Cf. page 68, note
CHUtSTUMATllIE •
HISTOIRE
char fresche mile chose, s'il ne J'avoient des chevaiis qu'on lor ocioit. Et sachiez qu'il n'avoient viande cornunaument a tote l'ost por trois semaines. Et mout estoient perillosement ; qu'onques par tant pou de gent ne furent assegié tant de gent en nule vile.
Lors se porpenserent d'un mout bon engien : qu'il fermèrent tote l'ost de bones lices et de bons merriens et de bones barres ; et si en furent mout plus fort et plus seûr. Li Grieu lor faisoient si sovent assaillies qu'il nés laissoient reposer; et cil de l'ost les remetoient ariere mout durement ; et totes fois qu'il oissoient fors i perdoient li Grieu.
Un jor faisoient li Borgoignon l'agait, et h Grieu lor firent une assailUe, et oissirent de lor meillors genz une partie fors. Et cil lor recorurent sus, si les remirent enz mout durement ; et les menèrent si près de la porte que granz fais de pierres lor jetoit on sour eus. La ot pris un des meillors Grieus de laenz, qui ot non Costentins li
farine et de porc salé ; elle avait peu de sel et pas du tout de viande fraîche, si ce n'est celle des chevaux qu'on lui tuait. Il n'y avait pas, tout compris, de vivres pour toute l'armée pendant, trois semaines. On était en très grand danger, car jamais si peu de gens n'assiégèrent une ville si peuplée.
Les croisés s'avisèrent alors d'un très bon expédient : ils entourèrent tout le camp de bonnes palissades, de bons poteaux et de bonnes traverses ; ils en furent plus forts et plus en sûreté. Les Grecs leur faisaient de si fréquentes attaques qu'ils ne leur laissaient aucun repos ; les nôtres les repoussaient très rudement, et les Grecs étaient battus chaque fois qu'ils sortaient.
Un jour que les Bourguignons faisaient le guet, les Grecs les attaquèrent, ayant fait sortir une partie de leurs meilleures troupes. Mais les nôtres leur coururent sus, les refoulèrent très rudement et les reconduisirent si près de la porte qu'on leur jetait du haut des murs une grande quantité de [)ierres. Là fut pris un des premiers (.irecs de la ville, nommé
VILLEIIARDOriN
Ascres*, et le prist Gantiers deNueilli tôt monté sour le cheval. Et enqiii ot Guillaumes de Chaiilite brisié le braz d'une pierre; dont granz damages fu, que il ère mont proz et mont vaillanz.
Toz les cons et toz les bleciez et toz les morz ne vos pnis mie raconter; mais, ainz qne li estors parfmast, vint uns chevaliers de la maisnie Henri le frère le conte Baudoin de Flandres ^t de Hainau, qui ot non Eustaces del Marchois; et ne fu armez que d'un gamboison^ et d'un chapel^ de fer, son escu* a son col; et le fist mont bien a l'enz mètre, si que grant pris h en dona on. Pou erent jor que on ne feïst assailhes, mais nés vos puis totes retraire. Tant les tenoient près que ne pooient dormir ne reposer ne mangier s'arme non.
Eue autre assaiUie firent par une porte dessoure, ou li
Conslantin Lascaris; ce fut Gautier de Neuilly qui le prit, monto3 sur son cheval. Là aussi Guillaume de Champlilte eut le bras cassé d'une pierre, et ce fut grand dommage, car il était très brave et très vaillant.
Je ne puis vous énumérer tous les coups, tous les blessés tous les morts. Avant la fin du combat, un chevalier de la maison d'Henri, frère de Baudouin, comte de Flandres et de Ilainaut, nommé Eustache du Marchais, y prit part, armé seulement d'un gamboison et d'un chapeau de fer, l'écu au cou, ot se distingua fort parmi ceux qui repoussèrent l'ennemi, aussi en acquit-il beaucoup de gloire. Il se passait peu de jours sans qu'on fût attaqué, mais je ne puis raconter toutes les sorties. Les Grecs tenaient nos gens de si court qu'ils ne pouvaient dormir, ni se reposer, ni manger que tout armés.
Les Grecs firent encore une sortie par une autre porte située
1. La maison des Lascaris était une des plus puissantes de Grèce. 1-e frère de Constantin était gendre de l'empereur.
2. Gamboison. Long pourpoint rembourré, que les chevaliers portaient sous le haubert pour en adoucir le frottement.
3. Le chapeau était la coiffure des gens de pied, mais les chevaliers le préféraient souvent au heaume trop pesant.