FARCE DE MAITRE PATHELIN
Sire, par le sang Nostre Dame !
LEDRAPP.— Hé dea! monseigneur, bon gré m'ame. Je luy Yueii....
PATHELIN — S'en pourroit il taire!
LE DRAPPIER (à Pathelin)
Et c'est a vous que j'ay affaire : 265
Vous m'avez trompé faulcement,
Et emporté furtivement
3Ion drap, par vostre beau langaige.
PATHELIN (au juge)
Ho ! j'en appelle a mon couraige :
Et vous l'oyez bien, monseigneur? -^70 LEDRAPP. — M'aist Dieu! vous estes le greigneur
Trompeur!...
(Au ]uge) Monseigneur, quoy qu'on die.... LE JUGE. — C'est une droicte cornardie *
Que de vous deux : ce n'est que noise. (Il se lève) M'aist Dieu ! je loz'^ que je m'en voise^. 276 (Au berger) Va t'en, mon amy; ne retourne
Jamais, pour sergent qui t'adjourne.
La Court t'absout : entens tu bien?
PATHELIN (au berger)
Dy grand mercy.
LE BERGIEU— Rê !
LE JUGE (au berger) — Dy je bien*:
Va t'en, ne te chault^; autant vaille. 280 LEDRAPP. — Mais est ce raison qu'il s'en aille Ainsi?
LE JUGE. — Ouy. J'ay affaire ailleurs.
Vous estes par trop grands railleurs :
Vous ne m'y ferez plus tenir ;
Je m'en voys. Voulez vous venir 9.85
1. Droicte cornardie, vraie folie. — 2. Je loz, je suis d'avis. — 3. Que je m'en voise, que je m'en aille. — i. Dy je bien, je dis bien. — 5. ISe le chault, ne t'inquiète pas (mot à mot : il ne t'importe pas).
500 LITTÉRATURE DRAMATIQUE
Souper avec moy, maislre Pierre?
PATHFXiN — Je ne puis.
{Le juge s en va) A
1. Après le départ du juge, PaUielin s'efTorce de persuader à Guillaume qu'il ne lui a jamais acheté de drap et que jamais il n'a été malade, et le pauvre drapier, de plus en jdus perdu, le quitte en lui disant : « Je vais voir chez vous si vous y êtes ». Pathelin, resté seul avec Agnelet, lui réclame ses honoraires, mais le hergor ne lui répond que par des Bê.