‹ Chrestomathie du moyen âgeChapitre 235 sur 245 · MYSTÈRE DE LA PASSION D'ARNOUL GRERAN · texte numérisé non relu

MYSTÈRE DE LA PASSION D'ARNOUL GRERAN

ï.e Mystère de la Passion, d'Arnoul Greban, a été représenté pour la première fois vers 1450, à Paris; il eut un grand succès et fut souvent repris, en province comme dans la capitale; la plupart des mystères de la Passion qui furent composés dans la suite n'en sont que des amplifications. Il a plus de 54500 vers; il est divisé en quatre journées. Il a été publié par MM. G. Paris et G. Raynaud : Le Mystère de la Passion d'Arnoul Greban. Paris, 1878, in-8«>.

Nous en reproduisons les vers 10749-10822 (seconde journée), où saint Jean reproche à Hérode Antipas d'avoir enlevé la femme de son frère.

JEHAN BAPTISTE — Cher sire, Dieu vous doiiit* sa grâce ! Je viens a vostre tribunal Pour vous remonstrer aucun mal Ou vostre personne prêtent, Dont vostre peuple est mal content, 5 Et Dieu premier. Et quant au point 2, Je dis qu'il ne t'appartient point La femme a ton frère tenir.

Tu te veulx prince maintenir, Tetrarche et de justice chef, 10 Et tendrois pour ung grant meschef ^ S'ung de tes subgès le faisoit :

1. Doint^ donne. — 2. Au point, à la question. — 5. Meschef, méfait, crime.

MYSTÈllE DE LA PASSION

Ta justice l'en piigniroit Comme d'iing vice ort* et infâme, Et toy doncques, chef du royalme, i5 Que noblesse doit introduyre-, En qui vertus doyvent reluyre Comme en l'or fait le dyament, Ton frère n'aymes loyalment, Quand par cautelle^ ambicieuse ao Luy as ravye son espeuze :

Tel cas n'est pas fraternité, Mais plus que bestialité.

Tu vois les oiselès petis

Qui en soy ont cueurs si gentilz 25

Que chacun se tient a son per*

Sans l'aultre frauder ne tromper;

Et commetz un tel adultère !

Et encore contre ton frère!

Ne sçay qui t'en peust excuser. 3o HERODE A^TIPAs — Jehan, bien sçavez proposer %

Et sçay bien qu'entre vous^, hermites,

Tant de cerimonies dites

Que chacun s'en [)Ourra lasser.

Oultre ' bien vous pouez passer 35

De moy prescher de cest affaire ;

Sçay je pas bien que j'ay a faire ?

Ne me tenez plus ceste voye ;

Car s'il convient que j'y pourvoye.

Jamais n'en eschaperez quitte. 4o JEHAN BAPTISTE — H me soulfit quc je m'acquitte,

Et pour moy acquittier te somme ^

Que c'est fait d'ung desleal homme

De tenir celle que tu tiens,

1. Ort, sale. — 2. Inirodaijrc, diri^fr. — 7^. Of nielle^ ruse. — i. Pei\ connî)ag'non, éponv. — ri. [Proposer, discourir. — 6. Entre vfm:>, vous antres. — 7. Oullre, cii outre. — 8. Sommer., résumer, dire en quelques mots.

LITTÉRATURE DRAMATIQUE

Et fais grant vilenie aux tiens; i5

Non pas seulement vilenie.

Mais advoutire * et tirannie,

Ou il n'a voye de raison.

HERODE — Jehan, passé longue saison 2,

J'ay soustenu en mon courage^ 5o

Que vous estes saint homme et sage.

Et faisiez j)ou)- les simples gens

Beaucoup de ])eaux enseignemens;

Mais je vous voy trop avancer :

Vous pensez sans contrepenser * 55

Devant qui vous couchez vos dis.

JEHAN BAPTisTF, — Je t'ay dit et encor te ditz

Qu'il le vienl d'ung mauvais vouloir

De IVaudei' ton frère et vouloir

Tenir sa fennne devers loy : 60

Mauvais homme, prens y chastoy^,

Repare l'ofTence, et luy rendz,

Et a ton pere exemple prens,

Qui a sy pute^ fm parvint

Par la crudelité qu'il tint, 65 Et garde qu'ainsi ne t'en prende.

HERODiADE— Il u'cst pas doubtc ^ qu'il se rende : Il dist toujours de pis en pis.

Esbahir assés ne me puis

De telz vielz bigos réputés 70 Comment ainsi les escoutez :

Il rassote, a ce que je vois; Il a tant jeune en ce bois Qu'il n'a en soy fîl de cervelle.

1. Advoutire, aduUère. — 2. Passé lonque saison, longtemps. — 3. (jj)/ra{/<% cœur, esprit. — i. Contrepenser, réfléchir. — 5. Chastoy, amendeniient. — 6. Pute, laide. — 7. // n'est pas cloubte, il n'y a pas à craindre.

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