et les paiens confondre et essillier.

Et mater les al fer et a l'acier.

Teus on si doit Narbone justicier. 3io Se on ne l'a, ja celer nel vos quier, Qui soit puissanz et de lignage fier, Ja ne tendra la terre. ))

Quant ce voit Charles que tuit li sont failli,

Ne vuelent estre de Narbone saisi, 3i5

Forment regrete Rollant, son chier ami,

plus me défendre, ni porter mes armes, ni monter à cheval. Ce n'est plus mon affaire de conduire une guerre, c'est pourquoi je n'ose pas me charger d'un si lourd fardeau; car qui aura Narbonne à gouverner devra supporter de nombreux et rudes assauts, et de nombreuses batailles rangées. Il vous faudrait donner la ville à un damoiseau fort, jeune et agile, qui soit capable d'endurer les fatigues de la guerre, de vaincre les païens par le fer et l'acier, de les réduire et de les exterminer. Tel est l'homme qui doit gouverner Narbonne. Mais, je ne veux pas vous le cacher, si celui qui l'aura n'est pas puissant et d'une noble famille, il ne tiendra pas la terre. »

XIÏ. — Quand Charles voit que tous lui font défaut et refusent la saisine de Narbonne, il regrette vivement Roland,

CilRESTOMATIIIE

POÉSIE ÉPIQUE

El Olivier* son compaignon hardi,

Et les barons que Ganelons traï.

(( beaus niés, )) l'ait il, « cil Dieus qui ne menli

Ait de \ostre ame et pitié et merci, 820

Et des barons qui por lui sont feni !

Se fussiez vis, très bien le sai de fi,

Ne remansist mie Narbone ensi.

Puis que mort sont H mien verai ami,

Crestiënté n'a mais nul bon ami. 3-25

Mais, par celui qui de virge nasqui,

INe partirai mais de cest siège ci,

Tant con paien en esteront saisi.

Seignor baron, vos qui m'avez servi,

Râlez vos en, de verté le vos di, 33o

En voz pais ou vos fustes nori !

Que, par cel Dieu qui onques ne menti,

Puis que je voi que tuit m'estes failli.

Qui que s'en aut, je remandrai ici,

Si garderai Narbone! 335

son cher ami, et Olivier, son hardi compagnon, et les barons que Ganelon a trahis : a Beau neveu, y> fait-il, « que Dieu qui jamais n'a menti ait pitié de votre àme et lui pardonne, et de celles des barons qui sont morts pour lui ! Si vous étiez en vie, j'en suis certain, Narbonne ne resterait pas ainsi. Puisque mes vrais amis sont morts, la chrétienté n'a plus un bon ami. Mais, par celui qui naquit de la Vierge, jamais je ne partirai d'ici tant que les païens posséderont le pays. Seigneurs barons, vous qui m'avez servi, retournez-vous en, je vous le dis sans feinte, dans les pays où vous avez été élevés, car, par le Dieu qui n'a jamais menti, puisque je vois , que vous me faites tous défaut, s'en aille (|ui veut, je resterai ici et je garderai Narbonne.

Page 1