‹ Chrestomathie du moyen âgeChapitre 233 sur 245 · En s'éloi{3^nant · texte numérisé non relu

En s'éloi{3^nant

-LITTÉRATURE DRAMATIQUE

MARIONS* — Hé! Robechofiy Le lire leure va.

Ca r v ien a moi y Leure leure va.

S' irons jouer io5 Deu leure leure va, Deu leure leure va.

ROBiNS^ — Hé! Marion.

Leure leure va.

Je vois a toi y iio Leure leure va.

S' irons jouer Deu leure leure va, Deu leure leure va, MARIONS — Robin !

ROBIN s — Marote !

MARIONS — Dont viens tu? 1 15

ROBiNs — Par le saint Dieu, j'ai desveslu.

Pour ce qu'il l'ait Iroit, mon jupel^, J'ai pi'is ma cote de burel, Et si t'aport des pomes. Tien.

MARION. — Ah! HobicJioii, leure, leure va. Viens à moi, leure leure va. Nous irons jouer du leure leure va, du leure leure va.

ROBIN. — Ah! Marion, leure leure va. Je vais à ioi^ leure leure va. Nous irons jouer du leure leure va. MARION. — Robin!

ROBIN. — Marotte !

MARION. — D'où viens-tu?

ROBIN. — Pur le saint Dieu, j'ai dévêtu mon jupeau, parce qu'il fait froid; j'ai pris ma cotte de bureau, et je t'apporte des pommes. Tiens.

1. Resiée seule. — !2 Robin arrive sans que Marion l'ait vu venir. — 5 Lejupel était une casacjue serrée à la taille, commune aux deux sexes, et que portaient surtout les gens de la campagne.

LE JEU DE ROBlPs ET MARION 543

MARIONS — Robins, je te conui trop bien 120

Au chanter, si con tu venoies.

Et tu ne me reconoissoies.

ROBINS — Si fis, au chant et as brebiz. MARIONS — Robins, tu ne sés, dous amis,

Et si ne le tien mie a mal : i25

Ici fu uns ons a cheval,

Qui avoit chaucié une moufle*.

Et portoit aussi qu'un escoufle

Sour son poing, et trop me pria

D'amer; mais pou i conquesta, i3o

Car je ne te ferai nul tort.

ROBINS — Marote, tu m'avroies mort.

Mais, sej'i fusse a tens venuz.

Ne je, ne Gantiers li Testuz,

Ne Raudons, mes cousins germains, i35

Diable i eussent mis les mains.

Ja n'en fust parliz senz bataille.

MARIONS — Robins, dous amis, ne te chaille,

Mais or fesons leste de nous.

MARION. — Robin, je l'ai bien reconnu à ton chant, lorsque tu venais. Et toi, tu ne me reconnaissais pas.

ROBIN. — Mais si, au chant et aux brebis.

MARION. — Robin, tu ne sais pas, doux ami, mais ne le prends pas en mal : il est venu ici un homme à cheval, qui avait ganté une moufle et portait comme un milan sur son poing, et qui me pria fort de l'aimer; mais il n'y gagna guère, car je ne te ferai aucun tort.

R0Bi\. — Marotte, tu m'aurais tué. Mais si j'y étais venu à temps, moi et Gautier le Têtu, et Baudon, mon cousin germain, les diables s'en seraient mêlés. Il ne serait pas parti sans bataille.

MARiox. — Robin, doux ami, ne te tourmente pas, mais maintenant faisons fête entre nous.

1. Les moufles étaient et sont encore les gants des paysans. Marion a plis pour des moufles les gants du chevalier, qui n'est pour elle qu' « un homme à cheval », et son faucon pour un milan.

344 LITTÉRATURE DRAMATIQUE '

ROBms — Serai je droiz ou a genoiiz?

MAPJONs* — Mais Yien ça seoir delez moi," Si mangerons.

ROBiNs^ — Et je l'olroi.

Je serrai ci lez ton costé.

Mais je ne t'ai riens aporlé, Si ai l'ait certes grant oiitraige.

MARIONS — Ne t'en clianl, Robins, encore ai je Dcu frouniage ci en mon sein, Et une grant pièce de pain, Et des pomes que m'aportas.

ROBirss — Dieus ! Con cis froumages est cras ! Ma suer, manjiie.

MARfONs — Et tu aLissi\ Quant tu vueus boire, si le di :

Vez ci l'on (ai ne en un poçon.

ROBINS — Diens! qui ore eùst deu bacon Ta taien, bien venist a point.

Izjo

ROBIN. — Serai-je debout ou à genoux ? MARiox. — Non, mais viens l'asseoir près de moi, nous mangerons.

ROBIN. — Je le veux bien. Je m'assoirai ici à ton côté. Mais je ne t'ai rieu apporté; j'ai eu certainement grand tort.

MARioN. — Ne t'en tourmente pas, Robin, j'ai encore du fromage ici dans mon sein, avec un gros morceau de pain et des pommes que tu m'as apportées.

ROBIN. — Dieu! comme ce fromage est gras! Mange, ma sœur.

MAuioN. — Et toi aussi. Quand tu voudras boire, dis-le ; voici de l'eau dans un pot.

ROBIN. — Dieu ! si l'on avait du lard de ta grand'mère,- il serait le bienvenu.

1. Mnrion s'a ssoit sur l'iierbe. — ~ o. Marion et Robin mangent.

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