‹ Chrestomathie du moyen âgeChapitre 159 sur 245 · Jenlain, arr. d'Avesnes · texte numérisé non relu

Jenlain, arr. d'Avesnes

VILLEHARDOUD'

tor, cil de Fost les tindrent si près qu'il ne porent la porte fermer. Enqui refu granz li estors a la porte : et la tor tolirent par force, et les prirent laenz. La en i ot assez de morz et de pris.

Ensi fu li cliasteaiis de Galatas pris, et li porz gaaigniez de Costentinoble par force. Mont en furent conforté cil de l'ost, et mout en loerent Damedieu, et cil de la vile desconforté. Et l'endemain furent enz el port traites les nés et li vaissel et les galies et li uissier. Et donc prirent cil de l'ost conseil ensemble por savoir quel chose il porroient faire, s'il assaudroient la vile par mer 0 par terre. Mout s'acorderent li Yeniciien que les eschieles fussent dreciees es nés, et que toz li assauz fust par devers la mer. Li François disoient qu'il ne se savoient mie si bien aidier sour mer come il savoient par terre ; mais quant il avroient lor chevaus et lor armes, il se savroient mieuz aidier par terre. Ensi fu la

fîens qu'ils ne purent fermer la porte. Le combat recommença très vif à la porte, mais les nôtres prirent de force la tour et capturèrent ceux qui étaient réfu^^iés dedans. 11 y eut là bon noml)re de morts et de prisonniers.

Ainsi fut prise la forteresse de Galata, et le port de Constantinople conquis de vive force. Ce fut un grand oiicoiii-jf^cment pour ceux de l'armée, qui en rendirent p^ràces à Dieu, et un grand découragement pour ceux de la ville. Le lendemain on fit enti'er dans le port les nefs, les vaisseaux les galères, les huissiers. Ensuite ceux de l'armée tinrent coiiscil pour savoir ce qu'ils pourraient faire : s'ils attaqueraieni la ville par terre ou par mer. Les Vénitiens étaient unanimement d'avis que les échelles fussent dressées sur les vaisseaux et que toute l'attaque eût lieu par mer. Les Français objectaient qu'ils ne savaient pas si bien se battre sur mer que sur terre, et que quand ils auraient leurs chevaux et leurs armes, ils s'en tireraient mieux par terre. La conclusion du

IIISTOÏUE

fin dcl conseil que li Veniciien assaudroient par mer et li baron et cil de l'ost par terre.

Ensi sejornerent quatre jorz. Al cinquiesme jor après s'arma tote l'ost ; et chevauchierent les batailles si come eles erent ordenees» tôt par dessour le port, tresqu'endroit le palais de Blaquerne, et li naviles vint par dedenz le port deci qu'endroit eus ; et ce fu près del chief del port. Et la si a un flum qui fiert en la mer, qu'on n'i puot passer se par un pont de pierre non. Li Grieu avoient le pont coupé; et li baron firent tote jor l'ost laborer et tote nuit por le pont afaitier. Ensi fu li ponz afaitiez, et les batailles armées al matin ; et chevauchierent li uns après l'autre, si come il erent ordené. Et vont devant la vile; et nus de la cité n'oissi fors encontre eus, et fu mout grant merveille ; que por un qu'il estoient en l'ost estoient il doi cent en la vile.

Lors fu li conseuz des barons teus qu'il se herbergeroient entre le palais de Blaquerne et le chastel Buiemont,

conseil fut que les Vénitiens attaqueraient par mer, les barons et ceux de l'armée par terre.

Ils demeurèrent ainsi quatre jours. Le cinquième jour toute l'armée s'apprêta; puis les bataillons chevauchèrent, dans l'ordre qui leur avait été assigné, le long du port, jusqu'en face du palais de Blaquerne, tandis que la flotte s'avançait dans le port, parallèlement à eux. Ils étaient presque à l'extrémité du port. Là un fleuve vient se jeter dans la mer, de sorte qu'il n'y a d'autre passage qu'un pont de pierre. Les Grecs avaient coupé le pont; les barons firent travailler l'armée toute la journée et toute la nuit pour le réparer. Le pont fut réparé, les bataillons furent armés dès le matin et s'avancèrent l'un derrière l'autre suivant l'ordre convenu. Ils vinrent devant la ville; personne n'en sortit à leur rencontre, ce dont ils furent fort surpris, car ils étaient deux cents dans la ville contre un dans l'armée.

Les barons décidèrent qu'ils camperaient entre le palais de Blaquerne et le château de Boémond, qui était une abbaye

YILLEHARDOUlî^

qui ère une abeïe close de murs. Et lors furent tendu li tref et li paveillon; et bien fu fiere chose a regarder: que de Costentinoble, qui tenoit trois lieues de front par devers la terre, ne pot tote l'ost assegier que Tune des portes. Et li Veniciien furent en la mer es nés et es vaisseaus; et drecierent les eschieles et les mangoneaus et les perieres* et ordenerent lor assaut mout bien. Et li baron ratornerent le lor par devers la terre et de perieres et de mangoneaus.

Et sachiez qu'il n'estoient mie en pais; qu'il n'ere ore de nuit ne de jor que l'une des batailles ne fust armée par devant la porte por garder les engiens et les assaillies. Et por tôt ce ne remanoit mie qu'il n'en feïssent assez par cele porte et par autres, si qu'il les lenoient si coi z que sis fois o set les convenoit le jor armer par tote l'ost; ne n'avoient pooir qu'il porchaçassent viande quatre arbalestees loin de l'ost. Et il en avoient mout pou, se de farine non et de bacons j et de sel avoient pou, et de

close de murs. On dressa donc les tentes et les pavillons, et ce fut bien un fier spectacle, car de Conslanlinople, qui occupait trois lieues de front du côté de la terre, l'armée tout entière ne put assiéger qu'une seule porte. Cependant les Vénitiens étaient en mer, sur leurs navires ; ils dressèrent les échelles, les mangoneaux et les pierrières, et disposèrent fort bien leur attaque ; et les barons ordonnèrent la leur du côté de la terre, avec des pierrières et des mangoneaux.

Sachez que l'ai'mée n'était pas au repos, car à toute heure de la nuit comme du jour, l'un des bataillons était sous les armes devant la porte, pour garder les machines de guerre et arrêter les attaques. Tout cela n'empêchait pas les assiégés de faire de nombreuses sorties par cette porte, ainsi que par les autres, et de tenir l'armée tellement en haleine qu'elle devait s'armer tout entière six ou sept fois le jour, et qu'elle ne pouvait aller aux vivres à plus de quatre portées d'arbalète du camp. Et elle avait peu de provisions, excepté de

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